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From the horse’s mouth
Il a suffit qu’un nouvel opérateur de Totalisator sponsorisé par messieurs Gudjadhur se mette en concurrence directe avec l’Automatic Systems Limited (ASL) dont la figure de proue est son président Jean Hardy, pour que tous les anciens démons de notre psychose nationale viennent à nouveau nous hanter.
Dans un domaine comme les courses hippiques, avec les connotations socio-économiques quelles comportent depuis des siècles, cette confrontation n’aurait pu manquer de faire rejaillir de notre subconscient national morbide ces éternelles étincelles qui sommeillent au fond de chacun des fils de ce sol maudit. Nous avons aujourd’hui un “Tote le Pep” et un autre qui, ne serait-ce qu’implicitement, ne l’est pas, bien qu’il s’agisse d’une compagnie publique qui est cotée à la Bourse de Port-Louis.
C’est le risque toujours présent que ces animosités avaient, si ce n’est d’engouffrer le pays corps et âme dans un brasier incontrôlable, du moins de créer un gouffre toujours plus profond entre les divers acteurs de cette industrie, qui avait poussé le gouvernement précédent à se pencher sur l’état des lieux au Champ de Mars. L’approche avait été en fait extrêmement “globale” dans sa méthode comme dans sa philosophie !
Deux événements allaient précipiter les choses. Tout d’abord un haut officiel du ministère des Finances qui, se substituant au législateur dans ce domaine durant les dernières années du vingtième siècle, avouant à qui voulait l’entendre qu’il fermerait le Champ de Mars s’il le pouvait, avait tellement plombé les ailes de l’industrie des courses avec des hausses répétées de la taxe sur le pari hippique que son vœu se voyait quasiment exaucé.
Les recettes de l’industrie déclinaient drastiquement, les impôts qui avaient d’abord fait un bond, arrivaient à un plateau mais, plus important encore, le Champ de Mars se vidait d’année en année et de journée en journée entre 1996 et 2002. Ce qui était tragique dans cette baisse de recettes officielles et ce désemplissement du Champ de Mars c’est qu’en revanche, les jeux clandestins avec tout ce qu’ils comportent de fraude en tout genre, gagnait du terrain en “off course”.
L’histoire retiendra le paradoxe que c’est un vice-Premier ministre (vpm) et son conseiller aussi superbement indifférents aux courses, l’un et l’autre, que le grand commis de l’Etat, qui allaient aider à renverser la vapeur et remettre une industrie qui procure un divertissement à une dizaine de milliers de Mauriciens sur des bases solides.
Le deuxième élément catalyseur fut l’offre de rachat du Domaine Les Pailles par son ancien propriétaire, pour y faire des courses hippiques avec des investisseurs étrangers. On peut difficilement imaginer la réaction du VPM quand un officiel du Mauritius Turf Club (MTC) sympathique mais pas diplomate pour un sou, déclara tout de go : “vous n’avez pas le droit d’ouvrir un autre hippodrome car le MTC est le seul autorisé par l’organisation internationale des clubs hippiques à organiser des courses dans le pays !” On ne saura jamais ce qui serait advenu de cette discussion si les investisseurs étrangers qui allaient aider au rachat du Domaine Les Pailles n’avaient pas disparu aussi vite qu’ils étaient venus.
Il devenait dès lors clair dans l’esprit du gouvernement que la baisse du taux d’imposition, qui avait doublé dans certains cas, allait être l’occasion d’introduire des changements radicaux au sein de l’industrie. Ces changements allaient être axés autour de cinq pôles principaux :
● <B>La transparence et la démocratisation du Club étaient primordiales dans l’approche du gouvernement.</B>
a. Le président du MTC prit l’engagement solennel en 2003 avec l’appui de sept de ses officiels de tout faire pour trouver un “new mindset that will address the image problems and review the Club’s situation, with a view to bringing it more in line with current social realities in the country….” “The MTC wants to assure Government that it is fully committed to this reform process .The Club stands ready to entertain any suggestion for re-launching horse racing on a firmer footing(….) provided the interests of all parties…are taken on board and fairly dealt with. We believe it is possible (...)to reposition horse racing both as a national entertainment and a thriving economic activity. The MTC is prepared to consider redefining its organisation and structures to be more in tune with new social realities. The Club commits itself to carefully considering reform proposals in that area(...)all issues (spoken and unspoken) should be placed on the table, with an open mind, in a genuine attempt at moving forward, instead of(…)cultivating suspicion. A broad Government-MTC exchange should leave no issue out- whether legal, administrative, organisational, fiscal, ethical or practical.”
b. Le consultant du MTC fit des propositions formelles en janvier 2002 aux officiels des Finances et de la State Investment Corporation (SIC ) :
i. MTC organisation to take into account integrity of races
ii. Stables should be companies
iii. Re-engineering of MTC is necessary since it is at the heart of a Rs 2 billion business, yet is managed like a private club;
iv. change in paradigm needed .
v. Separation between racing stewards and the executive team
vi. Enhance integrity; more independence from stables.
Le besoin de transparence allait être assouvi par le rôle du Horse Racing Board (HRB) tandis qu’un plus grand brassage de membres allait être la priorité une fois que le nouvel hippodrome se ferait construire car les membres existants dépassaient déjà la capacité des espaces qui leur étaient réservés au Champ de Mars. Il faut aussi, en toute justice, reconnaître qu’une visite imprévue aux espaces réservés pour les membres ne démontre aucune chasse gardée, bien au contraire. Il est d’autre part évident que certaines orientations citées en haut s’estompèrent devant d’autres démarches plus pressantes du dossier. Mais ce qui est différé n’est pas perdu et les écrits (et on espère l’esprit) restent intacts au MTC.
Un commentaire sur le HRB. Il existait deux modèles de ce Bill qui variaient selon le degré d’autoritarisme du HRB. Il a fallu éviter les deux extrêmes 1) que le HRB soit le rubber stamp du MTC d’une part ou 2)qu’une armée de fonctionnaires nommés par le gouvernement régissent une activité essentiellement privée à la manière soviétique d’autre part. C’est ce qui cause le cafouillage autour de l’identité de l’autorité hippique aujourd’hui. Une logomachie entre la MTC et le HRB est au centre d’un débat stérile en ce moment à savoir lequel des deux mérite le titre d’ “autorité hippique”. L’identité du porteur du titre ne devrait pas peser d’une telle importance si les deux structures comprenaient des personnes raisonnables.
● <B>Les bookmakers :</B>
Si le prix à payer par le MTC pour voir baisser les impôts sur l’industrie était un “Horse Racing Board breathing down its neck”, les bookies allaient aussi avoir leur contrepartie à payer pour cette baisse de taxe qui allait augmenter leur chiffre d’affaires et leurs bénéfices. Il n’est pas nécessaire d’être devin pour savoir qu’au départ le reste de l’industrie n’aurait pas été mortifié si le gouvernement décidait de ne plus renouveler le permis des bookmakers. L’argument, très valable dans ce sens, était que le “fixed odd bets” que pratiquent les bookmakers est le miel même qui attire toutes les fraudes et courses arrangées. En effet, quel que soit le sommet où grimpe la cote du cheval, (due à la magouille qui a eu lieu entre- temps), le punter qui a misé sur ce cheval au départ, en connaissance de cause du tripatouillage qu’il allait lui-même opérer, voit ses efforts pleinement récompensés. Le système du totalisator, en revanche, ne contient pas ce talon d’Achille. Ici, alors que la cote du cheval monte, le gain potentiel initial du punter descend, ce qui ne l’incite pas à jouer au deus ex machina.
Ce qui a fait que le gouvernement refuse de prendre cette voie, c’est non seulement le fait que ce serait empoisonner l’atmosphère intercommunautaire des courses encore un peu plus, ( les bookies étant essentiellement issus de la communauté chinoise), que de déclarer une guerre vouée à la défaite. Mettre les bookies au ban aurait été le meilleur moyen de les envoyer “underground” où les seigneurs de la mafia les attendent pour leur offrir une protection qui mettrait en danger les valeurs d’un Etat de droit. Il valait mieux un contrôle limité du bookie que pas de contrôle du tout ! Ces petites choses demandent une “policy decision” qui, dans ce cas, était impeccable.
<I>“Nous avons aujourd’hui un ‘Tote le Pep’ et un autre qui, ne serait-ce qu’implicitement, ne l’est pas, bien qu’il s’agisse d’une compagnie cotée à la bourse de Port-Louis.”</I>
Cependant, chaque bookmaker allait devoir se connecter en temps réel aux terminaux des autorités du Value Added Tax Department à travers un software très spécialisé dans ce domaine. Ce logiciel peut à tout moment déceler une soudaine aberration dans le déroulement normal des courses à travers le comportement des punters et mettre ainsi la puce à l’oreille des autorités qui rappliqueraient en temps réel, squad à l’appui, pour saisir le laptop et ses “tell tales”. Bien sûr il restera le crédit qui n’apparaît pas dans les livres mais, “the proof of the pudding is in the eating” : l’acharnement qu’ont mis certains à se battre contre l’introduction de cette technologie est une preuve amplement suffisante qu’elle ne les laisse pas aussi indifférent qu’on voudrait nous faire accroire. Après un appel à la Cour suprême pour la protection de leur droit constitutionnel à la magouille, le désespoir de certains devant une ère nouvelle de transparence les a poussés à prendre des risques énormes pour sectionner le câble, pourtant hautement protégé, qui allait transmettre ces données à la veille de la première journée des courses.
Il est nécessaire, à ce stade, de faire ressortir que le bookie a bon dos mais “it takes two to tango”. Sans les malfrats qui pullulent au Champ de Mars déguisés en honnêtes propriétaires d’écurie, d’entraîneurs intègres, de propriétaires de chevaux férus d’un sport de gentilhomme et de jockeys “professionnels”, la magouille qu’on met sur le dos du “fixed odd betting” n’aurait pas eu de cours.
Dans un pays ou on dépense une centaine de millions sur l’Icac, comment les avoirs de ces messieurs ne sont pas déclarés chaque année avec un suivi rigoureux au niveau local et international est une absurdité.
Nous aborderons la semaine prochaine trois autres aspects se référant aux courses hippiques, à savoir Le Tote et le off course, la police des jeux et la Terre Promise à Bagatelle.
<I>(à suivre) </I> <B>Jean-Mée DESVEAUX</B>
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