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Éclairage

Le panier de la ménagère plombé par le choc pétrolier

30 septembre 2026, 18:30

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Le panier de la ménagère plombé par le choc pétrolier

La nouvelle hausse des prix de l’essence et du diesel, qui avoisine 33 % depuis mars, intervient dans un contexte international marqué par les tensions au Moyen-Orient et les perturbations des principales routes d’approvisionnement en pétrole. Au-delà des automobilistes, c’est l’ensemble de la population mauricienne qui risque d’en subir les conséquences, à travers une nouvelle poussée des prix alimentaires, des coûts de transport et des biens de consommation. Pour des ménages déjà lourdement endettés, cette pression supplémentaire sur le pouvoir d’achat pourrait devenir difficilement soutenable.

Avec la dernière révision du Petroleum Pricing Committee (PPC), annoncée lundi 28 septembre et entrée en vigueur dans la nuit de mardi, le litre d’essence passe de Rs 70,65 à Rs 77,70 et celui du diesel de Rs 71,25 à Rs 78,35. Une augmentation d’environ 10 %, qui vient s’ajouter à plusieurs majorations successives depuis le début de l’année.

Pour mesurer l’ampleur du choc, il faut remonter à mars 2026, lorsque l’escalade militaire au Moyen-Orient a commencé à bouleverser les marchés pétroliers. Cette évolution ne relève pas d’un simple ajustement tarifaire. Elle traduit les répercussions d’une crise énergétique mondiale dont les effets se propagent bien au-delà des marchés pétroliers, affectant les chaînes d’approvisionnement, les coûts de production, le commerce international et, in fine, le pouvoir d’achat des populations.

Détroits en étau

À l’origine de cette nouvelle flambée se trouve la dégradation de la situation géopolitique au Moyen-Orient, qui a profondément perturbé les routes maritimes empruntées par les navires transportant des hydrocarbures.

Le détroit d’Ormuz, passage stratégique entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, constitue l’un des principaux points de transit de l’approvisionnement énergétique mondial. Avant le déclenchement des hostilités le 28 février, environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié y transitait. Son blocage, de facto, a suscité des inquiétudes quant à la disponibilité des cargaisons et à la capacité des pays importateurs à sécuriser leurs approvisionnements.

La situation s’est encore compliquée avec les perturbations du détroit de Babel-Mandeb, qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden. La prise de positions stratégiques dans cette zone par les rebelles houthis du Yémen et les attaques contre des infrastructures énergétiques saoudiennes ont fragilisé une autre voie essentielle du commerce maritime.

Ces perturbations affectent non seulement le transport des hydrocarbures, mais également les routes commerciales reliant l’Asie à l’Europe. Les navires contraints de contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance doivent parcourir de plus grandes distances, entraînant une hausse des frais de transport, des primes d’assurance et des délais de livraison.

Les marchés ont réagi à cet empilement de risques. Le Brent, référence internationale, a dépassé les 100 dollars le baril en septembre, tandis que les tensions sur l’approvisionnement en produits raffinés, notamment le diesel, ont accentué les pressions sur les prix en Europe et aux États-Unis. Pour une économie insulaire comme Maurice, fortement dépendante des importations de produits pétroliers, cette situation constitue un facteur de vulnérabilité majeur. Alors que les conséquences de cette crise sont déjà visibles dans plusieurs économies européennes, où la hausse des prix des carburants provoque des tensions sociales et contraint les gouvernements à intervenir.

En France, le litre de diesel se vend en moyenne à 2,38 euros, celui de l’essence oscille entre 2,15 et 2,22 euros. Ces tarifs ont provoqué une vive réaction des automobilistes, des agriculteurs et des pêcheurs. Face à la montée de la colère, le gouvernement français a décidé le 22 septembre de renforcer son dispositif d’aide financière. Une enveloppe supplémentaire d’environ 450 millions d’euros a été annoncée, comprenant notamment une aide de 100 euros destinée aux personnes utilisant leur véhicule pour se rendre au travail.

L’Allemagne a annoncé des allégements fiscaux sur les carburants et engagé des discussions avec les compagnies pétrolières afin d’envisager un encadrement des prix.

En Inde, où la dépendance aux importations pétrolières constitue un enjeu économique majeur, le litre d’essence à Delhi se vend à 102,12 roupies indiennes, soit environ Rs 50,53. Le diesel coûte 95,20 roupies indiennes, l’équivalent de Rs 47,11.

En Afrique du Sud, les consommateurs ont, en revanche, subi une augmentation substantielle des prix en septembre. Dans la région de Gauteng, le litre d’essence atteint 26,05 rands, soit environ Rs 75,36, tandis que le diesel à faible teneur en soufre s’établit à 28,24 rands, soit environ Rs 82. La hausse mensuelle a atteint 1,29 rand pour l’essence et 2,94 rands pour le diesel, illustrant la pression exercée par les coûts d’approvisionnement sur les marchés africains.

Aux États-Unis, la hausse des prix de l’énergie constitue également une source de préoccupation politique. Le prix moyen du diesel a atteint environ 6,50 dollars le gallon en septembre, tandis que l’essence se négociait autour de 4,50 dollars. Ces niveaux alimentent les inquiétudes relatives à l’inflation et au coût de la vie.

Pour Donald Trump, qui avait fait de la baisse des prix de l’énergie et de la maîtrise de l’inflation des engagements majeurs, la situation représente un défi à quelques semaines des élections de mi-mandat du 3 novembre. La hausse des prix à la pompe affecte directement les ménages américains et nourrit le débat sur les conséquences de l’intervention militaire en Iran. Le président américain multiplie les déclarations en faveur d’une issue négociée au conflit. Toutefois, lors de son intervention à l’Assemblée générale des Nations unies, le 22 septembre, il a indiqué qu’un accord de paix avec l’Iran pourrait n’intervenir qu’après les élections de novembre, tout en évoquant la possibilité d’une nouvelle action militaire en l’absence d’accord. Ces déclarations entretiennent l’incertitude sur les marchés pétroliers.

Dommages collatéraux

Dans ce contexte international, la nouvelle hausse des carburants à Maurice risque d’avoir des répercussions bien plus importantes que celles visibles à la pompe. L’erreur serait de considérer que seuls les propriétaires de voitures seront affectés. Le carburant constitue un intrant essentiel dans pratiquement tous les secteurs de l’économie. (Lire notre dossier en page 18).

Son renchérissement se répercute sur les coûts de transport, de production, de stockage et de distribution, avant de se traduire progressivement par une augmentation des prix de nombreux biens et services consommés quotidiennement. La hausse des carburants agit ainsi comme une taxe indirecte sur l’activité économique. C’est sur le front alimentaire que les conséquences pourraient être les plus sensibles pour les ménages. Les produits alimentaires représentent une part importante des dépenses courantes, particulièrement pour les familles à revenus modestes. Or, leur acheminement dépend directement du transport routier, tandis que leur production et leur conservation nécessitent de l’énergie.

Le cumul de ces facteurs risque de se traduire par une nouvelle poussée des prix alimentaires, qui viendrait réduire davantage le pouvoir d’achat. Il ne s’agit pas nécessairement d’une augmentation uniforme de tous les produits, mais la pression exercée sur les coûts est suffisamment forte pour faire craindre un renchérissement plus généralisé des prix à la consommation.

Cette perspective est d’autant plus préoccupante que les ménages ont déjà dû composer avec plusieurs années de tensions budgétaires. Les dépenses incompressibles – alimentation, logement, transport, électricité et remboursement des emprunts – absorbent une part importante de leurs revenus. Pour les familles lourdement endettées, toute hausse supplémentaire réduit leur capacité à faire face aux autres dépenses et à épargner.

Le risque est celui d’un effet cumulatif : la hausse des carburants alimente l’inflation, laquelle érode le revenu disponible et fragilise davantage les ménages déjà confrontés à des charges financières élevées. À Maurice, le choc pétrolier ne se mesure donc pas uniquement à la différence entre le prix affiché hier et celui pratiqué aujourd’hui à la pompe. Il se mesure aussi à ce qu’il reste, à la fin du mois, dans le portefeuille des ménages. Et lorsque l’énergie devient plus chère, c’est toute l’économie domestique qui doit absorber la facture.

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