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Une Constitution pour nos enfants
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Une Constitution pour nos enfants
La première réunion de la Constitutional Review Commission, mardi, représente, pour nous à l’express, un moment où l’histoire semble ralentir pour nous demander de regarder devant nous. Ce n’était certes qu’une réunion inaugurale, quelques premières pierres posées sur un chantier dont nul ne connaît encore la forme définitive. Mais derrière les mots – Constitution, institutions, droits, élections, justice, financement politique – se joue quelque chose de plus grand : la possibilité, pour une génération, de redéfinir le pacte qui lie le citoyen à l’État. C’est pourquoi cette commission mérite d’être suivie de près. Et c’est pourquoi elle doit surtout être écoutée.
L’ancien juge Vinod Boolell, qui en assume désormais la présidence après le retrait de Bernard Sik Yuen pour raisons de santé, a posé d’emblée le principe essentiel : «La Constitution appartient au peuple.» Il faut prendre cette phrase au sérieux. Une Constitution ne vit pas dans les bibliothèques des juristes. Elle vit dans la liberté dont jouit un citoyen, dans la justice qu’il peut obtenir, dans la protection de sa vie privée, dans la qualité de son environnement, dans la possibilité de contester le pouvoir et dans la confiance qu’il accorde à ses institutions.
Voilà pourquoi le chantier dépasse largement une révision technique. Il nous ramène même à une vieille question, posée à l’Assemblée législative en novembre 1969 par Harold Walter, à peine un an après l’Indépendance : «Our sovereignty was never consulted». Près de six décennies plus tard, la question demeure troublante : avonsnous réellement fait de notre Constitution notre propre contrat politique et moral ?
Notre Constitution est née d’un compromis historique, dans le contexte de la décolonisation. Elle a remarquablement accompagné la construction de l’État mauricien. Mais une République qui mûrit doit pouvoir interroger les compromis de sa naissance sans manquer de respect à ceux qui les ont négociés.
C’est là que réside la véritable portée de cette commission. Elle devra regarder les institutions : les pouvoirs du Parlement, les nominations publiques, l’élection du président par un collège dit électoral, les élections municipales (qui ne doivent plus être renvoyées), l’indépendance du Directeur des poursuites publiques, peutêtre une cour constitutionnelle et une Cour d’appel distincte. Elle devra aborder le financement politique, cette zone grise où démocratie et argent se rencontrent selon des rites quasi-mafieux.
La commission Boolell devra aussi regarder le citoyen de 2026 – et celui de 2040 ou 2050. Ses données personnelles. Sa vie privée. Son droit à l’information. Son environnement. Ses droits numériques. Les nouvelles formes de surveillance. Les class actions, le public interest litigation, voire les droits de la nature. Le Wakashio nous a rappelé que l’environnement n’est pas une théorie. Dans une petite République insulaire, il est une condition de notre survie.
Et c’est précisément parce que les sujets sont aussi vastes que le peuple doit être au centre du processus. La réforme ne peut être confisquée par les partis, les juristes ou les experts. Elle doit entrer dans les écoles, les universités, les syndicats, les associations, les villages, les rédactions et les conversations quotidiennes. L’Afrique du Sud nous enseigne qu’une Constitution tire une partie de sa force du sentiment collectif d’avoir participé à sa construction. Maurice doit retenir cette leçon.
Il ne s’agit donc pas simplement de réparer une Constitution. Il s’agit de décider quelle République nous voulons transmettre. Nehru parlait, en 1947, d’un tryst with destiny, ce rendez-vous avec le destin. Maurice est aujourd’hui à son propre rendez-vous, nous confie Vinod Boolell. Pas seulement avec son passé. Avec ses enfants, ajoute-t-il. La question ultime n’est pas de savoir quelle Constitution nous pouvons écrire. Elle est de savoir quelle nation nous voulons qu’elle permette à nos enfants de devenir.
C’est ce chantier-là que nous entendons suivre. Parce qu’une Constitution véritablement mauricienne ne doit pas seulement raconter d’où nous venons. Elle doit avoir le courage de dire où nous voulons aller...
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