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Faut-il une police des polices ?

28 janvier 2006, 20:00

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Oui

Jean-Claude Bibi Avocat et président de Justice

Que reprochez-vous à la police ?

Utiliser des moyens violents qui relèvent de la torture physique est une vieille « tradition » au sein de la police. Il faut aussi y ajouter les insultes vociférées pour humilier les suspects et les détenus. Il n?y a pas une recrudescence générale des violences policières. Mais depuis quelque temps, il y a eu un nombre croissant de suspects agressés par des éléments de la MCIT. Surtout depuis le retour de Raddhoa. Je prévois une nette régression après le meurtre de Ramlogun. Les causes de la violence policière sont multiples. Beaucoup de policiers ne réalisent pas l?importance du respect des droits constitutionnels des citoyens et de la dignité de la personne humaine. Puis, les gouvernements successifs ont pratiqué une politique d?impunité pour ces violations continuelles de nos lois par des policiers.

Quel type de force policière souhaitez-vous avoir dans le pays ? </B> Une police qui se respecte et qui respecte les lois, surtout les droits fondamentaux des Mauriciens. Elle aura ainsi une plus grande collaboration du public et sera plus efficace. Naturellement, il lui faut aussi des équipements adéquats et modernes, la formation scientifique, les ressources, de meilleures conditions de travail et des salaires qui tiennent compte des difficultés de cette profession.

Pourquoi êtes-vous pour une police des polices ?

Il est urgent que soit créé un organisme permanent pour superviser le fonctionnement de la force policière et sévir contre les policiers qui violent la loi. La police ne peut pas enquêter sur la police. Cet organisme doit être plutôt défini comme un directoire d?investigation indépendant.

Quel devrait être le champ d?action d?une telle unité ?

Vérifier les plaintes des citoyens, recueillir des informations, surtout celles publiées dans la presse, qui concernent le comportement abusif des policiers. Enquêter et soumettre des recommandations au parquet. Militant au sein de Justice, je dois souligner que la presse contribue beaucoup dans ce combat contre la violence policière.

Non

José Iyanasee

Ancien secrétaire de la Fédération de la police

<B>La police fait la une de l?actualité, surtout pour des cas de brutalité policière. Comment en est-elle arrivée là ?

Ce n?est pas justifié que la police soit sur la sellette. Il y a eu un problème et il est logique qu?il y ait enquête. Mais je trouve assez surprenant qu?en dépit de tout le travail abattu par la police, on occulte toutes ses actions bénéfiques pour le pays à cause d?un événement malheureux. Les yeux sont braqués sur elle et on semble oublier que deux femmes ont été assassinées à Lallmatie. On parle beaucoup de brutalités policières, mais il faut savoir qu?un policier, même sans uniforme, reste un policier. Il doit toujours assurer la protection du public.

Est-ce acceptable dans une démocratie que les policiers agresseurs ne soient pas inquiétés ?

Je ne suis pas d?accord avec cela. Chaque année la Commission des droits de l?homme dépose son rapport et fait état des cas suspectés de brutalité policière. Si ce rapport était publié dans la presse, on aurait vu combien de cas ont été référés en cour et les sanctions prises par la DFSC. Certains policiers ont été suspendus et pour d?autres, des coupures ont été faites sur leur salaire.

Mais au vu de la situation, ne pensez-vous pas qu?il faille une police des polices pour mettre de l?ordre et pour mener des enquêtes indépendantes ?

La police est régie par le Police Act de 1974. Je ne vois pas comment cette unité pourra faire mieux que la force policière. D?autre part, n?oubliez pas qu?il existe un Police Complaints Bureau. La police des polices aura à recruter dans la force policière avec les gens qui ont la même formation. Et quid des compétences, de l?impartialité et de la crédibilité de cette unité ? Il faudra inévitablement des policiers qui ont du métier. Je ne vois pas la nécessité d?avoir une police des polices car la force policière a les structures aussi bien pour mener les enquêtes que pour l?application des sanctions contre ceux qui ne respectent pas le Police Act.

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