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Faut-il un conseil de la presse ?

29 mai 2004, 20:00

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<B>Finlay Salesse</B> <I>Président du Media Trust Board</I>

<B>Qu?est-ce qu?un conseil de la presse ? </B>

Ce n?est pas un tribunal, encore moins un instrument de censure et de contrôle par l?État. Il a pour but de recevoir les plaintes de ceux qui se sentent lésés pour une réparation immédiate.

<B>Comment fonctionnerait-il ? </B>

Par son autorité morale, il a le pouvoir de demander à un organe de presse des excuses pour réparer le tort fait à quelqu?un. S?il faut une comparaison, le Complaints Committee de l?Independent Broadcasting Authority (IBA) est pour les médias électroniques ce qu?un conseil de la presse pourrait être à la presse mauricienne.

<B>Qui le financerait ? </B>

Il n?est pas exclu que l?ensemble de la presse puisse le faire. Éventuellement le Media Trust selon ses moyens, ou même l?État. Dans ce cas, il serait intéressant que l?ensemble de la presse choisisse les membres du conseil pour éviter toute influence du pouvoir sur le conseil.

<B>En 1998-1999, Kenneth Morgan, consultant de la Thomson Foundation, a préconisé la création d?un conseil de la presse. Pourquoi n?a-t-on pas pu jusqu?ici l?instituer ? </B>

C?est par manque de consensus. Compte tenu des menaces proférées contre la presse à l?époque, le Media Trust avait fait venir Ken Morgan pour nous guider dans ce sens. Mais les débats, faussés au départ, ont avorté et le rapport dort aujourd?hui au siège du Media Trust.

<B>Un conseil de la presse n?est-il pas un moyen de la museler ? </B>

Tout dépend de la définition que l?on en donne. Si les professionnels de la presse savent de quoi il en retourne, les profanes peuvent percevoir un conseil de la presse comme un instrument de censure. Or, tel n?est pas le cas.

<B>Comment un conseil de la presse va-t-il responsabiliser davantage les journalistes ? </B>

L?IBA le fait déjà pour les médias électroniques. Un conseil de la presse procéderait de la même manière en devenant un chien de garde, en intervenant sans même attendre les plaintes des « victimes ». Ce qui serait un moyen sûr de responsabiliser.

<B>Doit-on avoir peur des « pouvoirs » de la presse ?</B>

J?ai le sentiment qu?on prête à la presse plus de pouvoir qu?elle en exerce. Avez-vous vu comment on traite la presse souvent ?

<B>Roukaya Kasenally</B> <I>Lecturer en communicationà l?université de Maurice</I>

<B>Maurice a-t-elle besoin d?un conseil de la presse ? </B>

J?estime que le concept de liberté de la presse doit être contrebalancé par celle de la responsabilité de la presse. Un conseil de la presse bien constitué va permettre l?introduction de concepts tels que l?équité, l?exactitude et l?indépendance, qui sont les pierres angulaires de bonnes pratiques journalistiques.

<B>Quels sont les manquements de la presse locale ? </B>

Ces dernières années, nous avons noté l?apparition du sensationnalisme dans nos journaux. Certains pensent que ce sont les lecteurs qui le demandent. Je pense que les journaux doivent autant distraire qu?éduquer. Mais on ne devrait pas se laisser influencer aussi facilement par le marché.

<B>Si la presse est le chien de garde de la démocratie, qui devrait la contrôler à son tour ? </B>

L?idée de « contrôle » est de moins en moins acceptée dans le monde de la presse. Je préfère l?idée que les médias et la démocratie sont complémentaires. Une presse vivante et responsable sera d?un support certain à la consolidation de la démocratie. Celle-ci n?est pas une fin en soi. Mais une presse vigilante en termes de responsabilité et de transparence, rehausse la qualité de cette démocratie.

<B>Dans l?état actuel des choses, quels recours ont ceux qui se sentent lésés par la presse ? </B>

Pour l?heure, ces recours sont essentiellement légaux. Mais ils sont coûteux et prennent du temps, qu?ils prennent la forme d?un droit de réponse ou d?un procès en diffamation ou pour sédition.

<B>Pourquoi la presse fait-elle autant peur ? </B>

La presse a un impact sur la société. Elle « fait » et « défait » les personnes. Elle déterre les abus et les scandales. Nous pensons à Enron, au WorldCom. À Maurice, nous avons le scandale d?Air Mauritius et le détournement MCB-NPF.

<B>Pourquoi les journalistes mauriciens n?ont-ils pas jusqu?ici un code de conduite ou un code d?éthique ?</B>

Il y a eu beaucoup de discussions, mais peu de suivi. Il est grand temps de trouver ce consensus si nécessaire. Il s?agit en fait pour les journalistes d?anoblir leur profession et non de l?avilir.

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