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Galop d?essai au Champ-de-mars

16 avril 2005, 00:00

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Pas besoin de cheval de Troie. Shan Ip, nouveau Communication Manager du Mauritius Turf Club, nous ouvre la voie. Sa voix détourne notre attention de l?odeur pénétrante qui enveloppe les lieux, colle aux vêtements et nous rappelle sans cesse où nous sommes.

Derrières ses lunettes, l?air passionné de Shan Ip reprend vite le dessus. De la piste à l?écurie, il s?arrangera pour que nous puissions jeter un petit coup d??il à la salle de moniteurs. Des rangées de téléviseurs reliés aux caméras quadrillant l?hippodrome. Dans le matin qui débute à peine, les conversations tournent principalement autour de Liverpool et du match de la veille.

Univers principalement masculin. Des palefreniers qui font inlassablement marcher les chevaux. Des jockeys et des apprentis à la poigne de fer. Du maréchal ferrant qui distribue les tâches à son équipe d?une dizaine de personnes. Les secrétaires n?arriveront que bien plus tard, aux heures de bureau conventionnelles.

Palefrenier dévoué

L?air pressé, elles ne prendront pas le temps de caresser du regard les courbes puissantes des coursiers de renom. Noir d?ébène, marron prononcé, les hongres et les bai chassent les mouches, déposent des gerbes de crottin et mâchent des pailles sans remettre en cause l?autorité humaine.

Le cheval, c?est une affaire de famille. Hervé Raboude, chef palefrenier de l?écurie Philippe Henry. Son père et son frère aîné avant lui s?occupaient déjà de changer les litières, de donner le bain et de faire courir les bêtes. D?abord chez l?Eveillé puis Henry, cela fait 28 ans qu?il se lève à l?aube. «J?étais encore au collège que je donnais un coup de main à mon frère.» Nettoyage des box, des mangeoires, à 14 ans, Hervé côtoie des champions.

Lui avoir peur ? Jamais. Règle d?or : parler. Les sautes d?humeur des chevaux n?effraient pas ce flegmatique palefrenier qui sait troquer seaux et lances pour clavier et micro. Sous sa casquette, Hervé cache une âme de musicien. De ceux qui dorment peu et vivent intensément, il cumule son boulot de palefrenier avec celui de musicien-chanteur assurant l?animation dans un hôtel du littoral.

Sa journée ressemble à un marathon. Réveil à 3 heures du matin. Dix minutes de trajet de chez lui au Champ-de-Mars. «L?entraînement commence vers 4 heures 30 à 5 heures, mais comme je suis chef palefrenier, j?arrive plus tôt pour m?assurer que tout est ok.» Le rituel est immuable.

Ouverture des box, vérifier l?état du cheval, être sûr qu?il ne s?est pas blessé durant la nuit. Place au ménage, l?eau qui est changée, avant que ne débute l?exercice physique. «Nou fer li marse 10-15 minit avant nou met la sel.» Les boucles vérifiées, c?est le jockey qui prend le relais.

La séance d?entraînement du matin s?achève vers 9 heures 30 ? 10 heures. «Je suis libre jusqu?à 13 heures. J?en profite pour faire une sieste.» Elle reprendra vers 14 heures, avec les mêmes gestes précis, le même dévouement, la même attention de chaque instant.

Quand les coursiers fourbus retrouvent le chemin de l?écurie, c?est avec des hennissements de satisfaction qu?ils prennent le bain. D?abord celui du sable. Dans l?espace circulaire prévu à cet effet, le palefrenier se tient debout, impassible pendant que la bête se roule d?aise dans le sable. Sur le dos, sur le côté, la bête se laisse visiblement aller. «Enn seval li kouma enn moter, plis li roule, plis li fit,» explique Shan Ip. «Si le cheval n?est pas fatigué, le palefrenier aura beau faire, le cheval n?aura pas envie de son bain de sable.»

Des Bains qui font du bien

Après le bain de grains coralliens, c?est la douche. D?une main énergique, le palefrenier dirige la pression sur les courbes puissantes du cheval. Savonnage jusque sur les naseaux. Eau en abondance, tout pour la détente et le bien- être de ces coursiers qui déchaînent les passions journée après journée.

Il sera alors temps de regagner ces box où du papier déchiqueté remplace désormais la paille. «Elle coûte trop cher, c?est du papier journal qui adoucit le sol des box.» Les pieds dans le papier l?équipe d?une dizaine de maréchal ferrant, dirigée par Jean Marc Halbwachs donne de grands coups de marteau. Les fers enlevés sont remaniés sur place avant d?être replacés. «Nous commençons à partir de 6 h 30.» Les écuries auront au préalable pris rendez-vous.

Eternelle question. Planter des coups dans les sabots d?un cheval, cela fait-il mal ? Jean Marc Halbwachs hausse légèrement les sourcils, avant de nous expliquer : «Si vous coupez votre ongle trop court, cela fera mal, mais si vous savez y faire, tout ira bien.» Les membres de son équipe de corroborer. Maniant couteau, râpe et tenailles, ils trouvent le temps de lâcher : «Si vous faites mal au cheval, il ne vous laissera pas travailler.»

C?est au tour de Collect the Cash de l?écurie Philippe Henry. L??il fixe, l?air sage, il n?a pas besoin de jouer à la Cendrillon. C?est avec du sur mesure que l?équipe du maréchal ferrant habille ses sabots. Le grand départ, samedi prochain?

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