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L’addition des paraétatiques

28 juillet 2026, 15:50

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Pendant longtemps, les corps paraétatiques ou parapublics* ont bénéficié d’un privilège dont peu d’entreprises privées peuvent rêver : perdre de l’argent sans disparaître. Lorsqu’ils s’endettaient, l’État empruntait. Lorsqu’ils vacillaient, le contribuable payait. Lorsqu’ils accumulaient les déficits, on parlait de mission de service public. La facture, elle, arrivait toujours plus tard. Les chiffres dévoilés cette semaine par le Premier ministre montrent que ce «plus tard» est désormais arrivé.

À fin juin 2026, cinq corps paraétatiques totalisent Rs 18,6 milliards de dettes. Vingt entreprises publiques y ajoutent Rs 48,9 milliards. Soit Rs 67,5 milliards d’endettement pour un secteur qui, en théorie, devrait soutenir l’action de l’État plutôt que peser sur ses finances. Le montant est impressionnant. Sa progression l’est davantage. En dix ans, la dette des corps paraétatiques est passée de Rs 6,2 milliards à Rs 15,9 milliards. Celle des entreprises publiques a plus que triplé, de Rs 15,1 milliards à Rs 54,3 milliards. Une telle trajectoire ne relève plus d’accidents de gestion. Elle traduit un mode de gouvernance où l’emprunt est progressivement devenu un substitut aux réformes.

Le plus révélateur n’est pourtant pas le stock de dettes, mais leur coût caché. Depuis 2020, l’État a injecté Rs 14,4 milliards pour permettre à certaines entreprises publiques de rembourser leurs créanciers. Autrement dit, des milliards de roupies n’ont servi ni à construire des infrastructures ni à améliorer les services publics, mais simplement à éviter des défauts de paiement. Rs 11,5 milliards ont été englouties dans les conséquences du naufrage de BAI et du Super Cash Back Gold ; Rs 1,5 milliard ont soutenu Metro Express ; Rs 1,4 milliard, MauBank Holdings.

La socialisation des pertes n’est pas un modèle économique. C’est une habitude budgétaire. Ces chiffres donnent aussi un autre éclairage au Budget 2026-2027. Les débats se sont concentrés sur la réforme des pensions, les nouvelles taxes ou les économies imposées à l’administration. Mais ces mesures ne peuvent être comprises sans regarder l’autre côté du bilan : celui des engagements accumulés pendant des années dans les organismes publics.

Les rapports du Directeur de l’Audit racontent inlassablement la même histoire. Projets qui dérapent. Achats irréguliers. Contrats mal négociés. Actifs sous-utilisés. Créances jamais recouvrées. Dépenses engagées sans véritable culture de performance. Pris isolément, chaque cas paraît anecdotique. Mis bout à bout, ils dessinent un modèle de gestion qui finit par produire ce que le Premier ministre a exposé cette semaine : des milliards de dettes que le contribuable devra, tôt ou tard, absorber.

On réduit souvent la consolidation fiscale à une logique comptable ou à un exercice dicté par les agences de notation. C’est une erreur. Son véritable enjeu est ailleurs : empêcher que chaque inefficacité administrative devienne une dette publique et que chaque défaillance de gouvernance se transforme en nouvel appel au Trésor. Sous cet angle, la création annoncée d’un Steering Committee on Public Sector Efficiency est probablement l’une des réformes les plus importantes du Budget. À condition, naturellement, qu’il ne devienne pas lui-même un comité supplémentaire chargé de produire un rapport de plus.

Le défi est moins technique que politique. Rationaliser des organismes, supprimer des doublons, fermer les robinets financiers ou imposer une véritable discipline de gestion signifie remettre en cause des habitudes solidement installées. Les résistances seront nombreuses. Elles le sont toujours lorsque l’argent public cesse d’être considéré comme une ressource inépuisable.

La véritable réforme ne consistera donc pas seulement à réduire quelques lignes budgétaires. Elle exigera un changement de culture : passer d’une logique où l’État compense systématiquement les erreurs à une logique où les dirigeants des organismes publics répondent enfin de leurs performances.

Depuis trop longtemps, les rapports de l’Audit ressemblent à un rituel annuel : ils dénoncent, le Parlement s’indigne, puis chacun attend l’édition suivante. Leur vocation n’a pourtant jamais été de nourrir l’indignation. Elle est d’empêcher que les mêmes erreurs se reproduisent. Les chiffres présentés cette semaine constituent moins un réquisitoire contre le passé qu’un test pour l’avenir. Car la consolidation fiscale ne se mesurera pas seulement à la réduction du déficit. Elle se jugera à la capacité de l’État à rompre avec cette vieille conviction selon laquelle les paraétatiques peuvent continuer à vivre au-dessus de leurs moyens… parce que le contribuable finira toujours par vivre en dessous des siens.

* Les corps paraétatiques ou parapublics sont des organismes créés par la loi pour assurer une mission de service public (ex. Central Electricity Board, State Trading Corporation). Les State-owned companies ou compagnies d’État sont des sociétés commerciales détenues par l’État (ex. Metro Express Ltd, Mauritius Telecom, MauBank Holdings Ltd).

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