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GOLF la ruée vers l?or vert

29 mai 2004, 20:00

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Encore quelques années et le golf occupera chez nous plus d?un millier d?arpents. Chassés, littoral et champs de cannes feront de la place au sinueux parcours fait de greens roulants façon billard et de roughs où se cachent les balles perdues. À Plaisance, les chariots remplis de bois et de fers côtoieront les caddies des voyageurs. Que s?est-il passé dans la tête des dirigeants de l?industrie touristique ? Avec la baisse du dollar, leur principal marché, l?Europe, est-il devenu un creuset pour l?or vert ? Car après tout, ils ne sont que quelques centaines, les Mauriciens qui savent taper le drive ; et pour amortir ces parcours de plusieurs centaines de millions, il faut soit des actionnaires fortunés soit des avions remplis de golfeurs?

Cette nouvelle tendance est un pari touristique et en même temps une diversification logique avec la fin annoncée des accords préférentiels sur le sucre. En outre, l?arrivée du concept d?Integrated Resort Scheme, avec ses hôtels, villas pour étrangers et autres marinas, semble justifier à elle seule qu?on déroule ce tapis de velours sans pour autant qu?il ne ressemble à celui d?un casino pour les investisseurs. Reste un détail important qui accompagne ce rouleau de gazon : vert ou non, le développement doit s?accompagner de mesures de protection en tout genre et d?une intégration socio-économique. Jusqu?alors, on a vu gouvernement et promoteurs vendre le progrès en ponctuant chaque phrase d?un « tout en respectant l?environnement ». Parfois, c?était vrai, et souvent non. On se souvient de la rapidité avec laquelle un hôtel du littoral a été construit. Pour aller plus vite, les ouvriers rinçaient leurs pinceaux dans le lagon. Et pour faire plus vert, tolèrera-t-on des herbicides violents moins chers que ceux environment friendly ?

De ce côté-là, le golf de l?Île-aux-Cerfs annonce la couleur. One and Only Resorts (Touessrok, Saint Géran?), dirigé par Arnaud Martin, a inauguré son parcours dessiné par le grand professionnel Bernhard Langer il y a quelques mois. Situé au milieu du plus vaste lagon mauricien et destiné à une clientèle très sélect, c?était le moins qu?ils pouvaient faire de montrer patte blanche en utilisant des produits « propres » sur un petit bout d?île déjà souillé par le tourisme sauvage. Arnaud Martin, fraîchement élu président de l?association des hôteliers et des restaurateurs (Ahrim), expliquait récemment dans un entretien avec notre confrère Week-End que la destination est aujourd?hui principalement de qualité et non pas exclusivement de luxe. Or, la relative démocratisation du golf en Europe a bien fabriqué des golfeurs mais ces derniers restent exigeants et boudent facilement les parcours qui ne répondent pas à leurs critères. S?ils voyagent golf, c?est pour découvrir des parcours offrant à la fois un challenge sportif, un dépaysement et une réelle qualité de jeu.

Même débutant, le joueur ne tolère pas la médiocrité. Le groupe Beachcomber l?a compris en améliorant son 18 trous au Paradis. Relativement modeste au début des années 1990, il est devenu une référence touristique vendue par les tours opérateurs golfiques, avec un avantage certain pour les joueurs locaux puisqu?il est abordable : le ticket de parcours est à Rs 550 contre Rs 2 500 en moyenne pour les parcours de Belle-Mare et de l?île-aux-Cerfs, ces derniers ne pratiquant pas de tarif pour les joueurs du cru.

Véritable pionnier, Adolphe Vallet, le président du groupe Constance, domine pour l?instant la planète verte avec les deux parcours de Belle-Mare, The Legend et The Links. Visionnaire, ancien rugbyman devenu golfeur en 1973 presque par obligation alors qu?il présidait le club du Dodo, il a parié au début des années 1990 sur ce produit d?avenir et rempli ses hôtels de golfeurs en toute saison. Le premier parcours n?a cependant coûté que Rs 80 millions à l?époque. Chaque année depuis dix ans, l?open de Belle-Mare est un rendez-vous important pour joueurs professionnels et amateurs qui se retrouvent dans le cadre luxueusement champêtre des parcours du groupe. Patrice Binet-Descamps, Managing Director, reconnaît qu?il n?y croyait pas. Le premier parcours, réalisé en 1991, a pourtant été suivi récemment d?un deuxième, de classe internationale, manucuré et aux greens de velours. Ce qui semblait fou, investir Rs 300 millions pour un jeu, s?est avéré payant alors que de nombreux hôteliers préféraient placer cet argent dans leur marketing en Europe.

La Malaisie et la Thaïlande concurrents directs

Aujourd?hui, les promoteurs suivent la trace du patriarche. Jean-Michel Pitot, Managing Director de Véranda Group of Hotels, admet même qu?il « faut rendre à Adolphe ce qui est à Adolphe ». Mais au-delà de cette reconnaissance s?annonce une terrible compétition où l?on va croiser le fer pour gagner des parts de marché. Véranda, filiale du géant Rogers, partagera son parcours avec Indigo (Fail Group) sur l?important projet de Bel-Ombre, dans le Sud. Déjà les équipes de marketing se préparent en Europe principalement à pénétrer dans les clubs pour draguer le golfeur. À cette compétition locale, avec une demi-douzaine de 18 trous dans les prochaines années, s?ajoute la concurrence des pays déjà bien équipés comme l?Espagne, le Portugal, le Maroc, l?Afrique du Sud, la France, l?Asie? Les tours opérateurs spécialisés éditent depuis 20 ans des brochures spécifiques. C?est eux, aussi, qu?il faudra courtiser, et avec des arguments pesant leur poids de chaussures à clous.

Le voyagiste français Tee Off Travel vend notre destination et notamment Belle-Mare, le Paradis et One and Only. Les tarifs par personne, selon la période et l?hôtel, oscillent entre 2 200 et 10 000 euros pour neuf jours, avion et golf compris en demi-pension. La même agence propose un cinq étoiles au Maroc pour 1000 euros la semaine, à un saut de puce des capitales européennes. Qui dit mieux ? L?Espagne, en Andalousie notamment avec des parcours léchés et agréables à jouer, un climat idéal, des vins et une gastronomie extraordinaires, à une heure de Londres? Malgré tout, Tee Off Travel reconnaît en Maurice une destination plutôt haut de gamme et ne la juge pas trop chère en raison de ses prestations « quasiment inégalées ». Étonnamment, « en termes de qualité », les concurrentes directes de Maurice sont la Thaïlande et la Malaisie. Un seul hic selon le voyagiste : il est indispensable de « préserver le site » pour conserver ce type de clientèle. À bon entendeur...

Adolphe Vallet n?est pas inquiet pour les nouveaux projets. Ce patron sucrier est même persuadé que celui de Médine, à Wolmar, sera rentable. Il faut dire qu?à Flic-en-Flac, les hôtels sont déjà là pour fournir une partie de la clientèle. Et puis il suffit de jeter un coup d??il sur le chassé pour comprendre que le parcours est naturellement dessiné (En passant, les hôtels existants comme la Pirogue et Le Hilton sauront-ils remettre un peu d?ordre à l?arrière de leurs bâtiments, côté route). Pour Médine, avec son expertise agricole, ses hommes et ses équipements, la construction d?un parcours de golf c?est presque de la rigolade. Et en termes de coûts, l?avantage est considérable. En outre, ce projet, explique le président Danny Giraud, fait actuellement l?objet d?une étude sur l?intégration socio-économique et environnementale à long terme.

Des opportunités de formation

Mais le patron du groupe Constance souhaiterait aussi voir apparaître des golfs plus accessibles. La démocratisation de ce sport ne peut se faire, dit-il, que si l?État crée des parcours moins chers, par exemple sur les hauts plateaux riches en terres du gouvernement et sans problème d?irrigation. Cette démocratisation existe depuis des siècles en Grande-Bretagne où de nombreux parcours dits rustiques sont ouverts à tous pour trois fois rien. En France, depuis les années 1980, de nombreux golfs publics de bonne qualité se sont remplis avec l?engouement suscité par cette discipline. Parallèlement, de nombreux projets, certains s?appuyant sur des programmes immobiliers, d?autres sur la présence d?un château et de sa propriété, ont englouti leur investissement, faute de clients. Les parcours de Belle-Mare n?ont d?ailleurs pas échappé à la dure loi commerciale et comptent environ deux cents actionnaires qui pour la plupart ne jouent pas régulièrement au golf. C?est la solution idéale puisque la place est libre pour les touristes.

Sans tomber dans la démagogie libérale, qui voit en tout projet l?apport d?emplois et occulte les problèmes sociaux, le golf offre aussi des opportunités de formations spécifiques pour les caddies, green keepers et autres champions en herbe. Sentant le vent venir, plusieurs centres d?entraînement ont déjà vu le jour dont un à Pailles, Tee off, et l?autre au c?ur du Riverland Sports Club à Tamarin. Ils devraient permettre de former de nombreux golfeurs mais aussi créer des vocations pour les futurs professionnels dont les golfs ont besoin. Le golf est donc aussi un moteur de développement qui permet d?accéder à un savoir-faire exportable dans un environnement de qualité. Il pourrait, si tout le monde joue le jeu, devenir ce que le Club Med a pu être à sa façon : un tremplin.

Le métier de green keeper, par exemple, est particulièrement valorisant. Mi-sorcier, mi-ingénieur agronome, ce super jardinier est très respecté dans les grands clubs. Véritable alchimiste, il est celui qui rend le jeu agréable, technique, compétitif, voire difficile ou impossible. Le choix des divers « graminés », des hauteurs de coupe, des traitements anti-champignons lui est dévolu. S?il se trompe avant un tournoi, il peut signer son solde de tout compte. S?il sait préparer le billard, le jour J, pour un événement professionnel, il sera adulé.

Les caddies, de leur côté, portent le sac du joueur, aident à retrouver les balles perdues, informent leur joueur sur les distances, et sont traditionnellement autorisés à jouer. Partout dans le monde, ils deviennent vite très bons, parfois champions. Severiano Ballesteros, le fougueux prodige espagnol des années 1980, est l?un des meilleurs exemples. Ancien caddie pauvre du parcours de Pedrena, près de la ville industrielle de Santander, il s?est entraîné pendant des années sur la plage avec des galets avant de gagner le droit de jouer. Comme les autres caddies, il mangeait en cuisine, pas avec les membres au club-house. Devenu milliardaire et l?un des meilleurs joueurs de tous les temps, il a reçu le roi d?Espagne Juan Carlos et l?a fait déjeuner? dans les cuisines du club.

<I>Le golf, un moteur de développement qui permet d?accéder à un savoir-faire exportable dans un environnement de qualité.</I>

<B>Un jeu de cannes</B>

Le golf se pratique seul, à deux, trois, voire quatre joueurs, en individuel ou par équipes. Le parcours, long en moyenne de six kilomètres, est divisé en sections ou trous, de diverses longueurs allant d?une centaine de mètres à plus de cinq cents mètres. L?objectif est de mettre, en tapant le moins de coups possible, sa balle au fond du trou, lequel est situé sur chacun des greens, partie très roulante du parcours et sur laquelle se trouve un drapeau. La partie dure environ quatre heures pendant lesquelles le joueur utilise tout un arsenal de clubs ou cannes, dont les bois et les fers. L?équipement complet est constitué d?un sac, de quatorze clubs et d?un chariot. Le mouvement effectué par le golfeur est appelé swing. Ce geste est automatisé lors de leçons avec le pro sur un terrain d?entraînement appelé practice. Les débutants sont en général « lâchés » sur le parcours après quelques mois de leçons.

Ils obtiennent ensuite un classement, ou handicap, en jouant des compétitions. Plus le handicap est élevé, moins le joueur est bon.

Le meilleur niveau amateur est atteint par le joueur qui est handicap 0 ou scratch. Les professionnels, eux, ne possèdent pas de handicap.

Le budget annuel d?un golfeur amateur est d?environ Rs 40 000, hors matériel, s?il joue sur des parcours publics ou commerciaux. Les grands clubs privés sont accessibles uniquement par parrainage à des actionnaires qui paient en plus une cotisation. Pour l?achat de matériel neuf, il faut compter Rs 40 000, mais la moitié suffit pour débuter.

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