Publicité

«Monetary Policy Committee»

Taux directeur maintenu à 4,75 % : La BoM joue la carte de la prudence

13 août 2026, 09:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Taux directeur maintenu à 4,75 % : La BoM joue la carte de la prudence

■ Priscilla Muthoora Thakoor, gouverneure de la BoM.

Le Monetary Policy Committee (MPC) de la Banque de Maurice (BoM) a décidé de maintenir le taux directeur (Key Rate) à 4,75 % par an, après la hausse de 25 points de base intervenue en mai dernier. À l’issue de la réunion d’hier, la gouverneure Priscilla Muthoora Thakoor a défendu une approche prudente, dans un environnement marqué par le ralentissement de l’activité économique, mais aussi par de fortes pressions inflationnistes.

Cette décision intervient alors que la trajectoire de l’inflation s’est révélée plus favorable que prévu lors de la précédente réunion du MPC. Mais la Banque centrale reste préoccupée par les pressions sous-jacentes sur les prix, les coûts de l’énergie et les anticipations inflationnistes. Pour la gouverneure, le maintien du Key Rate constitue un équilibre entre les différents risques auxquels l’économie est confrontée.

«Cette décision équilibre une activité intérieure qui ralentit mais reste résiliente, avec des risques persistants à la hausse pour l’inflation, tout en préservant la stabilité financière dans un contexte d’incertitude mondiale accrue», a souligné Priscilla Muthoora Thakoor en conférence de presse. Le MPC entend ainsi laisser le temps aux mesures monétaires prises précédemment de produire leurs effets, tout en conservant «la flexibilité nécessaire pour évaluer les nouvelles données et intervenir si l’équilibre des risques évolue».

Le choix du statu quo intervient dans une économie qui montre des signes de ralentissement. La croissance du produit intérieur brut réel s’est établie à 2 % au premier trimestre 2026, contre 3,4 % sur la même période en 2025. La BoM considère néanmoins que l’économie reste résiliente, notamment grâce à la bonne tenue des services.

Le tourisme continue de jouer son rôle moteur. Les arrivées touristiques entre janvier et juillet 2026 ont progressé de 2,1 % par rapport à la même période l’an dernier, tandis que les recettes touristiques ont atteint Rs 55,9 milliards au premier semestre, en hausse de 17,9 % en glissement annuel.

Les activités financières et d’assurance demeurent également une importante source de résilience, à travers notamment les exportations de services et les entrées de devises. Elles contribuent à compenser les difficultés observées dans certains secteurs, notamment le textile et la construction.

Le marché du travail conserve par ailleurs une certaine solidité, avec un taux de chômage ramené à 5,7 % au premier trimestre malgré que le chômage des jeunes demeure élevé, traduisant des inadéquations persistantes entre les compétences disponibles et les besoins des entreprises.

L’inflation sous surveillance

Si l’inflation globale montre des signes d’apaisement, les indicateurs sous-jacents incitent toujours à la prudence. L’inflation headline est passée de 4,1 % en juin à 4 % en juillet, tandis que l’inflation en glissement annuel atteint 4,4 %. Les mesures de core inflation restent particulièrement élevées, à 5,1 % pour Core 1 et 6,2 % pour Core 2. La BoM a néanmoins revu à la baisse sa prévision d’inflation pour 2026, désormais estimée autour de 5 %, contre 5,5 % lors de la réunion de mai. Cette révision tient compte de l’évolution effectivement observée des prix et de certaines mesures budgétaires, notamment les subventions additionnelles sur des produits de première nécessité.

Le contexte international demeure toutefois une source majeure d’incertitude. Les tensions au Moyen-Orient, les risques pesant sur les routes maritimes, la volatilité des prix de l’énergie et la hausse des coûts du fret pourraient rapidement alimenter l’inflation importée. Une dépréciation de la roupie ou une progression des coûts de production et des salaires accentueraient également ces pressions.

Selon les projections de juillet du Fonds monétaire international, la croissance mondiale devrait ralentir, passant de 3,5 % en 2025 à 3 % en 2026, alors que l’inflation mondiale remonterait de 4,1 % à 4,7 %. Pour une économie aussi ouverte que Maurice, une aggravation des tensions géopolitiques pourrait affecter les chaînes d’approvisionnement, le tourisme, les exportations et l’investissement.

La BoM maintient ainsi sa prévision de croissance à 2,8 % pour 2026, contre 3,2 % en 2025. L’activité devrait rester modérée sous l’effet des menaces externes, d’une consommation intérieure contenue, de la consolidation budgétaire et d’un investissement privé prudent.

Maurice dispose néanmoins de plusieurs amortisseurs, notamment la résilience du tourisme, les entrées de capitaux liées au secteur financier, des réserves internationales confortables et la solidité du secteur des services financiers.

Au final, le MPC estime que les risques baissiers pour la croissance sont globalement contrebalancés par les risques haussiers sur l’inflation. «Un taux directeur inchangé est donc jugé approprié à ce stade», a expliqué la gouverneure.

Le message de la BoM est donc clair : pas de nouveau tour de vis pour l’instant, mais pas de relâchement non plus. La politique monétaire restera «data-dependent», l’évolution de l’inflation, de l’activité économique, du taux de change et de l’environnement international étant appelée à déterminer les prochaines décisions du MPC.

Publicité