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G. Benoît raconte la montgolfière mauricienne
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G. Benoît raconte la montgolfière mauricienne
Il est difficle de savoir, dans quelle mesure, les plus intelligentes et les plus perspicaces, d’entre nous se tiennent de façon obsessionnelle au courant des technologies d’avant-garde, appelées à révolutionner la manière de vivre de l’humanité dans les années à venir. Se tenir au courant des technologies de pointe ne suffit pourtant pas. Faut-il encore s’investir dans des expériences personnelles pour s’assurer qu’elles représentent un véritable progrès pour notre population. Ce n’est que lorsqu’on passe de l’expérience scientifique à leur application réussie qu’on peut parler de véritable développement.
Il se peut que certains se conduisent de manière exemplaire pour se tenir au courant des révolutions scientifiques et technologiques en cours. Il n’ont toutefois pas grand mérite, compte tenu des facilités, entre autres informatisées, dont nous disposons pour nous tenir au courant de ce qui se passe d’innovateur. Ces embellies ne dissipent aucunement les nuages qui s’accumulent à l’horizon de notre curiosité scientifique. Il n’y a pas de quoi se vanter, quand nos principaux foyers de recherche se désintéressent, par exemple, d’un outil permettant de retrouver en quelques minutes les articles de presse publiés pendant une décennie sur n’importe quel thème de notre actualité. L’excuse donnée est que les étudiants ne le consultent pas. Que faire si l’on trouve normal que des étudiants de niveau universitaire négligent d’utiliser les rares outils de référence disponibles sur ce qui se passe de décisif à Maurice ?
Notre secteur privé brille également par son désintérêt total pour tout ce qui est recherche et développement au sein de l’entreprise alors que dans les pays concurrençant nos rares produits d’exportation, ce département bénéficie de la plus grande attention.
Nous sommes peut-être à des années lumière d’un Jean François Cailleau, capable, le 19 juin 1784, d’expérimenter, à ses frais et avec succès, l’expérience d’aérostation menée par les frères de Montgolfier, en présence de Louis XVI, à Versailles, le 19 septembre 1783, soit neuf mois plus tôt. Il y a 25 ans, l’historien Gaëtan Benoît confiait à l’express ses recherches sur l’expérience aéronautique de Cailleau.
Les deux industriels français Joseph (1740-1810) et Etienne (1745-1799) de Montgolfier sont célèbres par leur invention du ballon à air chaud et par celle d’une machine à élever l’eau, appelée bélier hydraulique. Etienne apprend aussi l’architecture avec Souffot mais celui-ci ne lui souffle mot en matière d’aérostation. Il est extraordinaire qu’un habitant de Maurice puisse se livrer à des expériences comparables dans l’année qui suit l’invention du plus léger que l’air des frères de Montgolfier, alors qu’il faudra des années à plusieurs pays d’Europe pour parvenir au même résultat.
Le 19 juin 1784, le Mauricien Jean François Cailleau, expérimente donc son ballon à air chaud, sur l’habitation de M. d’Hauterive. Il prend la peine de décrire son expérience dans un document scientifique, pieusement conservé depuis aux Archives de Coromandel.
Son ballon à air chaud fait 30 pieds de diamètre, 100 de circonférence, 3 218 de superficie. L’enveloppe de toile pèse 240 livres, le bateau de cordage 80, les 10 sacs de sable 30. Le ballon se compose de toile blanche de Laval à pavillon, peinte en détrempe avec de l’ocre et la gomme du bois d’olive.
A 7 h 23, le ballon est placé sur les fourneaux. L’enveloppe est d’abord gonflée par “le gaz des MM. de Montgolfier” à savoir de la paille de France et de la laine. A 7 h 27, le ballon est aux deux tiers plein et se tient debout par lui-même. Le vent devenant violent, on éteint le feu en raison des riques d’incendie. Douze hommes sont requis pour retenir le ballon. Le vent cesse. On reprend le feu mais comme la paille de France vient à manquer, Cailleau se sert avec succès d’épis de maïs. A 7 h 50, le ballon gonflé à bloc, est lâché dans les airs. Pendant cinq minutes, il se déplace dans les airs, chutant à 1 000 toises de son point de départ.
Le 27 juin 1784, Cailleau renouvelle son expérience en public au Champ-de-Mars mais ne peut la poursuivre car le vent est trop fort. Il la reprend, au même endroit, le 30 juin suivant. Il réussit deux expériences moins satisfaisantes, permettant quand même à son ballon de parcourir repectivement des distances de 468 et de 450 toises. Cailleau constate que sa toile laisse passer trop d’air chaud et que l’enduit d’ocre et de gomme n’est pas assez solide.
G. Benoît conclut ainsi son article : “Le ballon de Jean François Cailleau en s’élevant majestueusement, donne à la colonie le spectacle imposant des machines aérostatiques dont la découverte fait honneur à l’humanité et couvre de gloire MM. de Mongolfier et la France.”
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