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Il y a 25 ans, mourait Sir Henry Leclézio
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Il y a 25 ans, mourait Sir Henry Leclézio
LE 14 mars 1929 meurt à Euréka, Moka, un des plus éminents Mauriciens de la fin du XIXe siècle et du début du siècle suivant. Il s?agit de Sir Henry Leclézio.
Petit-fils d?Alexis François Leclézio (1771-1851), armateur et négociant, prêteur ?à la grosse aventure, risques, périls et fortune de mer?, fils d?Eugène Leclézio (1805-1893), avoué, adversaire politique d?Adrien d?Epinay, fondateur et rédacteur en chef du Mauricien (1933-1863) pour faire échec au Cernéen, bibliophile et passionné d?histoire de Maurice, frère cadet de Sir Eugène Leclézio (1832-1915), premier chef juge mauricien (de 1883 à 1898), père d?Ernest Leclézio, K.C., (1865-1932), du Dr Georges Leclézio (1872-1928), directeur de l?hôpital de Moka à partir de 1914 qu?il rénove, modernise et équipe à ses frais, pour en faire un centre chirurgical de premier ordre, faisant de lui un des véritables créateurs de la chirurgie mauricienne, père de Sir Jules Leclézio (1877-1951), légiste, homme d?affaires, politicien, directeur d?Alma S.E., de la Compagnie Générale de Quincaillerie, de la Société Huilière de Diégo et de Péros, de l?Albion Dock, député de Moka de 1931 à 1947, président du Syndicat des Sucres de 1936 à 1948,
Sir Henry Leclézio voit le jour, aux Plaines-Wilhems, le 26 décembre 1840. Il fait ses études au Collège Royal dont il sera le lauréat en 1858. Comme son frère aîné, le futur chef juge Eugène Leclézio, il renonce à cette Bourse d?Angleterre qui est alors octroyée à W. Rogers et lui permet de faire ses études en médecine.
Henry Leclézio entre dans l?étude d?avoué de son père, Eugène Leclézio. Il s?occupe aussi des biens fonciers familiaux. Alma Sugar Estate en devient vite le noyau principal. En 1864, il épouse Jenny Jauffret qui lui donnera 17 enfants. En 1880, il est reçu avoué.
Ami de William Newton de Georges Guibert et bientôt conseiller du gouverneur Sir John Pope Hennessy, Henry Leclézio ne tarde guère à participer activement à la vie politique de Maurice et à prendre une part prépondérante aux événements devant déboucher sur la réforme constitutionnelle de 1885. Il brigue les suffrages des électeurs de Moka, en janvier 1886, et demeurera leur député au conseil législatif jusqu?en 1920.
Dans la notice biographique que Patrick J. Barnwell lui consacre dans le Dictionnaire de Biographie Mauricienne (No 11, octobre 1943, pp. 342 et 343), on peut lire ceci qui résume à merveille la prépondérance qu?occupera désormais Sir Henry Leclézio dans toutes les sphères de la vie économique mauricienne, prééminence qu?il doit à ses nombreuses fonctions (homme d?affaires, directeur de banque, de docks, de compagnies de crédit). ?Aucune affaire d?importance ne se traite sans qu?il fasse sentir son influence ni pencher la balance. A l?époque des crises économiques financières ou politiques, il est le chef accepté qui saisit la Chambre d?Agriculture ou encore le conseil législatif des mesures à étudier et à prendre. Chef d?une nombreuse famille et plus tard chef incontesté des Mauriciens d?origine française, il a l?éloquence précise de l?homme des chiffres et des lois, la prudence du père de famille et du défenseur obstiné de la tradition.?
Il est membre du conseil exécutif de 1891 à 1911, quand les commissaires royaux de 1909, Sir F.A. Swettenham, Sir E. Loughlin O?Malley et H.B. Drysdale Woodcock, s?opposent à la présence de députés élus au conseil exécutif, tenant lieu à l?époque de conseil des ministres. En mai 1907, il suggère un emprunt de £ 600 000 pour l?amélioration des usines sucrières. Londres exige au préalable l?envoi d?une commission d?enquête royale. Henry Leclézio s?oppose mais vainement à l?envoi de cette commission. Devant les commissaires, il affirmera toutefois sa confiance dans l?économie de Maurice. Il réclame également un emprunt de Rs 400 000 pour le chemin de fer et une campagne anti-malarienne. En 1897, il est élevé au rang de Commandeur de l?Ordre des Saints Michel et George et devient, en 1916, Chevalier Commandeur de cet ordre. En août 1901, il reçoit dans sa demeure familiale, La Marmaille, à Alma, le duc et la duchesse d?York (le futur roi George V de Grande-Bretagne et son épouse, la future Queen Mary).
Il ne sera jamais tendre pour les experts que Londres dépêche à grands frais à Maurice aux dépens des contribuables mauriciens et pour de bien piètres résultats. ?Combien d?entre eux ont-ils été vraiment utiles aux Mauriciens ?? ose-t-il demander, en plein conseil législatif.
Son prestige est tel que le gouverneur Hesketh Bell n?ose pas lui interdire, en août 1920, de prendre la parole à deux reprises au cours d?un même débat. Ce même privilège sera, bien sûr, refusé séance tenante au député Gébert, le même président parlementaire ne jugeant guère utile de l?entendre une nouvelle fois sur le même sujet.
Sir Henry Leclézio s?oppose au mouvement prônant la rétrocession de Maurice à la France et qu?animent, entre autres, Maurice Curé, Raoul Rivet et Edgard Laurent. Il se fait le défenseur de l?attachement aux valeurs ancestrales d?origine française, tout en faisant preuve d?une loyauté sans réserve à la couronne britannique. Ses compagnons d?armes, dans ce débat d?idées faisant honneur aux Mauriciens, sont Adolphe Duclos et Robert Edward Hart.
Après la Première Guerre mondiale, Sir Henry Leclézio se rend en Europe et notamment en France et en Grande-Bretagne. Il a l?occasion, tant à Paris qu?à Londres, de dissiper bien des malentendus susceptibles d?égratigner la nouvelle entente cordiale, dûment scellée par le sang versé dans les tranchées de la Grande Guerre de 1914-18. A Londres, il est reçu à Buckingham Palace par ses anciens visiteurs de la Marmaille, le roi George V et Queen Mary. Il rencontre aussi le fils de Sir John Pope Hennessy. Il sera impitoyable pour les travaillistes anglais et pour les Irlandais : ?Britain is no more Britain. It belongs to the Travaillistes, the worst set of people you can imagine, and to the Irish who do what they like.?
La contribution de Sir Henry Leclézio au développement de l?industrie sucrière est tout autant importante que la place qu?il occupe dans la politique et la législature des années 1881-1929. Il est un des premiers à mettre en place, un contrôle chimique des cannes et du sucre. Son usine d?Alma sert de laboratoire d?avant-garde.
Dès 1887, il fait ?uvre de pionnier en obtenant les services du chimiste français Lucien Biard. Il militera en faveur de la création, en 1893, de la Station Agronomique que dirigera Philippe Bonâme, qui deviendra, à partir de 1913, le département de l?Agriculture avec Franck Stockdale comme premier directeur et, à partir de 1953, l?Institut de Recherches de l?Industrie sucrière de Maurice (MSIRI). Henry Leclézio sera aussi témoin de la fondation du Collège d?Agriculture, en 1925, avec Harold Tempany comme premier directeur.
En 1902, quand éclate l?épizootie de surra, introduit de l?Inde, en 1901, par le navire ?Nazeri?, Henry Leclézio obtient un prêt de Rs 3 millions qui permettra l?installation de tramways sur les établissements sucriers.
La vente des sucres mauriciens est, aujourd?hui encore, d?un enjeu crucial déterminant pour l?avenir de cette industrie. Cette question ne l?était pas moins du vivant de Sir Henry. Il a connu successivement l?époque du chacun pour soi jusqu?en 1914, celle de l?achat, à partir de 1914, par la Grande-Bretagne de tous les sucres exportés par toutes les colonies de l?empire britannique, et les risques pour les divers établissements sucriers locaux de devoir se concurrencer de nouveau pour s?assurer des meilleures places au soleil sucrier anglais. Reprenant une proposition de Clément Dumat, en 1903, mais restée sans effet, Sir Henry propose aux propriétaires d?établissements sucriers la création d?un Syndicat des Sucres, chargé de la vente de tous les sucres mauriciens et d?être le porte-parole commun de tous les producteurs en matière de marketing sucrier. Il faudra toutefois attendre 1936 avant que le dernier producteur récalcitrant consente à faire partie du Syndicat des Sucres créé par Sir Henry.
Nombreux sont les pays de l?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) à apprécier, de nos jours, le savoir-faire des Mauriciens dans les négociations internationales. Cette renommée nous le devons à des Mauriciens du calibre de Sir Henry Leclézio. Ils nous apprennent, aujourd?hui encore, à mettre toujours notre patrie mauricienne à sa vraie place, la première dans nos considérations et dans nos priorités.
La contribution de Sir Henry Leclézio au développement de l?industrie sucrière est tout autant importante que la place qu?il occupe dans la politique et la législature des années 1881-1929.
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