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Huile lourde, une nuisance qui n?a l?air de rien

19 mars 2004, 20:00

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Voilà deux ans que le ministère de l?Environnement prélève et analyse régulièrement l?air ambiant que respirent les Mauriciens. Personne n?en parle et c?est dans l?indifférence générale que se déroulent ces examens. On ne s?inquiète pas car les résultats n?ont rien donné d?alarmant. Au contraire, ils étonnent.

Les analyses d?un laboratoire fixe à côté du collège Royal de Port-Louis indiquent que même pendant les heures de pointe et de forte congestion routière, le seuil de tolérance de polluants n?a jamais été dépassé. Ce n?est donc pas de sitôt que Maurice connaîtra une alerte pour fort taux d?anhydride sulfureux, de dioxyde d?azote et d?oxyde d?azote, de particules ou du plomb que les automobiles et autres usines crachent.

A priori, les Mauriciens n?ont rien à craindre. Mais au début de ce mois, une surprise de taille. Des élèves et des enseignants de l?école Rose-Belle Nord sont intoxiqués. A deux reprises.

Le laboratoire du ministère de l?Environnement s?en trouve désarmé. Pas d?équipement pour identifier la source de l?intoxication, le laboratoire n?étant pas équipé pour des « stack monitoring », des analyses des émissions de cheminées.

Les scientifiques du laboratoire tâtonnent comme en octobre dernier lors du premier cas d?intoxication. A cette époque, ils avaient fait un mauvais constat : l?intoxication aurait été provoquée par un jardinier utilisant des pesticides.

Mais des simulations sur ordinateur effectué avec ce logiciel américain par des scientifiques de l?université de Maurice mettent les autorités sur la piste d?une intoxication due à un fort taux d?anhydride sulfureux (sulphur dioxyde, SO2) émis par la cheminée de l?usine Alcodis. Celle-ci utilise l?huile lourde pour sa chaudière.

Le ministère de l?Environnement interdit à cette usine d?utiliser l?huile lourde. En même temps, il se rend compte du danger que peut poser ce carburant. Il faut donc surveiller de près l?air ambiant dans les environs des utilisateurs de ce carburant.

Mais voilà, le ministère ne sait pas combien d?utilisateurs d?huile lourde il y a dans l?île et quelles sont les usines à risque. Les précautions à prendre pour éviter que l?anhydride sulfureux ne mine petit à petit la santé des Mauriciens, il ne le connaît pas non plus !

C?est ainsi qu?une étude sera initiée sous peu après les intoxications de Rose-Belle. « Je dois vous avouer que l?affaire Alcodis nous a ouvert les yeux. On compte maintenant enquêter et mesurer l?air ambiant dans toutes les zones où on utilise l?huile lourde », confie Kursheed Kasenally du laboratoire de l?Environnement à Réduit.

Avec l?affaire Alcodis, la routine de ce laboratoire a été bouleversée. Les responsables se rendent compte que les deux capteurs d?air dont ils disposent ne sont pas suffisants. Une étude sur les usines à risque s?avère nécessaire, de même qu?un contrôle de l?air dans ces régions.

HAUTEUR DES CHEMINÉES

Entre-temps, tout ce que l?on sait, c?est que la State Trading Corporation importe 200 000 tonnes d?huile lourde annuellement pour le CEB et 50 000 tonnes pour de petites usines qui l?utilisent principalement pour chauffer des chaudières.

L?intoxication des personnes habitant aux environs de ces utilisateurs d?huile lourde tient à deux facteurs : la hauteur de la cheminée et la force du vent, indique le Dr Toolseram Ramjeeawon, professeur de l?université de Maurice.

Avec l?industrialisation rapide, le réveil du laboratoire de l?environnement est une bénédiction. Mais sans des investissements dans de nouveaux équipements et d?autres types de tests, le pays marchera vers un air funèbre. Les polluants, même en petite quantité non incommodante, finissent par nuire profondément à la santé au fil du temps.

Pour l?heure, aucun cas d?intoxication n?est à déplorer dans les régions où le CEB utilise de l?huile lourde, c?est-à-dire à Fort-George (Roche-Bois), à la station de Saint-Louis (Pailles) et à Fort Victoria.

Mais aucune étude n?a jusqu?ici été menée sur le taux d?anhydride sulfureux émis par la cheminée de ces centrales. On ne connaît pas les effets à long terme de ces émissions sur la santé des habitants de la localité.

L?huile lourde utilisée par les centrales thermiques est différente de celle utilisée par Alcodis, explique un ingénieur du CEB. « Elle contient moins de soufre et pour cette raison coûte plus cher. »

Mais le CEB a toujours des problèmes avec l?émission de fumées. Déjà, les habitants de Cassis se plaignent de la fumée et du bruit provenant des machines de la station thermique de Fort Victoria.

Harish Dindyal, scientifique au laboratoire de l?Environnement, explique que plus la cheminée est haute, plus la fumée ainsi que l?anhydride de soufre sont dilués avant d?être respirés. Mais si les moteurs de la marque «Man» ne posent pas de problème avec une cheminée de 65 mètres de haut, tel n?est pas le cas avec d?autres moteurs du CEB dont le «Mirlees» et les «Sulzer». Avec des cheminées de 27 mètres, ceux-ci favorisent l?accumulation de fumées dans les environs des centrales quand le vent ne souffle pas assez fort.

Toute la région est alors recouverte de fumée et les moteurs doivent être arrêtés. Dans certaines circonstances, un tel arrêt n?est pas possible et les habitants protestent.

Mais l?huile lourde n?est pas la seule bête noire. Le soufre, on le trouve également, à un taux moins élevé certes, dans le charbon ou encore le diesel ?

Comment Alcodis a été épinglée

L?université de Maurice est la première à arriver à la conclusion que l?intoxication à l?école de Rose-Belle North a été provoquée par l?anhydride sulfureux. Son arme : une simulation sur un ordinateur à partir d?un logiciel américain, l?« Industrial Source Complex », acheté à $ 1 500.

Des données, telles la direction et la vitesse du vent, la hauteur de la cheminée et la quantité d?huile lourde utilisée sont entrées dans le logiciel. Commence alors la simulation qui indique qu?à 800 mètres de la cheminée, il y aura un fort taux d?anhydride sulfureux. C?est à peu près à cette distance que se trouve l?école de Rose-Belle.

Pour confirmer les résultats, le Dr Toolseeram Ramjeawon qui menait les opérations de simulation demande à l?usine de rehausser ses cheminées et d?y placer des capteurs. Résultat des captages : la fumée provenant de l?utilisation de l?huile lourde contient trop d?anhydride sulfureux, soit 1 300 kilos par jour au lieu de la norme qui est de 200 kilos quotidiennement. Cette usine n?a plus le droit d?utiliser de l?huile lourde et doit désormais passer au diesel.

L?université de Maurice organisera bientôt des ateliers de travail pour initier les scientifiques du laboratoire de l?environnement à l?utilisation de ce logiciel de simulation.

Les dangers de l?anhydride sulfureux

L?anhydride sulfureux (SO2), sulphur dioxyde est le gaz qui est émis par les usines brûlant de l?huile lourde. C?est un gaz incolore d?une odeur âcre comme celle d?une allumette qu?on vient de craquer. La plupart des gens peuvent détecter son goût acide dans l?air.

Les personnes souffrant d?asthme ou de maladies pulmonaires et cardiaques chroniques sont les plus sensibles au SO2. Les fortes concentrations de cette substance endommagent aussi les feuilles des arbres et les cultures agricoles.

Elles provoquent également les pluies acides en se combinant avec les nuages. Corrosion de la pierre et des ouvrages métalliques s?ensuit alors. Dans le passé, ces types de corrosion ont d?ailleurs été constatés à Valetta et à Belle-Rose

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