Publicité

Horizons bouchés

28 août 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La marmite politique est à nouveau en ébullition. Heureusement que ce n?est pas le seul événement qui retient l?attention cette semaine. Il ne fallait pas attendre de l?opposition qu?elle batte sa coulpe. Loin de là. Même dans la défaite, elle a pratiqué sa langue de bois coutumière. De l?autre côté, dans la nouvelle majorité, la promesse d?un changement radical du mode de vie est restée, après plus de 50 jours, au mieux un v?u pieu et, au pire, une ribambelle de demi-mesures qui sont bien loin de la transformation attendue.

L?attente risque d?être longue, mais il ne faut pas désespérer. À Maurice, les choses s?inscrivent dans le temps. Cela serait une bonne chose si cette attente témoignait de la recherche d?un consensus le plus large possible ou encore si elle rendait compte du temps consacré à la réflexion. Mais ce n?est pas le cas. Hormis les mesures populaires, les réformes en profondeur meurent sur la ligne de l?horizon comme des aspirations inaccessibles. Il faut espérer que ce ne sera pas le cas. Discret jusqu?ici, le ministre des Finances, Rama Sithanen, devrait livrer les grandes lignes de l?action économique du gouvernement. Il existe de forts espoirs en ce sens. Après l?approche technicienne de Paul Bérenger et de Pravind Jugnauth, en tant que grands argentiers, l?urgence d?une politique encore plus imaginative est ressentie.

En attendant que les choses se précisent, d?autres problèmes, qui minent la vie quotidienne des Mauriciens, exigent des solutions. Sur nos principales artères routières, les embouteillages continuent à nous coûter du temps et de l?argent. Dans nos prisons, les excès sont devenus la norme. La drogue reste le paradis artificiel de nombreuses personnes qui ne trouvent plus sens dans la société au sein de laquelle elles vivent. Les services publics affichent toujours la même réceptivité à l?égard des changements annoncés ! Et puis?

Et puis il y a des signaux que des individus envoient à la société. Des messages qui ne trompent pas. À l?image de ce crime à Rose-Hill, samedi, où un individu aurait poignardé un homme dans le seul but de pouvoir retourner en prison. C?est le drame de toute une catégorie de personnes qui ne voient que des horizons bouchés devant elles. La société mauricienne n?a plus de réponses pour elles. Il ne faut pas minimiser la portée de ce crime. Nous sommes loin d?un épiphénomène. Nous sommes au beau milieu d?une tragédie de l?absurde. Ne pas le reconnaître serait un autre moyen de s?accrocher à la vitrine de nos bonnes apparences. Pourtant, la société mauricienne, comme toute société qui aspire à la modernité, est malade de ses exclus et de ses marginaux.

À ceux-là, il faudra aussi ajouter les chômeurs. Pour l?instant, on n?en parle pas. Mais le mal est profond. Le modèle économique, basé sur le libéralisme, même avec ses quelques velléités de contrôle de prix, est générateur d?inégalités et de licenciements. Parallèlement, notre système de formation et d?éducation ne prévoit pas des modes d?apprentissage continus et adaptés à un monde du travail précaire.

Ce sont autant de défis et de signaux qui devraient nous interpeller. Le réveil a sonné depuis longtemps déjà. Il n?a pas attendu le 3 juillet pour se faire entendre. Aujourd?hui, peu importe l?identité de nos dirigeants, il faut croire en un sursaut national afin que le bond conceptuel tant attendu devienne enfin une réalité. Il ne s?agit pas d?être alarmiste. Il s?agit simplement de travailler à une société meilleure où il ne sera pas seulement question de « put people first » mais où le peuple sera, lui-même, la réponse à nos problèmes.

Publicité