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Hurnam derrière les barreaux
par Marc ATCHIANE
«Nous allons devoir arrêter l?émission car il y a des policiers qui sont là pour procéder à l?arrestation de Dev Hurnam», lâche Nawaz Noorbux, animateur radio. Les auditeurs branchés sur Radio Plus vers 17 heures hier ont en effet pu suivre live l?arrestation de l?avocat.
L?avocat, spécialisé dans les affaires criminelles, s?était accroché à l?espoir d?un renversement de situation. Il a fait une demande de «stay of execution» de sa condamnation à six mois de prison. Demande qui a été rejetée. L?avocat risque maintenant d?être radié du barreau (voir hors-texte).
Hier, dix minutes à peine après le début de l?émission radio, une équipe de la Central Investigation Division dirigée par le chef inspecteur Clency Meeterjoye a fait irruption dans les studios de la radio à la rue Labourdonnais, Port-Louis. Les auditeurs ont pu entendre les échanges entre un Dev Hurnam conciliant et un officier de police, impatient de faire son travail.
Clency Meeterjoye informe Dev Hurnam qu?il est en état d?arrestation. «Mo dakor pou surrender», explique ce dernier. Mais il demande qu?on le laisse terminer l?émission. Clency Meeterjoye, dont la voix trahit une certaine impatience, lâche : «Monsieur Hurnam mo ena enn travay pou fer. Laissez-moi le faire.»
Dev Hurnam insiste. Clency Meeterjoye répond qu?il n?y peut rien. «Magistrat pe atann», dit-il d?un ton toujours impatient.
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«Cot nou pe ale ?»
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« Nou pe al la cour.»
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«Donn cinq minit pou termin lemision.»
Le ton des échanges devient ensuite menaçant.
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«Pa pou atann ni enn minit, ni enn second. S?il vous plaît, M. Hurnam.»
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«Je vais te suivre. Nous savons tous que j?ai déjà pris l?engagement auprès de la cour intermédiaire de me constituer prisonnier si ma demande tombait.»
Mais Dev Hurnam ne semble pas vouloir bouger de sa place. «Mo pou fer pran mo ale», lâche alors Clency Meeterjoye. Autrement dit, une arrestation par la force. Mais les choses se déroulent autrement. Dev Hurnam accepte de se faire escorter jusqu?à la cour intermédiaire où l?attend une horde de photographes.
Dev Hurnam quitte les lieux sous forte escorte policière, parmi des éléments de la Special Supporting Unit, armés de matraque, pour être conduit à la New Court House. On ne lui a pas imposé de menottes, comme c?est de rigueur quand une personne est conduite en prison.
Il est 18 heures lorsque l?avocat arrive à la Court House. Dev Hurnam est très remonté contre le système : «Mazistra pe atann ziska sa ler la pou avoye moi prison», lance-t-il avec sarcasme.
L?avocat garde son calme. Mais il a une montée d?adrénaline en apercevant son fils dans la salle d?audience avant l?ouverture de la séance. «I am strong», dira-t-il cependant à l?intention de son fils pour le rassurer.
Sa comparution devant la magistrate, Anjali Ramdin Raghubar, sera brève. Dev Hurnam sera transféré à la prison centrale pour purger sa condamnation de six mois de prison
Radié du barreau ?
Le Bar Council devra se réunir la semaine prochaine pour examiner l?arrêt du Conseil privé dans le cas de l?avocat Dev Hurnam.
Le conseil de l?ordre des avocats devra par la suite soumettre ses recommandations à l?«Attorney General». Il appartiendra aux hautes instances judiciaires de se prononcer sur une éventuelle radiation de l?avocat du barreau.
Chronique de l?affaire
Dev Hurnam avait fait l?objet de poursuites pour avoir conseillé un de ses clients arrêté et accusé du braquage à la State Bank of Mauritius le 4 mai 2000. Il s?agit de Soobashsing Bholah qui, dans un premier temps, avait soutenu s?être rendu, le jour du hold-up, au «fitness centre» de Forest-Side en compagnie de son frère. Dans une nouvelle déposition, dix jours plus tard, il accusait son avocat de lui avoir conseillé de se fabriquer un faux alibi. Poursuivi devant la cour intermédiaire, Dev Hurnam sera condamné à six mois de prison, sous le poids du témoignage de Soobashsing Bholah. Mais Dev Hurnam fait appel. Et la Cour suprême le blanchit. Le Directeur des poursuites publiques fait alors appel au Conseil privé. Les «Lords» se prononcent en faveur du maintien de la condamnation, tout en soulignant la gravité de l?offense commise.
Après avoir épuisé les options à sa disposition pour échapper à la prison, Dev Hurnam a fait appel à la mi-journée d?hier au juge en Chambre Keshoe Parsad Matadeen pour lui demander de geler la décision de la cour intermédiaire de l?envoyer purger la peine d?emprisonnement de six mois, comme recommandé par les «Lords» du Conseil privé. Mais le juge ne s?était pas encore prononcé que la cour intermédiaire avait déjà rendu son verdict. Sur la demande de la défense qui a plaidé pour que Dev Hurnam ne soit pas arrêté pour des raisons humanitaires, la magistrate, Anjali Ramdin Raghubar, a souligné que Dev Hurnam a eu l?occasion de se rendre à Londres pour assister aux funérailles de son frère, décédé la semaine dernière. S?agissant de la demande de grâce présidentielle, la magistrate a adhéré à la position du parquet, à savoir que la commission de pourvoi en grâce est un exercice purement administratif, donc «pas légale».
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