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?Fet liberte, fet kreativite?

29 janvier 2006, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?était en 2001. Le 1er Février devenait férié. L?état s?exprimait publiquement sur les cruautés de la traite négrière et de l?esclavage. Coups de fouets et chaînes brisées trouvaient enfin leur place à la tribune officielle.

Cinq ans après, les signaux envoyés ont-ils changé? Commençons par un simple relevé géographique. C?est un fait. Le lieu mythique le plus associé à l?esclavages est bien Le Morne. Mais la république a son propre Monument aux esclaves situé à Pointe-Canon, Mahébourg. Les dépôts de gerbes s?y succèdent.

Ce n?est que l?an dernier que l?Etat s?est rendu au Morne pour commémorer un 1er Février. S?il y a bien un ?trou? qui est sorti de l?ombre en 2005, c?est l?ancien village d?esclaves situé au pied du Morne, Trou-Chenille. Lieu-dit se trouvant sur les terres privées de la Société Morne Brabant. La même qui a obtenu ses letters of intent pour aller de l?avant avec son projet d?Integrated Resort Scheme.

Cette année, bien que Le Morne vient d?être partiellement décrété patrimoine national, le site n?accueillera pas les festivités officielles. L?État renoue avec Pointe-Canon. (Le Monument aux Esclaves a été dévoilé le 1er Février 1985 par Sir Seewoosagur Ramgoolam, alors gouverneur-général.)

Comment donc concilier ces deux positions? Honorer en une seule occasion deux lieux désormais inscrits sur la liste du patrimoine national. Casse-tête historique de plus pour l?État.

ACTIVITÉS

Devoir de mémoire, entre clichés et réalité

A l?occasion du 1er Février, la partie protocolaire est toujours suivie d?une animation culturelle. Deux constantes se dégagent de ces ?spectacles? qui reflètent l?idée que se fait le ministère des Arts et de la Culture, de la culture africaine. Il invite année après année, des artistes venus du Mozambique. L?initiative est fort louable. C?est encore une fois le cas avec les deux chorégraphes qui seront présentes à Pointe-Canon, mercredi. Véritable bouffée d?air frais, ce bref extrait est une lucarne sur la créativité, la vitalité méconnue de cette partie du continent.

Et puis, survient le groupe de séga. Soit du typique ? avec l?incontournable Michel Legris ? soit du moderne. Soit encore une ?danse africaine?. Ou pour être plus précis, une danse qui reflète l?image que se font les Mauriciens de la danse africaine. En général, ce sont des jeunes filles grimées avec des couleurs blanches et ocres, et portant des tenues légères découpées dans du tissus léopard.

Les garçons eux sont affublés de lances et de boucliers. Est-ce seulement cela l?Afrique? Des clichés qui réduisent un continent à la riche multiplicité à de simples mouvements supposés guerriers. Certes la sensualité des chorégraphies est bien mauricienne, mais à quand une vraie inspiration, qui ne sente pas la pâle copie?

Deux chorégraphes mozambicaines pour danser l?esclavage

Le ministère des Arts et de la Culture a convié deux chorégraphes mozambicaines dans le cadre de la commémoration de l?abolition de l?esclavage. Filomena José et Perola Jaime Matsinhe sont à Maurice pour donner des cours de formation aux artistes locaux. Depuis le 15 janvier, elles valsent d?écoles en ateliers pour faire partager leur connaissance des danses africaines.

?Notre danse est quelque peu différente du séga et des autres pays de l?Afrique. Il y a surtout l?expression faciale qui change. Si nos mouvements sont tristes, le visage aussi doit suivre. Mais la relation entre les artistes mauriciens et nous se déroule très bien?, explique Filomena José, directrice pédagogique d?une école de danse au Mozambique.

C?est suite à un accord entre Maurice et Mozambique que les deux danseuses professionnelles ont été invitées chez nous. Cette rencontre donnera naissance à un spectacle culturel que les deux chorégraphes offriront au public lors de la cérémonie de commémoration le 1er Février. ?Ce sera une danse qui parle de l?esclavage?, livre encore Filomena.

?Il faut voir l?enthousiame des jeunes des cités et des artistes, c?est incroyable, raconte Clency Gérie, accompagnateur des deux chorégraphes. «Nous avons beaucoup à apprendre d?elles.?

Rodrigues aussi sera de la fête. Après leur passage à Maurice, Perola et Filomena donneront aussi des cours de danses aux Rodriguais. Rendez-vous prit pour le 1er Février où la cérémonie de commémoration débutera à partir de 10 heures à Pointe-Canon.

RÉPARATION

Le droit à la reconnaissance

■ 1976. Année fatidique dans le calendrier des Verts Fraternels. En effet, ces derniers célèbrent l?abolition de l?esclavage depuis 30 ans. Epoque à laquelle personne ne pensait célébrer un tel événement. Puis peu à peu, les gens ont commencé à y réfléchir. L?église catholique, d?abord, puis des associations comme celles des Rastas, l?ont célébrée à leur tour. Mais la plupart des Mauriciens se montraient indifférents et il y avait même un tabou associé à ce ?passé horrible?.

La célébration du 150e anniversaire de l?abolition de l?esclavage, en 1985, à été un premier pas en avant. Puis l?introduction du jour férié a donné une dimension nationale à l?événement. ?C?est le début du processus de réparation?, précise Sylvio Michel. La société mauricienne doit reconnaître qu?elle a bénéficié de l?esclavage qui a permis le développement du pays dans les champs, aux moulins et dans le port.

?C?était un travail sans solde? Il ne faudrait pas qu?il y ait de l?indifférence de la part de la population mauricienne, envers les descendants d?esclaves qui vivent aujourd?hui dans des conditions honteuses.?

Une autre étape de la réparation, c?est la reconnaissance du séga, mais surtout de la langue créole. Mais pour Sylvio Michel, il faut aller plus loin. ?Il faudrait que le créole devienne un sujet d?examen plus qu?un médium d?enseignement.?

Pour les Verts Fraternels, la réparation inclut également la notion de compensation. C?est la position de tous ceux qui militent à travers le monde. Pour la compensation, il faut cibler ceux qui vivent dans une misère extrême. Il faut restituer les terres qui ont été ?volées?. La commission de restitution des terres doit être réactivée.

Il attend donc ce pied ferme la mise en place d?une Commission Justice et Vérité, prévue dans le programme gouvernemental. ?Déjà la décision de faire du Morne un patrimoine national est courageuse?. Les Verts Fraternels attendent la poursuite du processus de réparation.

VISITE OFFICIELLE

Christiane Taubira, invitée d?honneur aux célébrations

■ La postérité retiendra Christiane Taubira comme celle qui a donné son nom à la loi française, votée le 10 mai 2001, qui reconnaît l?esclavage et la traite négrière transa-tlantique comme crimes contre l?humanité. Députée de Guyane et vice-présidente du Parti radical de gauche (PRG), Christiane Taubira est connue pour ses positions marquées. Au fil de ses déclarations, son point de vue sur la reconnaissance du crime contre l?humanité distingue le ?déplacement de la problématique, pour la situer non plus au niveau de l?acte d?abolition, mais au niveau du crime dans sa durée et dans son ampleur?.

Parlant de sa région, elle est d?avis que l?esclavage occupe une place ambiguë dans la mémoire créole antillaise et guyanaise. ?Elle est envahissante par rapport à notre environnement et à la connaissance empirique que nous en avons. Elle l?est aussi par l?engouement populaire autour des initiatives de célébrations, notamment associatives. Mais elle est absente parce qu?elle ne traverse pas de façon consciente ni la définition de nous-mêmes, ni notre rapport aux autres, ni la façon de construire un avenir en surmontant lucidement les pesanteurs de cette histoire.? Que de similitudes avec le vécu Mauricien.

A propos de la classe politique, la députée affirme que ?c?est une erreur pour les politiques de croire que les gens n?ont besoin que de réponses matérielles au quotidien. Et de sous-estimer la dimension symbolique de l?identité et ses capacités créatrices.?

Christiane Taubira se dit en faveur d?une meilleure écoute de l?Etat, traduite dans des actes tangibles tels que l?enseignement, des politiques culturelles et l?accompagnement d?une économie plus diversifiée.

Pour Christiane Taubira, il s?agit de changer la place de l?esclavage dans la mémoire collective. ?La commémoration en est un moyen, mais si c?est le plus fort symboliquement, c?est aussi le plus faible pédagogiquement. Il faut effectivement enseigner l?histoire dans toutes ses vérités, mais pas seulement l?histoire, la géographie et la philosophie.?

Dans un autre registre, en 2002, elle est la candidate du Parti radical de gauche à l?élection présidentielle. Christiane Taubira obtient 2,32 % des voix. Née le 2 février 1952 à Cayenne en Guyane, elle est diplômée d?économie et d?agro-alimentaire à Paris. Elle a été professeur de sciences économiques en 1978, co-fondatrice et directrice générale de la Confédération caraïbe de la coopération agricole de 1982 à 1985. Membre de Coopération et commerce entre la Caraïbe, les trois Amériques et l?Asie du Sud-Est, depuis 1990.

Réalisés par Aline GROËME, Thierry CHATEAU & Tania HUËT

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