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Fumées de l?imagination
Faire un tabac, ce n?est pas vraiment pour cela qu?elle expose. Véronique Le Clézio a attendu neuf ans avant de se montrer à nouveau en solo parce qu?elle avait d?autres priorités : ?relever un défi impossible?. Défi que l?on peut résumer comme sa croisade pour le droit à l?air pur.
Ses prises de position lui valent l?étiquette de madame antitabac. Elle-même est une fumeuse lorsqu?elle est contactée par le responsable d?une association de consommateurs pour se lancer dans la bataille. Véronique lui demande trois jours. Un peu plus d?un week-end où elle a littéralement fumé comme un trou. La dernière cigarette grillée, le troisième jour, elle a rappelé son contact pour lui dire : ?Je suis prête.?
Des rechutes ? ?Juste dans mes cauchemars.? Depuis, si Véronique est chez des amis et que quelqu?un fume, elle quitte la table. Les autres peuvent bien jaser. ?Ce qu?ils pensent de moi ne m?impressionne pas. Je ne vais pas m?y conformer. Je ne veux même pas savoir.? Le ton est sans appel. Les phrases deviennent coupantes. C?est marcher comme sur du verre brisé quand Véronique enchaîne les mots ?inadmissible?, ?mauvais? et ?inutile?.
Elle est comme cela Véronique. Vive et multiple. Comme les couleurs qu?elle mélange. Pour sa nouvelle exposition, c?est évident. Une militante anti- tabac ne pouvait que nous offrir une bouffée d?air frais.
Expérimenter le bonheur de peindre
À commencer par la promenade. Direction le rouge incendiaire des ?pinces de crabes? en fleur. Sous ses pinceaux, le régime du bananier est d?abord une explosion de couleurs. Une mosaïque qu?il faut regarder à deux fois pour permettre à l??il de rassembler les morceaux du puzzle.
Véronique Le Clézio s?est construite par la force de la volonté. C?est dans la famille. Combien de fois n?a-t-elle pas parlé de sa filiation avec Malcolm de Chazal, ce tonton de 70 ans, qu?elle rencontrait au Morne. Là où il ?faisait partie du paysage?. À l?époque, elle a 15 ans. Lui, devant l?intérêt de sa nièce, joue au professeur, lui fait des croquis sur papier à en-tête d?un club de pêche. Lui donne presque des cours de dessins et de peinture.
Des années plus tard, Véronique fera une exposition à la manière de Malcolm. ?Pour expérimenter le bonheur de peindre.? Sans chercher à s?approprier un peu du génie de l?aïeul. Elle relativise. Joue la carte du ?fait génétique?. Prend des précautions, ?sinon cela peut paraître très prétentieux?, avant de nous confier que son oncle Malcolm lui a mis par écrit que ?nous avons une parenté d?âme?.
Quand, à 15 ans, Véronique Le Clézio expose pour la première fois, le tonton Malcolm, prendra sa plume pour faire savoir à André Decotter, écrivain et critique d?art, que c?est sa nièce. Pour un coup de pouce?
Après ses études secondaires, Véronique Le Clézio s?envole pour l?Ecole du Louvre, pour trois ans d?histoire de l?art. Ce n?est pas donné à tout le monde. Elle, n?en tire pas de gloire. Parle plutôt de ses préférences pour l?abstraction lyrique du chinois Xao Wou Ki et le mystère du romantique allemand Gaspard Friedrich.
Mais au-delà des références académiques, ce qui l?attire c?est la pulsion d?aller ?voir au fond des choses, d?en toucher l?essence?. Pour capter celle de Véronique Le Clézio, n?essayez pas d?aller faire un tour dans son atelier. Son ?cocon?, son ?sanctuaire?. L?accès vous sera sans nul doute fermé. Les lieux n?étant ouverts qu?à (dans l?ordre) : ? mon mari, mes enfants, ma mère?. Si, par exemple, un photographe doit y faire des photos, l?artiste ?aseptise? avant. ?Ce serait une prostitution, je me sentirais violée si j?avais à montrer mon atelier.?
Insoutenable mise à nu. Aussi impensable pour elle, que couper sa caractéristique natte. Sa coquetterie. Touche féminine d?une âme en construction. ?Assez sociable? bien qu?elle ne soit pas attirée par les collectifs artistiques. ?Je ne crois pas qu?il y a des meilleurs ou des pires dans la mesure où il n?y a que des recherches de la vérité.? Ce qui ne l?empêche pas d?envisager une participation au prochain Salon de mai.
Âme en construction. Contrairement à ceux qui énumèrent tout ce qu?ils doivent encore acquérir, essayer, voir, ressentir, le peintre explique : ?faut pas ajouter mais retirer?. Déblayer l?encombrement qui l?étouffe, qui la fait stagner. ?Je vis dans un amoncellement de papier.? Symptôme de celle qui a du mal à jeter. Pour qui ?mettre de l?ordre c?est déplacer le désordre?. Voilà pourquoi, elle veut aller à l?essentiel. Parce que partir, c?est tout quitter.
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