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Ismaël Lô le Dylan africain

30 avril 2004, 20:00

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Noir de peau, blanc pur dans ses textes, café au lait reste son âme. Ismaël Lô, 48 ans, a depuis longtemps déjà, rejoint le banc des grands de la chanson. Surnommé le Dylan africain, Ismaël Lô explore constamment les ficelles du rythm?n?blues, du rock, du funk, du blues, du mbalax, de la soul ou du mandingue.

Derrière ces styles musicaux, se cache son passé. Une naissance au Niger, à Dongo Buti, et une adolescence à Rufisque près de Dakar. «L?ambiance du pays, les fêtes de quartier, les cérémonies de mariage, les baptêmes, toutes ces petites choses qui font vivre mon esprit», chuchote Ismaël Lô, quand il s?agit de sa ville, le Dakar, mère de ses inspirations. C?est ce grain doux-amer que portera le souffle d?un grand homme modeste, «Iso Lô», pour les intimes.

Dès son plus jeune âge, il titille ses instruments, il les crée lui-même, s?inventant son public : le mur ! A partir des bidons et du fil de pêche, il fait éclore une guitare. Pour qu?il puisse jongler entre son harmonica et sa guitare, Ismaël fixe l?harmonica sur un mur à l?aide de deux clous.

Iso Lô possède des mains créatrices, des mains qui couchent sur les pages des paroles non-dites, des plaies béantes. Alors qu?il est encore adolescent, Iso sent déjà monter en lui, cette passion pour la chanson. Mais son père est réticent. Il n?y aura pas de «griots» dans sa famille.

Dans les années 60, l?Afrique noire perçoit très mal les griots ou les musiciens ambulants dont tout le monde se méfiait et méprisait. Son père décède. Alors, poussé par les saveurs exquises des couleurs, Ismaël s?inscrit, en 1970, à l?école des Beaux-Arts de Dakar où il y passe deux ans. La peinture nourrit ses mots, mais Ismaël veut aussi les chanter.

Muni de son éternel harmonica et de son inséparable guitare, Ismaël chante pour une télévision locale. Stupeur. Sa voix au goût de cendre séduit. Ismaël croit maintenant en lui.

CHANTEUR QUI SAIGNE LES MOTS

Avec son frère comme manager, il s?élance à la conquête du Sénégal. Ses concerts emplissent les salles, jusqu?à ce qu?il rencontre Omar Pene, chanteur et compositeur, en Gambie. Celui-ci lui propose de rejoindre son groupe, les Super Diamono. Nous sommes en 1979. Les membres fusionnent, Ismaël vibre alors sur les airs mbalax de l?orchestre. De ce mélange, naissent des tubes qui sidèrent l?Afrique. Après cinq ans, Ismaël se sent fin prêt. Il décide de se lancer en solo.

De son timbre de voix, aigu ou grave, Iso Lô habille ses chansons de soul américain, de folk et de mbalax sénégalais. Accompagné du vieux Faye, un guitariste lead, arrangeur et passionné de jazz, Iso Lô ravive les couleurs endormies de la chanson.

En 1984, il sort son premier album Xalat, puis vient Xiif en 1985, Diawar en 1988 et Wadiour en 1990. Il est ainsi entouré de Sélé Thiam, ancien saxophoniste des Super Diamono et de Thio Mbaye aux percussions.

Sur cette lancée, en 1990, le «Bob Dylan africain» signe un sixième album éponyme chez Barclay, Ismaël Lô. Le monde s?ouvre à lui. La chanson Tajabone le place à l?apogée de la gloire. Il enflamme les planches du festival des musiques métisses d?Angoulême (France) en mai 1990 et s?envole pour une tournée en Amérique du Nord en 1991. Cette même année, paraissent Afrique Sunu et Khumbeul. Radio France Internationale lui décerne le trophée RFI Sacem à l?occasion du concours Découvertes.

Mais sa gloire ne se limite là. Quand Iso Lô lance en 1994, son album Iso , les Français sont subjugués par tout le magnétisme qui émane de ses chansons : Dibi dibi rek ou encore Sénégambie. Il faut aussi dire qu?Iso Lô possède ce don inégalable de mêler les langues, entre bambara, une langue africaine, en wolof, langue sénégalaise et en français.

Mais c?est la force de la guitare douce, qui étonne. La mélodie qui enveloppe toute la sensibilité artistique d?Iso Lô. Dans ses textes, il traite de thèmes poignants : le racisme en Afrique, la détresse des enfants de parents divorcés, les mariages arrangés. Auteur qui saigne les mots, chanteur qui ranime l?esprit. C?est surtout dans son album Touré Kunda avec la chanson Nassarane qu?Iso Lô touche le c?ur de la masse. Comme un aimant, il attire Marianne Faithful, l?anglaise avec qui il interprète Without blame, Swinging London, ou encore Jane Birkin, pour qui il fait l?avant première à l?Olympia en 1997.

En 1998, Iso Lô est fait Chevalier de l?Ordre National du Lion par le président du Sénégal. En 1999, la chanson Tajabone issue de Jammu Africa suscite l?intérêt de Pedro Almodovar qui l?utilise pour illustrer son film Tout sur ma mère.

Les albums défilent, Dabah, dans lequel il rend hommage à un guide spirituel et religieux sénégalais. L?amour, la passion, la déchirure se mêlent en beauté dans l?album. En 2002, il se fait Chevalier de la Légion d?honneur pour ses qualités artistiques, ses valeurs humaines et pour son action pour la francophonie.

La voix d?Iso Lô se faufilera ainsi entre les styles mauriciens. Présent ce mercredi 5 mars au Théâtre du Plaza, il séduira les mélomanes en quête d?un goût de cendre, un goût de l?Afrique. Iso Lô ou l?homme à la voix d?or qui marche sur des mots saignants. Les billets sont en vente à Rs 250 et Rs 150.

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