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Haro sur la roupie!

21 septembre 2004, 20:00

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Ce n’est pas l’homme de la rue qui le dit, mais les analystes des milieux des affaires : le marché est déconnecté de la réalité. Une situation susceptible de conforter les adversaires de l’économie de marché, si frileux face à la loi élémentaire de l’offre et de la demande, mais dont l’absurdité doit forcément obéir à des facteurs extra-économiques. Il y a comme un dysfonctionnement des mécanismes du marché, qui rend impossible toute analyse rationnelle de l’économie.

En effet, on ne comprend pas pourquoi la Banque de Maurice (BoM) ne monte pas le taux d’intérêt alors que presque tout concourt à un resserrement monétaire. La Réserve fédérale américaine et la Banque d’Angleterre l’ont fait depuis belle lurette et avec force. La roupie mauricienne ne cesse de se déprécier contre toutes les principales devises depuis plusieurs mois. Les dépôts en roupies n’intéressent plus les épargnants en raison d’un taux rémunérateur réel très faible, voire nul. Et le marché est sous la pression d’une “forte demande de devises” (aimable euphémisme pour ne pas dire “pénurie de devises”).

Faute de relever le taux Lombard, la BoM choisit de vendre des dollars pour soutenir la roupie. Or cet activisme commence à agacer les opérateurs, en raison de sa fréquence. A chaque fois qu’elle intervient sur le marché des devises, la BoM écorne la crédibilité de sa politique monétaire. En effet, si sa politique était appropriée, une banque centrale n’aurait pas à jouer avec le marché. N’étant pas supposée être un “player”, un acteur du marché, elle doit rester discrète et inactive autant que possible.

La dernière fois qu’elle relevait le taux Lombard, en janvier 2004, la BoM précisait dans son communiqué de presse qu’elle le faisait en partant du principe que l’inflation annuelle resterait autour de 4 % à décembre 2004. Or le Central Statistics Office prévoit pour cette année un taux d’inflation de 4,5 %, soit une hausse de plus de 10 %. Ce n’est pas en maintenant le statu quo que la BoM éliminera les anticipations inflationnistes.

Logiquement et techniquement, il faut monter le taux Lombard. Dans les milieux des analystes, on avance que la BoM voudrait le faire, mais serait paralysée par des pressions politiques. Une hausse du coût du capital précipiterait des licenciements dans la zone franche, ce qui diminuerait les chances de reconquête du pouvoir par l’actuel gouvernement. Une autre thèse dit qu’au contraire, ce sont les épargnants qui dicteront les résultats des prochaines élections, suivant s’ils se sentent pénalisés ou non par le niveau actuel du taux d’intérêt réel.

C’est dire si nous sommes entrés dans une atmosphère pré-électorale. Le plus tôt le gouvernement dévoile la date officielle des prochaines élections générales, le moins imprévisible sera notre environnement économique et monétaire. Mais un trop long attentisme pèsera lourdement sur l’économie. Dans un contexte où l’investissement privé ne repart pas, les banques regorgent de liquidités et la croissance s’en retrouve affectée. Cet excès de liquidités, soutenu par le bas niveau du taux d’intérêt, alimente la Bourse des valeurs, créant l’illusion que les choses vont bien. Alors que 2005 devrait être l’année de grands réajustements structurels, au regard des problèmes qui se posent pour le sucre et le textile.

Notre baromètre économique indique que les analystes ne croient pas à un relèvement du taux Lombard d’ici décembre. Les banques centrales, on le sait, prennent un malin plaisir à surprendre les marchés pour asseoir leur autorité. Méditant dans sa thébaïde, le gouverneur de la Banque de Maurice doit bien se demander s’il veut donner tort aux analystes.

<B>(www.pluriconseil.com) Eric Ng Ping Cheung </B>

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