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Francis Cabrel s’installe dans la durée

7 novembre 2004, 20:00

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Il y eut le “nouveau” Cabrel, Les Beaux Dégâts (Le Monde du 25 mai). Et, depuis octobre, la tournée qui l’accompagne. Un rituel bien établi, à intervalles réguliers, mais un “peu long, les intervalles, on me le reproche parfois”, s’amuse le chanteur-auteur-compositeur au début de son spectacle, qui s’est installé au Casino de Paris du 2 au 14 novembre. Hors saison, le précédent disque, remonte à 1999, et la tournée qui s’ensuivit à 2000.

Du coup, son public, qui a vieilli en même temps que Francis Cabrel affichait trente ans de carrière, en redemande encore et encore, comme dans son succès du même titre. Et Cabrel leur en redonne encore et encore : vingt-six chansons, dont cinq pendant les deux rappels, deux heures vingt de concert, c’est long quand aucune aspérité, aucune urgence ne surgit.

Le chanteur d’Astaffort (Lot-et-Garonne) est connu pour le soin apporté au choix des mots, leur musicalité qui disent la douceur des sentiments, même quand il y a de la jalousie ou des ruptures. Tout autant pour son humanisme dans les relations à autrui et son goût de la nature, préférée à la ville. Rien à redire à cela. D’autres vomissent le monde avec infiniment moins de talent d’écriture.

Alors que manque-t-il à Francis Cabrel ? Sans doute les failles, la noirceur, la dureté que l’on peut retrouver dans les univers musicaux auxquels il se réfère. Le blues, la country et le folk-rock tels que Bob Dylan, Eric Clapton, J.J. Cale, Kris Kristofferson ou Bruce Springsteen le pratiquent laissent passer un mordant et un élan que l’on aimerait entendre chez Cabrel et son orchestre.

Tout est bien joué, fort bien, même (avec deux anciens de Magma, Gérard Bikialo aux claviers et Bernard Paganotti aux basses, une excellence du jazz, Claude Egea, à la trompette). Les vents (un saxophoniste-flûtiste-clarinettiste, Egea, un autre saxophoniste) apportent des subtilités dans les arrangements. Quand la formation s’emballe, elle donne son meilleur, comme dans Bonne nouvelle, Rosie, avec une tonalité très Nashville, Sarbacane, Comme eux et Telecaster, qui virent au blues-rock façon Rolling Stones.

Sur la scène, de petites ampoules de couleurs donnent une ambiance de 14-Juillet (ou peut-être de 4-Juillet américain) sur une place de village.

Ce décor de fête semble paradoxal au regard de la réserve scénique de Cabrel, qui a pourtant tout dans les doigts de ses musiciens pour se libérer un peu. Ce qui le rapprocherait alors de Bill Deraime ou de Patrick Verbeke, deux autres amoureux du son de l’Amérique, qui savent être plus chaleureux.

Sylvain SICLIER Source : Le Monde

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