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Jamais sans les politiques

24 mai 2006, 00:00

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Les forces citoyennes se décident enfin à organiser la résistance à la contre-réforme du ministre Gokhool. Réveil tardif, peut-être mais réveil quand même. Cependant, il ne faut pas se faire d'illusions. Il ne suffit pas de réunir quelques bonnes volontés et espérer que leur seule détermination fera prendre conscience à la population des dangers de la nouvelle formule du CPE. Si l?organisation que mettent en place ces particuliers et ONG bien intentionnés n?arrive pas à actionner des relais plus puissants, la suite de leur action on la devine déjà.

Seuls les partis politiques ont les structures requises pour faire bouger la rue et susciter des mobilisations capables de faire reculer le gouvernement. Or le MMM et le MSM ne se sont pas beaucoup préoccupés de la question éducative ces temps derniers. Le besoin de régler leurs petits problèmes internes était trop pressant.

Les deux partis d?opposition éprouvent, en outre, des complexes pour agir sur une question qui est perçue comme relevant de considérations ethniques. Au début de l?année, le MSM avait commencé à dénoncer, dans les régions rurales, les méfaits du retour au ?ranking?. Ensuite, il a renoncé au combat. Le MMM, lui, a toujours été circonspect dans ses commentaires craignant sans doute d?apparaître comme un parti qui défend les minorités. En tout cas, aucun des deux partis n?a choisi la méthode frontale : descendre dans la rue.

Pourtant, il est clair que Navin Ramgoolam ne lâchera du lest que s?il est confronté à une fronde populaire importante. Son gouvernement n?est pas aussi sensible et attentif aux arguments des pédagogues et des intellectuels pour que les opinions que ceux-ci expriment dans la presse nationale le fassent changer d?avis. Il réagira seulement si la colère populaire gronde.

Du reste, il n?aurait pas été très difficile de détruire le mythe selon lequel le retour à la ?rat race? favorise telle ou telle communauté. Cette perception a été créée dans un contexte politique spécifique où le PTr devait miser sur une thématique communale pour conquérir le pouvoir. Le temps des passions politiques fini, il est facile pour l?opposition de démontrer que la barbarie d?une sélection à 11 ans fait des victimes dans toutes les communautés de la société.

Il est vrai que le MMM est parvenu, in extremis, soit à quelques heures de l?expiration du délai légal, à déposer une plainte pour contester la contre-réforme Gokhool. Mais le combat est politique, pas juridique. Il ne suffit pas que les juges décrètent que le préavis pour la modification des règlements du CPE était insuffisant pour que la crise soit résolue.

Une fois qu?on aura dépouillé la question du parasite communal, il restera, au c?ur du débat, une opposition entre deux conceptions de l?éducation ? l?élitisme et l?égalité des chances. C?est un sujet qui concerne un choix de société. Il n?a rien à voir avec une interprétation légaliste de la procédure suivie par Gokhool. De toute façon, dans le meilleur des cas, les juges ne pourront qu?ordonner le report de la réforme d?une année. Or, on sait que ce répit ne sera pas utilisé par le gouvernement pour engager des consultations. Ce n?est pas dans ses habitudes.

Kadress Pillay a eu raison de constituer une plate-forme citoyenne, mais sa réussite dépendra de l?implication des dirigeants politiques. Il sait qu?on n?avance pas beaucoup sans l?appui des chefs politiques. En 1997, son plan d?action n?a pas abouti parce que son chef d?alors, Navin Ramgoolam, n?y croyait pas.

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