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Portrait

Anaïs Veerapatren : l’élégance d’un nouveau destin

23 août 2026, 22:00

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Anaïs Veerapatren : l’élégance d’un nouveau destin

■ Août 2022 : La famille Gomes-Veerapatren en vacances au Portugal chez les parents de son mari, Manuel.

Longtemps associée à l’univers des concours de beauté et à l’image glamour de Miss Mauritius et d’autres compétitions internationales, elle a choisi de ne pas laisser cette expérience définir son parcours. Derrière les apparences, les catwalks et les projecteurs, elle a construit un itinéraire fondé sur le travail, l’effort, la formation, l’ambition et la foi. Ses études poussées l’ont progressivement conduite vers de hautes responsabilités dans un environnement professionnel international, loin des seuls codes du monde superficiel dans lequel on aurait pu l’enfermer.

Aujourd’hui, Anaïs Veerapatren incarne une autre forme de réussite : celle d’une femme qui a transformé sa visibilité en véritable expertise et son parcours personnel en projet entrepreneurial. À la tête de sa propre entreprise,Influentree, dont elle est la PDG à Lille, elle évolue désormais dans un univers où stratégie, influence, entrepreneuriat et développement international se conjuguent.

Son parcours raconte ainsi une évolution remarquable : de la couronne de Miss Mauritius aux responsabilités d’une dirigeante, d’une image publique à une véritable identité professionnelle. Une trajectoire qui démontre que la beauté peut ouvrir une porte, mais que seules la compétence, la discipline et la vision permettent de la franchir durablement.

WhatsApp Image 2026-08-21 at 13.13.43 ■ Novembre 2010 : Anaïs remporte le titre de Miss Goodwill parmi 69 participantes à la 50ᵉ édition du concours Miss International à Chengdu en Chine.

Le samedi 20 septembre 2008, un vent frais souffle sur La Citadelle. Une belle foule assiste à la finale de Miss Mauritius. Dans les coulisses, une grande fébrilité. Les finalistes contrôlent difficilement leur stress; car l’enjeu est de taille. La Reine va dorénavant vivre une nouvelle vie. Anaïs Veerapatren a déjà remporté les titres de Miss Talent et Miss Élégance. Une légère avance psychologique sur ses concurrentes directes d’autant plus qu’elle maîtrise parfaitement le français.

Elle se rappelle encore ces quelques minutes fatidiques précédant l’interview. C’est Yves Hermann, le maître de cérémonie. «Nous n’étions plus que cinq filles sur scène. J’étais l’avant-dernière à prendre la parole et pendant que les trois autres répondaient, je structurais ma réponse dans ma tête. Nous avions toutes les cinq la même question. J’ai été sincère lorsqu’on m’a passé le micro. Je pense que c’est à ce moment-là que j’ai réussi à convaincre le jury», se souvient encore l’ex-Miss.

Dès le lendemain, Anaïs réalise que rien ne sera comme avant. Une voiture de prêt l’attend et surtout des interviews en cascades. Un agenda d’enfer : «J’ai passé beaucoup de temps avec l’organisation Miss Mauritius ensuite. Nous avons préparé le concours de Miss Rodrigues auquel j’ai eu l’opportunité de contribuer cette année-là. Il y a ensuite eu les briefings pour les concours internationaux. J’ai vécu une année intense sur les chapeaux de roues avec des évènements quasiment tous les soirs, le travail la journée, des avions à prendre.»

WhatsApp Image 2026-08-21 at 13.13.38 Q Septembre 2008 : Anaïs avec son frère Damien le soir de son couronnement comme Miss Mauritius à la Citadelle.

Elle réussit avec brio son HSC au collège Lorette de Curepipe, malgré de nombreux samedis d’arrêt : «Pour autant, j’ai toujours adoré aller à l’école. Au collège, j’étais très engagée et impliquée dans les activités parascolaires : jeunesse mariale, chorale Mary Ward, soutien scolaire aux élèves en difficulté du couvent... je suis devenue Head Girl en HSC.» Elle choisit les matières qui lui plaisent – langues, littérature et comptabilité. «J’ai eu quelques prix à l’école, en français et en espagnol. Julie Rivet, notre prof de français, m’avait laissé un mot dans mon carnet qui me touche encore aujourd’hui aussi bien que Régis Young notre prof de littérature.»

Porter haut le quadricolore

Anaïs a pour objectif à ce stade de poursuivre des études universitaires. En attendant la réponse de l’université, elle prend un emploi chez Accenture. Elle abandonne tout pour des cours de Law and Management et quand elle termine, elle est recrutée par le cabinet Ahnee-Duval. Ensuite, une rencontre avec Amélie Fayolle qui veut lancer son agence de mannequins… et, de fil en aiguille, elle participe au concours, encouragée fortement et soutenue par sa mère.

WhatsApp Image 2026-08-21 at 13.13.42 ■ La famille Veerapatren en Angola chez Damien, le fils et frère.

Son couronnement va la propulser dans un tourbillon d’activités et surtout… de multiples voyages à travers le monde. Elle devient une véritable globetrotteuse. «J’accepte une mission d’un an à la MTPA (l’Office du tourisme) car c’était prévue dans le mandat de Miss Mauritius. Pendant cette période, je participe à l’organisation des Salons internationaux tels que Top Resa et le WTM grâce à Vianna Murday, qui me prend sous son aile, et à des évènements à destination des délégations internationales comme celles de Miss Belgique ou Miss République tchèque.»

Elle passera ainsi une bonne partie de sa vie entre ciel et terre pour participer à de nombreux concours internationaux et surtout pour porter haut et avec fierté notre quadricolore. «Mon premier concours international – celui de Miss Est d’Afrique – s’est passé au Burundi, où j’ai terminé à la 3ᵉ place après le sacre de la Miss Burundi (2008). Nous étions deux représentantes de Maurice, la 1ᵉʳᵉ dauphine du concours, Laura Grenouille, et moi. Nous avons appris sur le tas», dit Anaïs, qui exprime sa profonde reconnaissance envers Primerose Obeegadoo : «J’aurais toujours beaucoup de reconnaissance et d’affection envers Primerose qui a toujours eu beaucoup de considération à mon égard. Je garde de précieux souvenirs de nos voyages ensemble, dont la conférence internationale de la femme en Inde, qui demeure à ce jour un de mes plus beaux souvenirs.»

Un gros événement l’attend le 23 août 2009 : le concours de Miss Universe aux Bahamas. Elle n’a que 22 ans et fait partie de 84 candidates annoncées. C’est seule qu’elle entreprend le voyage vers les States. Une expérience inoubliable, des rencontres insolites, surtout avec un certain Donald Trump, qui avait racheté le concours en 2009 avec NBC International et qui en était ainsi le président. Une expérience qu’elle ne risque pas d’oublier: «J’ai découvert un autre monde, version XXL, à l’américaine : voyage en première classe, une escorte qui vient vous chercher dans l’avion, un garde-du-corps à l’arrivée et une limousine qui vous attend. Une organisation au diapason pendant trois semaines et une expérience complètement surréaliste pour la gamine de 22 ans que j’étais.»

WhatsApp Image 2026-08-21 at 13.13.39 (1) ■ Février 2004 : Anaïs, «Head Girl» au collège Lorette de Curepipe, s’exprime devant la rectrice, Claudie Lasplaces et les élèves.

Cela ne s’arrête pas pour autant. À peine ses valises posées à la rue Abbé Laval, qu’elle repart représenter Maurice à Miss World en Afrique du Sud en décembre 2009 où elle se retrouve sur le plateau des finalistes de Miss Talent et en novembre 2010, cap sur la Chine pour le concours Miss International, où sur le podium elle est consacrée Miss Goodwill et, en 2014 en Égypte, avec le titre Top Model of the World.

Quand le fracas des moteurs des Boeings s’est tu, dans le calme du pays retrouvé, Anaïs éprouve un passage à vide, une baisse d’énergie, l’anti-climax d’un roman, dit-elle : «Je pense que ce qui m’a permis de remonter la pente était le fait d’être bien entourée, d’avoir ma famille et mes amis autour de moi pour me redonner envie de reprendre le cours normal de ma vie.» La famille est un véritable cocon, un refuge pour Anaïs; celle qui lui a inculqué toutes les valeurs qui l’ont guidée pendant tout son parcours. Elle est aussi le pilier de sa foi.

WhatsApp Image 2026-08-21 at 13.13.39 ■ Mai 2014 : Remise de diplôme à Lille, Masters in International Business, IESEG School of Management. La mère d’Anaïs, Deena, toujours présente à chaque étape importante de son parcours.

Elle y revient régulièrement pour se ressourcer, pour se souvenir de son enfance à la rue Abbé Laval à Eau-Coulée après sa naissance à la clinique le 26 juin 1986. Ses parents sont aux anges: sa mère Deena, fonctionnaire à la Banque de Maurice (aujourd’hui retraitée), et son père Lindsay Veerapatren, comptable toujours en exercice, se sont mariés le 18 décembre 1984. Un deuxième enfant arrive le 5 novembre 1987 : Damien qui s’est retrouvé au collège La Confiance avant de regagner le collège St. Joseph pour son HSC. Il a ensuite fait de brillantes études d’actuaire et dans les finances pour se retrouver depuis quelques années en Afrique du Sud d’abord et ensuite en Angola, comme CEO de Viva Seguros, une entreprise spécialisée dans les assurances. Anaïs a aussi des souvenirs de son grand-père maternel Claude (directeur d’une école primaire) et de sa grand-mère paternelle Ginette. Les deux décèdent alors qu’Anaïs est encore adolescente.

En 2011, un autre tournant important dans la vie de l’ex-Miss: elle décide d’aller faire des études en Inde. À chaque entretien pour un boulot ici, on lui parle de mannequinat : «Alors je suis partie et j’ai intégré le St Joseph College of Commerce à Bangalore, pour un programme de deux ans, le M. Sc International Business. Je poursuis mes études avec le mannequinat en side-job, comme pendant mes études à l’université de Maurice, où je défilais pour Pushkaar dans les hôtels de luxe de l’île, avec Haseena Modelling Agency, l’agence de Soraya Currimjee.»

Cap sur Lille

Au terme de ses études, elle ne revient pas à Maurice. Elle enchaîne directement avec la France en optant pour un programme d’échange à la fin de ses deux années d’études ; et c’est ainsi qu’elle atterrit à Lille pour un Master en Commerce international à l’IESEG, une prestigieuse grande école qui forme des milliers de PDG et hauts cadres. Après son diplôme, elle est embauchée par une entreprise lilloise et c’est là qu’elle rencontre son mari, Manuel Gomes, qui est du Nord-Pas-de-Calais.

Elle travaille au sein d’une startup lilloise en hypercroissance dans le recrutement international, Cooptalis pendant plus de cinq ans. Puis pour une PME parisienne en pleine transformation dans la tech, Proximis, pendant plus de quatre ans. Et rebelote pour l’ex-Miss globetrotteuse, son passé la rattrape ; elle reprend les chemins des aéroports. Elle est en permanence entre deux valises et vit dans des chambres d’hôtels :«Dans les deux cas sur des postes à dimension internationale avant le Covid, je voyage beaucoup : salons internationaux comme la NRF à New York, les eCommerce Expo à Londres ou encore Manchester, les business trips à Dubaï, le Sénégal ou encore Hong Kong.» Pendant la période Covid et post-Covid, les choses changent, ses missions évoluent dans la communication, le branding et la gestion de grands comptes de luxe. C’est dans ce nouveau contexte qu’Anaïs Veerapatren décide de lancer Influentree, sa propre entreprise avec à court terme la publication d’un livre.

Ces activités intenses, ses voyages incessants lui laissent quand même le temps de fonder une famille. Elle rencontre Manuel Gomes en 2014 :«Notre Lara est arrivée un an plus tard et elle avait 18 mois quand on s’est mariés en octobre 2017. Manuel est un entrepreneur dans la tech. Il a revendu son entreprise en 2022 et continue son parcours dans la data et l’IA. Notre deuxième enfant Noah est arrivé en 2019.» Ses parents, Deena et Lindsay, devenus grands-parents, sont aux anges d’autant que leur fils Damien dirigeant une entreprise en Angola a aussi réussi sa vie. «Quand on a la foi, tout peut arriver. J’ai toujours encouragé mes enfants dans leurs choix. Pendant toute cette période de Miss Mauritius, on a soutenu Anaïs qui avait aussi été l’objet de calomnies. Elle a par la suite, avec raison, quitté ce qui était superficiel pour fonder sa vie sur sa famille et sa profession», dit Deena non sans fierté.

La famille aux anges

Une immense fierté depuis que l’ex-Miss a fondé sa propre entreprise pour se mettre à son propre compte. Une entreprise de pointe se reposant sur l’intelligence artificielle (IA) qu’elle définit en ces termes : «J’ai fondé Influentree, une agence social media créative en 2023. Suite à son excellent démarrage, j’ai décidé de créer un produit et je me suis associée en 2025 pour développer une solution technologique autour de l’IA. Après plus d’un an de R&D, nous avons donné naissance au premier moteur intelligent d’influence que nous déployons cette année. J’ai rejoint dans ce cadre le programme très sélectif des Female Founders de Microsoft for Startups. Également le Village by CA Nord de France en tant que seule représentante féminine des startups IA lauréates de l’appel à projets 2026. Cette année, Influentree était également finaliste Jeune Pousse du prix Next Innov de la banque populaire du Nord pour sa vision et son innovation. J’occupe aujourd’hui le rôle de CEO d’Influentree et je suis très active au sein de nombreux écosystèmes comme le Club des Femmes de l’IA, Place de la Communication ou encore l’UMICC (Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenus). J’ai Maurice dans le viseur pour notre développement à l’international où j’ai pour ambition d’exporter notre savoir-faire et plateforme courant 2027.»

WhatsApp Image 2026-08-21 at 13.13.41 (1) ■ 7 avril 2026 : Présentation d’Influentree dans les locaux de la Banque de France lors du lancement du Club des Femmes de l’IA porté par le CITC.

Damien, hyper-diplômé et pilote de surcroît, n’a pas été insensible à l’ascension de la grande sœur: «Quand je regarde le parcours d’Anaïs, je ressens avant tout une immense fierté. En tant que petit frère, j’ai eu la chance de la voir évoluer, rêver, prendre des risques et surtout ne jamais renoncer à ce qu’elle voulait accomplir. De la jeune fille qui était Head Girl à Miss Maurice, puis de ses études en Inde et en France à la femme, l’épouse, la mère et l’entrepreneuse qu’elle est devenue, elle n’a jamais cessé de se réinventer. Ce qui m’impressionne le plus, ce n’est pas ce qu’elle a obtenu, mais la détermination avec laquelle elle a construit sa vie. Anaïs m’a toujours montré qu’avec du courage, du travail et la volonté d’aller au bout de ses rêves, on peut écrire son propre chemin. Et aujourd’hui, c’est avec beaucoup d’émotion et d’admiration que je la regarde écrire le sien.» Damien, qui est aussi le parrain de Lara, la fille de sa sœur.

Femme de culture

Et, pour compléter le tableau, Anaïs est aussi une femme de culture qui commence à lire très jeune des classiques comme Sons and Lovers de D. H. Lawrence, Pride and Prejudice de Jane Austen ;qui aime la musique classique (Chopin, Bach…) ; qui écoute aussi Chet Baker, Simon and Garfunkel et bien sûr les Beatles. Au cinéma, elle ne rate pas Woody Allen, Pedro Almodovar, entre autres. Et lors de ses voyages à Paris, Londres ou New York, elle ne fait pas que les vitrines; elle visite surtout les musées!

Mens sana in corpore sano (un esprit sain dans un corps sain), disait Juvénal (poète satirique romain). Pour ne pas faire mentir cet adage, l’ex-Miss entretient son corps à coups de Crossfit (musculation/cardio/gym/haltérophilie). Elle a même validé sa première compétition de Hyrox (course à pied et exercices fonctionnels) à Helsinki cette année. De plus elle trouve du temps pour présider une association, Eko Rockband, qui soutient des projets caritatifs de la région à travers trois ou quatre concerts par an. À 40 ans, Anaïs Veerapatren-Gomes a déjà une vie bien remplie qu’elle continue à construire.

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