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Fissures sociales

5 janvier 2006, 20:00

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par Nazim ESOOF

Les prix prennent l?ascenseur. Les salaires stagnent. Des temps durs sont annoncés. Comme s?il fallait boire jusqu?à la lie, le spectre du chômage n?a jamais autant pesé sur le pays alors que l?entrepreneuriat reste, au mieux, un v?u pieux. C?est l?atmosphère générale qui imprègne le pays en ces premiers jours de 2006. Le pessimisme est ambiant. L?heure n?est pourtant pas à la lassitude. Ce pays sera confronté dans les mois qui viennent à d?énormes défis. Le premier et le plus important est celui consistant à freiner la paupérisation de la classe moyenne et l?appauvrissement programmé des classes défavorisées.

L?appel à la responsabilisation du Premier ministre, dans son message de fin d?année, est en fin de compte un cri désespéré pour que chacun commence à jouer son rôle. Mais il est aussi vrai que son discours électoraliste et ses premières mesures populistes ont aujourd?hui piégé son gouvernement. Les dirigeants de l?opposition doivent, eux, rire sous cape après avoir annoncé que le pire est attendu en 2006. Il importe cependant pour la population de ne pas se laisser abrutir par le jeu politicien. Les enjeux ne sont pas seulement économiques mais aussi sociaux.

A ce titre, l?éclatement prévu de la classe moyenne est la pire des calamités qui puissent nous arriver. C?est la cohésion sociale qui en prendra un dur coup si rien n?est fait pour éviter cette catastrophe. La cohésion sociale obéit à des mécanismes de structuration qui assurent une dynamique d?ensemble. Cette dynamique n?existe pas actuellement à Maurice. Pour diverses raisons. D?abord et inévitablement, elles sont politiques. Ce pays a été de tout temps plus ou moins divisé en deux parties. Même si les enjeux nationaux finissent toujours par mobiliser l?intelligence et la volonté collectives, il n?en demeure pas moins que l?élan national nécessaire à une action continue fait à certains moments défaut. Aujourd?hui comme hier, nous en souffrons.

Nous souffrons également de ces calculs politiques qui nous font croire que les miracles sont possibles ou encore que l?Etat tuteur peut garantir le bonheur des citoyens. C?est ce qui explique qu?à défaut de débat d?idées, nous sommes soumis au jeu de la surenchère. Ce qui en fin de compte provoque la banalisation du concept même du travail. Le chômage interpelle mais les chômeurs en viennent à écarter certaines possibilités d?emploi. Banalisation également du rapport du citoyen à la République. En cette période trouble, l?identification à la nation obéit à des notions de race et de caste. Cela, pourrait-on être tenté de le dire, a toujours été le cas. Mais chaque pouvoir qui se succède ne cesse d?affirmer que ?l?unité nationale n?a jamais été aussi forte dans ce pays?. Une affirmation puérile puisque la notion même d?unité nationale est dépassée. Faut trouver autre chose, Messieurs! Parce qu?avec l?éclatement annoncé des stratifications sociales classiques, les vieux discours n?auront plus aucune prise sur les consciences révoltées. C?est ce qui s?annonce. C?est ce qu?il importe d?éviter.

Au-delà des galettes distribuées en début de mandat qui, d?autre part, n?ont été accompagnées d?aucune réforme majeure, les décideurs n?ont aucun droit moral de fustiger le fatalisme de la population. Une grande majorité des citoyens se réveillent en cette année 2006 avec l?étiquette de débiteurs. Comment trouver le bonheur lorsque chaque fin de mois est devenue un cauchemar? Les jours meilleurs promis ne sont en fin de compte qu?une autre illusion. Cela est vrai dans l?essence. D?un point de vue sociologique, c?est toute l?architecture sociale qui est menacée d?irrémédiables fissures.

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