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Consommation des ménages : «pri monte, pos plat»
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Consommation des ménages : «pri monte, pos plat»
Regarder les vitrines sans rien acheter, comparer les prix avant de remplir son panier ou réfléchir à deux fois avant de prendre la voiture pour une sortie. La cherté de la vie s’invite dans les gestes les plus basiques. Désormais, chaque dépense est calculée et les petits plaisirs doivent parfois attendre. Les consommateurs apprennent à faire des choix, parfois au détriment de leurs loisirs.
Depuis lundi, minuit, le litre d’essence est passé de Rs 70,65 à Rs 77,70 ; celui du diesel, de Rs 71,25 à Rs 78,35. Une hausse des prix des carburants qui vient accentuer cette pression sur le budget des ménages. Au-delà du passage à la pompe, cette augmentation se fait sentir dans les arbitrages du quotidien. «Avant, je faisais mes achats sans trop calculer. Aujourd’hui, je regarde davantage les prix et je réfléchis avant de sortir mon portefeuille. Si ce n’est pas nécessaire, je préfère attendre», explique Deepa Ramjit, une habitante de Vacoas adepte de shopping. Comme elle, certains continuent de fréquenter les magasins sans forcément passer à la caisse : du window shopping, zis pou lizie kontan.
Cette prudence se retrouve aussi dans les autres dépenses du quotidien. Béatrice Anthony, 30 ans, habitante de Beau-Bassin, dit avoir revu ses habitudes. «Même pour une sortie qui semble simple, je pense au transport, au repas et à ce que je risque de dépenser sur place. Alors, je choisis davantage mes sorties et je dépense moins qu’avant.» Cette attention aux prix ne se limite pas aux sorties. «Quand je fais les courses, je vérifie le prix de chaque produit et je compare les marques. Si le montant devient trop élevé, je retire des choses du panier. Il faut d’abord penser à ce qui est nécessaire pour la maison», explique Swetha Roopun, mère de famille.
Promotions et frustrations
Dans ce contexte, les promotions prennent une place importante dans les habitudes d’achat. Ignace Lam, directeur de la chaîne de supermarchés Intermart, explique que plus de 50 % des produits sont proposés en promotion depuis plusieurs années. «Les consommateurs s’y sont habitués et, aujourd’hui, ils attendent ces offres. Il faut donc maintenir les promotions de façon régulière», souligne-t-il. Il affirme par ailleurs que la fréquentation de ses magasins reste stable. Même constat au Tribeca Mall. «Malgré la contraction du pouvoir d’achat, la fréquentation est restée stable. Si certains magasins enregistrent une progression de leur chiffre d’affaires, d’autres accusent un recul. Cette évolution varie notamment en fonction de la nature des produits commercialisés et des marques représentées», indique la direction.
Si les achats essentiels restent prioritaires, ce sont surtout les dépenses liées aux loisirs qui peuvent être remises en question. Les repas au food-court et les excursions deviennent moins fréquents pour certains ménages. «Nous aimons sillonner l’île le dimanche, mais nous le faisons moins souvent. Entre l’essence, le repas, qui peut coûter jusqu’à Rs 500 par personne, et les dépenses sur place, une journée peut vite revenir cher. Nous préférons parfois rester à la maison et économiser cet argent», explique Steven Baptiste, automobiliste.
Les sorties au restaurant et la consommation de fast-food font eux aussi partie des dépenses réévaluées. Zahid Edoo indique qu’il en achetait auparavant environ deux fois par semaine et qu’il privilégie désormais les repas à la maison. La hausse des prix dans les points de vente pèse également dans ses choix. Selon lui, un pain-poulet autrefois vendu autour de Rs 200 dépasse désormais les Rs 300, tandis que le prix d’un pain-kebab est passé de Rs 100 à Rs 150. «Pour ce que l’on paie aujourd’hui, le rapport qualité-prix n’est plus le même», estime-t-il.
Si les sorties peuvent être réduites, certains déplacements restent, eux, difficiles à éviter. C’est notamment le cas des trajets domicile-travail pour ceux qui dépendent de leur voiture. Les déplacements quotidiens demeurent indispensables et la hausse du prix du carburant pèse directement sur le budget.
Un automobiliste explique que l’allocation carburant versée par son employeur ne suffit plus à couvrir ses dépenses jusqu’à la fin du mois. Il doit ainsi parfois puiser dans ses économies. Pour limiter les frais, il essaie désormais de réduire les déplacements qu’il peut éviter, notamment en regroupant ses courses. «Je planifie mes courses à l’avance pour éviter de ressortir plusieurs fois dans la journée. Chaque trajet supplémentaire est une dépense de plus», explique-t-il.
Lorsque les déplacements ne peuvent pas être réduits, certaines entreprises commencent aussi à envisager des solutions liées à l’organisation du travail. Pour certains employés, le télétravail pourrait notamment permettre de limiter les trajets domicile-travail et les dépenses qui y sont liées. Hennah Mohamudally, employée dans une compagnie à Port-Louis, explique que sa direction a évoqué la possibilité de mettre en place le work from home si les prix du carburant augmentaient. «Cela permettrait de réduire nos déplacements et, par conséquent, les dépenses liées au transport», raconte-t-elle.
L’effet domino
Ces arbitrages individuels ne sont toutefois qu’une partie des conséquences de la hausse. Pour les économistes interrogés, ses effets pourraient se propager au coût des produits et services, notamment en raison de la dépendance du secteur manufacturier à l’essence et au diesel.
«Il ne faut pas oublier que le secteur manufacturier dépend beaucoup de l’essence et du diesel. L’inflation pour cette année était estimée à 6 %, mais avec cette hausse du prix du carburant, peut-être qu’on va dépasser ce chiffre», explique Azad Jeetun. L’économiste estime également qu’une réflexion devrait être menée sur la fiscalité appliquée aux carburants. Selon lui, la hausse des prix a aussi une incidence sur les recettes de l’État à travers les différentes taxes. «Kan ena enn ogmantasion pri, otomatikman gouvernman li gagnan ladan», souligne-t-il.
Il remet par ailleurs en perspective la fiscalité automobile. Selon lui, la place de la voiture dans les ménages a changé au fil des années. Alors qu’elle était autrefois davantage associée aux revenus les plus élevés, elle est aujourd’hui devenue indispensable pour une partie de la population, y compris les travailleurs à revenus modestes. «Donc aujourd’hui, la population qui sera le plus affectée, ce sont ceux qui se trouvent au bas de l’échelle. Ils paient les taxes pour financer les subsides sur les autres produits qu’euxmêmes vont acheter. Bann-la pou senti sa ogmantasion-la plis ki bann dimounn inpe eze. Mem dimounn ki pe pey tax-la, ou pe donn zot sibsid. Ti dimoun pena swa, li bizin al travay. Enn ti mason ki ena enn ti loto pou al travay, li oblize roule», fait-il ressortir. Cette pression pourrait également modifier les prévisions d’inflation. Pour l’économiste Manisha Dookhony, la nouvelle hausse des carburants pourrait nécessiter une révision des estimations pour l’année. «On va définitivement devoir revoir le chiffre de l’inflation», affirme-t-elle.
Reste également la question de la fiscalité appliquée aux carburants. Manisha Dookhony s’interroge sur une éventuelle révision des taxes afin de limiter la pression sur les prix à la pompe. La TVA et l’excise duty figurent, selon elle, parmi les leviers qui pourraient être examinés : «Mais estce que le gouvernement va revoir sa politique de taxation sur les carburants, comme beaucoup de pays européens sont en train de le faire, pour qu’il y ait une baisse éventuelle sur le prix à la pompe ?»
La TVA mérite également, selon elle, une attention particulière. Les 15 % sont appliqués après l’ajout des différentes autres taxes, explique-t-elle. Elle estime ainsi que la formule de calcul pourrait être examinée pour déterminer si une modification permettrait de réduire le prix final payé par les consommateurs.
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