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J. Guého : Epargnons le sort du dodo à la flore indigène

6 novembre 2005, 20:00

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L?année 2005 restera marquée par le combat d?une poignée d?écologistes pour épargner à la faune et à la flore indigènes de la vallée de Ferney les affres d?une charcuterie routière, d?un horrible éventrement autoroutier pour ne rien dire de toute la pollution suivant et accompagnant la mise en opération d?une autoroute, avec ou sans tunnel, au milieu d?un des derniers lambeaux de forêt indigène et de réserve naturelle nous restant. Cette poignée d?écologistes bénévoles réussissent là où ont lamentablement et piteusement échoué les fonctionnaires payés des fonds publics du ministère de l?Environnement, celui de Rajesh Bhagwan comme celui d?Anil Baichoo. La vallée de Ferney pourrait donc avoir plus de chance que ce site pourtant mythique de Bassin Blanc, aujourd?hui tristement appelé à devenir un dépotoir sauvage quand ce n?est pas un lieu propice aux meurtres ou aux suicides.

Il y a 25 ans, en novembre 1980, Bertyco Berthelot de l?express interviewe un de ses futurs collègues du MSIRI, à savoir Joseph Guého, alors curateur de l?Herborium de l?Institut de recherches de l?industrie sucrière et un des promoteurs de la réserve naturelle du Mondrain. Un quart de siècle qui commence donc avec l?aménagement et la préservation durable du Mondrain et qui pourrait s?achever par le tronçonnage routier de la Vallée de Ferney. Le conditionnel s?impose toujours ici car les massacreurs à la tronçonneuse, se déplaçant sur leurs pelleteuses, ne baissent jamais définitivement les armes. Ils ont déjà prouvé être plus forts que les velléités ministérielles les plus souhaitables.

Joseph Guého confie avant tout à Bertyco Berthelot qu?il refuse que les plantes indigènes de Maurice subissent le sort du dodo. Il craint par-dessus tout la menace du besoin des terres arables. A l?époque, on entretient toujours le rêve irréalisable de 800 000 tonnes de sucre annuelles. Les planteurs canniers rêvent de monter à l?assaut de ce qu?il nous reste de vallées et de crêtes de montagnes pour que la canne à sucre déloge, au mieux le ravenala, mais au pire les plantes indigènes et les oiseaux endémiques qui s?y nichent.

Les craintes de Joseph Guého reposent, en 1980, sur les appréhensions de ses prédécesseurs et contemporains. Ils ont pour noms Reginald Vaughan, Octave Wiehe, Guy Rouillard, France Staub et Wahab Owadally. Nos dernières forêts indigènes subissent un processus prévisible de dégradation. Comme quoi, il n?est pas nécessaire de faire appel aux tronçonneuses et aux pelleteuses pour accélérer davantage un processus hélas inexorable. Cette dégradation est due à l?envahissement des plantes exotiques nuisibles car plus prolifiques et s?adaptant plus facilement aux conditions locales. Elles sont, par exemple, le goyavier de Chine, le jamrosa, le privet, la liane cerf, l?herbe caroline, l?herbe duvet, l?herbe bourrique ou chiendent. Elles envahissent les sous-bois et gênent la croissance des plantules indigènes. Tout arbre endémique, qui tombe sous l?effet d?un cyclone ou en raison d?un vieillissement annoncé, est ainsi remplacé par des plantes exotiques. Les animaux sauvages font aussi partie des facteurs de destruction des plantes indigènes. Les plus dangereux sont ceux qui remuent le sol pour trouver leur nourriture, tel le cochon marron.

Des exemples de plantes indigènes ayant plus ou moins disparu, Joseph Guého peut, hélas, en citer par dizaines. Ainsi l?Astiria rosea, petit arbre à grandes inflorescences roses. Il n?a pas été retrouvé dans les années 1970. Heureusement que rien n?est définitif dans ce domaine et les passionnés de flore indigène conservent toujours l?espoir de retrouver ce qu?ils pensaient perdu à jamais. C?est dire leur chagrin en apprenant que les plantes endémiques, qu?on croyait disparues à jamais mais heureusement redécouvertes dans la vallée de Ferney, peuvent à tout moment être livrées aux massacreurs à la tronçonneuse et aux pelleteuses.

Joseph Guého parle, à ce sujet, de l?Hibiscus genevii redécouvert le 21 janvier 1968 (en pleines bagarres raciales) à Mondrain. Le botaniste Wenceslas Bojer avait découvert cette plante indigène vers 1830 (il y a donc 175 ans) sur la propriété d?Henri Genève à la Rivière Noire. On la crut disparue pendant plus d?un siècle et la voilà qui refait heureusement son apparition pour la plus grande joie des botanistes.

Joseph Guého confie à Bertyco Berthelot ses espoirs que les travaux de prospection botaniques effectués à Rodrigues portent bientôt leurs fruits. Ils n?ont pas été effectués depuis le passage de Balfour dans cette île en 1879. Ils ont, en revanche, été entrepris à Maurice grâce à Vaughan et à Wiehe. Rodrigues possède une flore indigène intéressante mais hélas confinée sur les crêtes des montagnes et dans les vallées les plus encastrées. Pas de risques de charcuterie routière exagérée et insensée, du moins pour l?instant.

Les différences d?altitude font qu?on trouve à la Réunion des plantes n?existant pas à Maurice. Joseph Guého cite, à cet effet, le tamarin des hauts (Stoebe passerinoides). Il existe aussi des plantes indigènes communes aux îles s?urs, comme le bois maigre ou le bois fandamane.

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