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Agriculture

Pesticides : Ces résidus invisibles dans nos assiettes

30 septembre 2026, 19:00

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Pesticides : Ces résidus invisibles dans nos assiettes

■ Les légumes présentant des taches ou des déformations sont généralement moins valorisés sur les étals, selon Amarjeet Beegoo.

Manger des fruits et des légumes est recommandé dans le cadre d’une alimentation équilibrée. Pourtant, derrière leur apparence fraîche et sans défaut, le consommateur ne peut pas savoir quels produits ont été utilisés pour les cultiver ni s’il en reste des traces au moment de la récolte.

Les contrôles réalisés par le Pesticides Regulatory Office (PRO) du ministère de l’Agro-industrie, de la sécurité alimentaire, de l’économie bleue et de la pêche donnent un premier aperçu de la situation. Entre mai et juillet, 151 échantillons de fruits et légumes ont été prélevés et analysés par le Food Technology Laboratory et des laboratoires privés. Selon les résultats communiqués par le ministère, 52,32 % des échantillons ne présentaient aucun résidu détectable. Dans 13,25 % des cas, des résidus étaient présents, mais dans les limites maximales de résidus (LMR).

Pour les autres échantillons, les analyses ont révélé deux situations distinctes. Dans 6,62 % des cas, les résidus dépassaient les LMR. Dans 29,80 % des échantillons, des pesticides non recommandés pour la culture concernée ont été détectés. Dans le premier cas, le problème porte donc sur une quantité de résidus supérieure au seuil fixé. Dans le second, il concerne l’utilisation d’un produit qui n’est pas recommandé pour la culture contrôlée.

Ces résultats renvoient aussi aux pratiques adoptées sur le terrain. Amarjeet Beegoo, planteur, apiculteur et consultant en agriculture, pointe notamment le manque de formation technique de certains nouveaux producteurs. Certains se lancent dans l’agriculture comme activité complémentaire et s’appuient davantage sur les conseils des vendeurs de produits phytosanitaires. «Ils finissent par utiliser des combinaisons agressives recommandées par les vendeurs, avec des insecticides de contact, qui agissent principalement à la surface de la plante, et des produits systémiques, qui sont absorbés et circulent dans ses tissus», affirme-t-il.

Cette distinction peut avoir des conséquences sur la présence de résidus au moment de la récolte. «Dans le cas des produits qui restent à la surface, une partie peut être réduite par le lavage, mais cela ne signifie pas que tous les résidus sont éliminés. Pour les produits systémiques, le lavage ne permet pas d’enlever ceux qui ont été absorbés par la plante», explique-t-il.

Bio et hydroponie ne sont pas épargnés

Cependant, l’utilisation des pesticides ne peut pas être dissociée des contraintes auxquelles les producteurs sont confrontés. Les traitements représentent un coût, tandis que les ravageurs et les maladies peuvent entraîner des pertes importantes. La pression du marché joue également un rôle, notamment sur l’apparence des produits.

Au nouveau marché de gros de Wooton, où des échantillons sont prélevés dans le cadre des contrôles, Amarjeet Beegoo affirme que les légumes présentant des taches ou des déformations sont généralement moins valorisés. «Le consommateur veut la perfection mais ne veut pas en connaître le coût», estime-t-il. Selon lui, cette recherche de produits sans défaut peut conduire certains producteurs à multiplier les traitements.

Une tomate parfaitement formée ou une laitue d’un vert uniforme ne permet pourtant pas de savoir quels produits ont été utilisés. L’apparence d’un fruit ou d’un légume ne permet pas non plus de déterminer la présence éventuelle de résidus. La question ne se limite d’ailleurs pas aux cultures conventionnelles. Les données de l’European Food Safety Authority montrent que des résidus peuvent également être détectés dans certains produits issus de l’agriculture biologique. L’hydroponie, de son côté, n’est pas exempte de préoccupations liées à la sécurité alimentaire. Dans un rapport consacré aux systèmes de culture en environnement contrôlé, la Food and Agriculture Organization (FAO) relève notamment des risques de contamination microbiologique pouvant être liés à l’eau, aux semences, aux substrats ou aux manipulations.

Sur le terrain, le calendrier des cultures constitue aussi une contrainte. Amarjeet Beegoo attire notamment l’attention sur les productions à cycle court et cite l’iprodione. Selon lui, le délai à respecter entre certains traitements et la récolte peut être difficile à concilier avec le cycle de certaines laitues.

Il évoque également le carbendazime, dont la présence pourrait, selon son hypothèse, être liée à la dégradation de certaines autres substances, notamment le mancozèbe, même si le producteur ne l’aurait pas utilisé directement. Cette explication est présentée comme une hypothèse et ne permet pas, à elle seule, d’établir l’origine d’un résidu détecté.

Le dosage constitue un autre point de vigilance. Amarjeet Beegoo cite la cyromazine, notamment utilisée contre les mineuses des feuilles. Il évoque le cas d’un petit producteur qui adapterait à une parcelle réduite un dosage prévu pour 250 litres d’eau. Une erreur dans cette conversion pourrait, selon lui, entraîner un surdosage. À ces difficultés s’ajoutent les changements dans les conditions de production. L’apparition de nouveaux ravageurs liée au changement climatique complique davantage le travail des producteurs, estime-t-il. La formation et la surveillance phytosanitaire doivent ainsi, selon lui, évoluer en fonction de ces nouvelles contraintes.

Face à ces enjeux, le ministère indique avoir mis en place un programme national de surveillance des résidus de pesticides dans les produits agricoles frais. Les prélèvements sont effectués chaque semaine dans les marchés, les supermarchés, les marchés de gros, auprès des producteurs ainsi qu’aux ports d’entrée. Les échantillons sont ensuite soumis à des analyses au Food Technology Laboratory et dans des laboratoires privés.

«Improvement notices»

Lorsque les résultats font apparaître un dépassement des LMR ou la présence d’un pesticide non recommandé pour la culture concernée, le PRO émet des improvement notices aux producteurs concernés. Le ministère indique que des prélèvements supplémentaires, des actions de sensibilisation et, lorsque nécessaire, des mesures d’application de la réglementation sont alors engagés.

Le dispositif prévoit également le traitement des plaintes liées à la mauvaise utilisation des pesticides. Le PRO fournit les conseils nécessaires aux personnes concernées, tandis que le Pesticides Control Committee traite les questions relatives au contrôle des pesticides. De son côté, le Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) mène des actions de formation et de sensibilisation auprès des planteurs sur l’utilisation raisonnée des produits phytosanitaires.

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■ Qu’ils soient issus de l’agriculture biologique ou de cultures hydroponiques, les produits agricoles restent concernés par certaines questions de sécurité alimentaire.

Parallèlement, le ministère travaille sur quatre règlements dans le cadre de la Use of Pesticides Act 2018. Le premier doit fixer les limites maximales de résidus pour les fruits et légumes produits localement et importés, et fournir une base réglementaire pour agir lorsque ces seuils sont dépassés. Le deuxième doit préciser les procédures d’échantillonnage des produits locaux et importés, notamment la manière, le lieu et le moment où les prélèvements doivent être effectués.

Les deux autres textes portent sur l’utilisation des pesticides et la formation de leurs utilisateurs. L’un doit encadrer le mélange et l’application des pesticides dans les zones agricoles et non agricoles, ainsi que la gestion et l’élimination des contenants vides. L’autre doit instaurer un système de formation et de certification des utilisateurs de pesticides, avec un accent sur une utilisation sûre et responsable. Selon le ministère, ces règlements doivent être transmis au State Law Office pour finalisation.

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Des risques pour la santé

La gestion des contenants vides constitue également un volet des mesures annoncées. Le ministère indique qu’ils doivent être soigneusement rincés avant leur élimination et déposés dans des cages prévues à cet effet dans différentes localités. Dans le cadre du projet ISLAND, de nouvelles cages doivent être installées afin d’améliorer l’accès des agriculteurs à ces installations à travers le pays. Des campagnes de sensibilisation doivent également être intensifiées.

Reste la question de l’exposition du consommateur. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS, WHO en anglais), les pesticides peuvent avoir des effets aigus ou chroniques sur la santé, selon la substance, la quantité absorbée et la voie d’exposition. Certains sont également associés à des effets à long terme, dont des cancers.

Pour les résidus présents dans les aliments, l’évaluation repose notamment sur les travaux du Joint FAO/WHO Meeting on Pesticide Residues. Celui-ci analyse les données toxicologiques disponibles et les niveaux d’exposition alimentaire afin d’établir notamment des doses journalières admissibles et des limites maximales de résidus.

Le Centre international de recherche sur le cancer, agence spécialisée de l’OMS, évalue de son côté le potentiel cancérogène des substances. En 2015, il avait classé le glyphosate, le malathion et le diazinon comme «probablement cancérogènes pour l’homme». Cette classification porte sur le danger intrinsèque de ces substances. Elle ne signifie donc pas qu’une exposition alimentaire donnée présente automatiquement le même niveau de risque.

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