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La BRP à 60 ans

Les syndicats passent à l’offensive et interpellent un à un les députés

28 juillet 2026, 14:00

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Les syndicats passent à l’offensive et interpellent un à un les députés

■ À quelques jours d’un vote décisif, la Platform Komun Syndikal multiplie les initiatives pour convaincre les députés de ne pas soutenir le «Finance Bill», qu’elle considère comme une remise en cause des fondements de l’État-providence.

À quelques jours d’un vote que la Platform Komun Syndikal qualifie d’«historique», l’intersyndicale hausse encore le ton. Après avoir adressé une lettre de cinq pages à tous les membres de l’Assemblée nationale samedi, elle entend désormais personnaliser son offensive. Depuis hier, chaque syndicat composant la plateforme prend contact individuellement avec les députés afin de les convaincre de ne pas soutenir le Finance Bill.

Le message qu’ils souhaitent leur transmettre est sans équivoque : en approuvant le projet de loi, les élus ne voteront pas uniquement un texte budgétaire, mais une réforme qui, selon eux, transformera durablement le modèle social mauricien. «Ils doivent prendre conscience que leur vote changera le visage du pays pour les années à venir», explique-t-on au sein de la Platform.

Dans cette lettre adressée aux parlementaires, les syndicats rejettent catégoriquement l’argument gouvernemental selon lequel la Basic Retirement Pension (BRP) universelle à partir de 60 ans serait devenue financièrement insoutenable. Àleurs yeux, le véritable problème n’est pas la pension, mais le modèle fiscal instauré depuis 2006 avec l’introduction de la «flat tax» de 15 % sur les entreprises et les particuliers.

Selon leurs calculs, si les promesses de croissance économique de 8% par an avaient été tenues depuis cette réforme fiscale, le Produit Intérieur Brut (PIB) atteindrait aujourd’hui près de Rs 1 700 milliards. Dans un tel contexte, le coût de la BRP ne représenterait que 3,2 % du PIB, contre les 7,8 % avancés aujourd’hui par le gouvernement pour justifier le relèvement de l’âge d’éligibilité.

La Platform estime que deux piliers du Welfare State sont désormais directement menacés : la pension universelle et le système de santé publique. Les syndicats dénoncent un discours consistant à présenter ces dépenses comme excessives alors qu’elles seraient, selon eux, le résultat d’un sous-financement chronique provoqué par près de 20 ans d’une politique de «fiscalité légère». Ils évoquent notamment des centaines de milliards de roupies qui n’auraient jamais été investies dans la santé et l’éducation en raison d’une croissance économique inférieure aux attentes.

«Dire publiquement ce que l’on dit en privé»

L’intersyndicale propose plusieurs alternatives pour rétablir durablement les finances publiques : instaurer une fiscalité réellement progressive, taxer les dividendes et les grandes fortunes, renforcer la lutte contre l’évasion fiscale, revoir les contrats conclus avec les Independent Power Producers (IPP), réexaminer les exemptions fiscales jugées inefficaces et réduire les dépenses publiques considérées comme non prioritaires. Elle va jusqu’à remettre en question certains grands projets d’infrastructures, dont l’autoroute M4 et le Harbour Bridge, estimant qu’ils méritent d’être reconsidérés dans le contexte budgétaire actuel.

Les syndicats rappellent également que la réforme de la BRP ne figurait pas dans le programme électoral de l’Alliance du changement. Pour eux, une modification aussi profonde d’un acquis social obtenu «au terme de longues luttes» aurait dû être précédée d’une consultation nationale.

La lettre prend également une tournure plus politique. La Platform invite les députés à «trouver le courage de dire publiquement ce qu’ils disent en privé» et rappelle que la Constitution prévoit des mécanismes parlementaires, notamment une motion de défiance, si les circonstances le justifient.

Le président de la Confédération des travailleurs du secteur privé et public (CTSP), Reeaz Chuttoo souhaite, lui aussi, adresser un message personnel aux élus avant le vote. Il reprend une célèbre citation attribuée à l’ancien président burkinabé Thomas Sankara : «Je préfère vivre un jour comme un lion que de vivre 100 ans comme un mouton.» Une formule qui se veut un appel au courage politique au moment où chaque député devra se prononcer sur le Finance Bill.

Enfin, la Platform Komun Syndikal maintient la pression. Elle rappelle que la manifestation du 11 juillet à Port-Louis a démontré, selon elle, le rejet populaire de la réforme et réaffirme qu’une grève générale demeure une option si le texte est adopté sans modification. L’intersyndicale exhorte ainsi les parlementaires à «se tenir aux côtés du peuple» et à préserver, dit-elle, «la justice, la dignité et l’équité» en maintenant le versement universel de la Basic Retirement Pension dès 60 ans.

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