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Fleurette concocte-nous tes achards

31 juillet 2005, 00:00

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Lorsqu’on va à Rodrigues, on ramène à tous les coups dans ses bagages un peu de mémoire olfactive et gustative : du piment tamarin, du citron aigre-doux, un achard de papaye, des oignons confits. Et quand Rodrigues vient à nous, quand nous avons rencontré, dans une rue de Maurice, la responsable d’une conserverie et d’une confiserie qui fourmille d’idées à mettre en pot, il n’était pas question de louper le coche. Nous avons fait plus ample connaissance avec Fleurette Nicole, une femme dont les recettes sont gorgées de soleil.

Il a suffi de mettre à sa disposition une cuisine pour que Fleurette nous fasse découvrir les capacités insoupçonnés de nos papilles. Piment papaye, piment ourite, achard bilimbi longue, pâte de piment, Fleurette jongle chaque jour avec des piments, de la moutarde et d’autres épices.

Des condiments macérées dans du vinaigre blanc, à damner un ange ! Ses secrets : des petits riens en fait. « Tout est dans le dosage des ingrédients et dans certaines nuances. Il faut parfois oser les mélanges », confie-t-elle. Tantôt confits, tantôt ébouillantés, ou mis à sécher au soleil, les ingrédients sont ensuite assaisonnés avec une pincée de créativité, rectifiés avec un zeste d’amour avant de s’embraser sur le fourneau rutilant.

<B>Ses petites préparations font… recette</B>

Fleurette a fait ses premières armes dès l’enfance. Comme dans toute famille qui se respecte, l’achard et le piment ont nourri sa culture culinaire. Mais une fois mariée, l’entrepreneuse tente d’abord sa chance dans un atelier de broderie et de peinture sur soie.

Commence alors le parcours du combattant. Cela lui prendra des années avant d’obtenir le permis commercial. Elle construit d’abord son atelier en tôle et s’équipe avec les matériaux de bord. « Malheureusement, ça n’a pas marché. J’étais déçue, mais je n’avais pas le droit de baisser les bras. J’avais pris un emprunt, il fallait que je rembourse, je me suis donc convertie dans l’agroalimentaire », explique-t-elle.

Et c’est le déclic, ses petites préparations font… recette ! Outre les achards, Fleurette se spécialise ensuite dans les sucreries. Elle est née gourmande, elle n’y peut rien, c’est dans sa nature. Les pâtes de fruits aux goyaves de Chine, les bilimbis et pamplemousses cristallisés, les gelées de framboise et de jamblons racontent la végétation luxuriante de Rodrigues. « Je n’achète pas les fruits, on va les cueillir dans les bois », précise-t-elle.

Dans son Soleil levant, c’est ainsi que s’appelle son atelier, elle donne libre cours à son génie créatif. Les touristes l’assistent même dans la cuisine, curieux de voir danser les condiments dans sa marmite. « C’est un métier délicat. Vous n’avez pas le droit à l’erreur. Sur l’étiquette est inscrite la date de production et d’expiration. Il y a aussi mon nom, mon adresse, et mon numéro de téléphone. »

Fleurette suit donc à la lettre tout ce qui lui ont appris les gourous de la National Handicraft Promotion Agency de Rodrigues : stériliser les pots, s’attacher les cheveux, mettre des gants. « Si on trouve un cheveu dans un de mes pots, si mon produit devient périmé avant la date d’expiration, si quelqu’un était intoxiqué, c’est ma réputation qui en prendrait un coup. Je fais donc mon travail avec tout le sérieux nécessaire », confie-t-elle.

<B>Pousser le plaisir plus loin</B>

Fleurette aime ses pots débordants de couleurs et d’arômes. « Je choisis mes épices avec soin, il faut que les produits sentent bon, qu’ils soient goûteux. » Elle veut continuer à marier la nature locale avec les traditions d’antan. Son leitmotiv : faire qu’avec ses achards, l’appétit prenne ses aises, exporter le label rodriguais, améliorer l’emballage de ses produits. Entre-temps, si vous allez à Rodrigues, allez faire un tour du côté de « Bébé » sur la route de Baladirou. Fleurette vous y attendra. Elle participe à une expo vente organisée par la National Handicraft Promotion Agency du 2 au 9 août à Port-Mathurin.

Pour pousser le plaisir plus loin, vous pourrez même lui commander une tourte, un mapinba (gâteau de maïs), des galettes de manioc. Et si vous vous liez d’amitié avec elle, elle vous mijotera peut-être son plat de maïs, haricots rouges, et daube d’ourite, le tout accompagné d’achards et de piments de votre choix. Pour ce qui est du reste, c’est encore une histoire de goût.

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