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Florilège de propos post-électoraux
Un lecteur de nos réminiscences ose contester le point de vue exprimé par Henri Souchon dans un hebdomadaire travailliste, en date du 25 juin 1982, selon lequel nos journaux occupent une place éminente dans notre patrimoine national et pas seulement littéraire : ?L?opinion publique reste la grande force du monde moderne. Les mass média la contrôlent.? Voilà pourquoi pouvoir et argent veulent les contrôler afin de conserver leur prétendue supériorité.
Dans l?espoir de convaincre ce lecteur sceptique, allergique sans doute aux... fausses nouvelles, l?express offre à ses lecteurs ce florilège de propos post-électoraux, pouvant nous permettre de prendre davantage conscience de la richesse intellectuelle comme de la diversité des meilleurs propos, parus dans nos journaux, pendant la quinzaine de jours, ayant suivi les législatives mémorables mais non commémorées du 11 juin 1982, une date qu?on se savait pas tant honnie et de tous côtés.
La palme d?excellence revient incontestablement à l?ineffable Gaëtan Duval qui tout seul fait aussi bien que le PTr et ses satellites électoraux du PAN, car voilà son PMSD crédité de deux députés correctifs (Nicol François et lui), soit le même nombre que le parti de Ramgoolam (France Roussety et Michael Glover).
G. Duval a innové en posant sa candidature dans quatre circonscriptions (No 1, 18, 20 et 21). Il passe la matinée du 11 juin à Rodrigues, revient à Maurice en début d?après-midi et se signale en étant le premier à prédire la déroute complète des adversaires du MMM-PSM. Le dépouillement des voix confirme sa prédiction : ?On ne peut s?opposer à cette communion entre un peuple et le parti qu?il élit.? Il ajoute une autre prédiction qui fait mal : ?Li pou pli propre ek MMM !? Elle ne se réalisera pas, hélas !
Il cite Talleyrand qui vitupère contre les jacobins qui, devenus ministres, s?affichent royalistes ! ?Pourra-t-on dire cela de Bérenger ?? demande-t-il à ses proches. Il prend la défaite de Ringadoo comme une revanche personnelle. A l?annonce de la défaite inévitable de Ramgoolam, dans son fief de Triolet, il s?écrie : ?Voir le dernier Romain au dernier soupir / Moi seul en être cause et mourir de plaisir.?
René Noël pose la question : ?Et maintenant ?? Le régime de Ramgoolam se mourait faute de leadership et d?imagination. Il s?était coupé des aspirations du peuple... Changement... porteur d?espérance pour les uns et de craintes pour les autres... jour nouveau ou apocalypse... Inéluctable pourtant car le monde est en perpétuelle mutation... L?immobilisme c?est la mort... Une voie nouvelle nous est offerte qui peut mener quelque part... Une meilleure possibilité de construire une vraie nation... Dieu fasse que nous n?ayons pas à regretter cette nouvelle raison d?être fiers d?être Mauriciens. C?était sans compter avec la zizanie politique.
Me Guy d?Arifat s?adresse à son confrère, le nouveau Premier ministre : ?Cher Anerood !? Il souligne le danger d?élections générales tous les cinq ans. Il suffirait d?une autre guerre mondiale pour qu?il ne soit pas souhaitable de soumettre alors le peuple aux affres d?une campagne électorale forcément démagogique. ?Vous ne serez pas toujours là !? (Nous en savons quelque chose à présent qu?Anerood s?est réduit au Réduit). Il ajoute : ?De la qualité de l?opinion publique dépendra le devenir de Maurice.?
Il met en garde contre l?abolition des privilèges. ?Ce serait dangereux !? Il cite le cas du judiciaire. Il rappelle : nos magistrats sont financièrement à bout. Ils réclament une augmentation salariale et se heurtent à un mur d?incompréhension (Ringadoo). Ils font grève et sont bafoués. ?Au sommet de sa lucidité, Ramgoolam les traite de dockers !? Un médecin peut déchoir et soigner. Un magistrat ne saurait le faire et continuer à juger. ?La Justice s?éteindra le jour où la Magistrature n?attirera que les malpropres.? Il se demande si l?ancien régime ne trouvait pas un quelconque intérêt dans l?endettement des magistrats... (Tout homme a un prix, se vanta un jour un dirigeant travailliste. Il dut battre en retraite devant le regard qu?un adversaire lui lança : ?Sauf toi, Maurice (Lesage) !? se hâta-t-il de corriger).
Guy D?Arifat conseille : ?Il nous suffit de mériter amplement nos privilèges? pour que le peuple n?ait rien à redire. ?La propreté (morale) se sent. Elle ne s?exhibe pas.? Nouvelle mise en garde contre l?abolition prématurée de certains cérémonials : ?Tu ne veux quand même pas que nos magistrats s?habillent comme Duval à la télé !? Si l?habit ne fait pas le moine, du moins il le désigne à tous.
(A suivre)
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