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Faire corps avec son corps
On dit des artistes, qu?ils vivent dans un monde à part. Difficile de n?y voir qu?une idée reçue. Davantage encore, lorsqu?on vient de saisir des artistes sur le vif, en flagrant délit de recherche artistique. Pendant quatre jours, Philippe Pelen-Baldini et Thierry Moucazambo, ont animé un stage de formation sur le thème «Le corps en jeu, sur le thème du souffle.»
Cela revient de loin et coule pourtant de source. C?est difficile à décortiquer, à cerner, pour des non-initiés, c?est pourtant présenté d?une manière inédite, lors de chaque show, de chaque représentation. Le corps. Le corps des acteurs, des chanteurs, des danseurs.
La belle affaire ! Mais ce corps, cette matière première qui permet par sa seule présence physique, de faire naître un personnage, des émotions, une vérité, a besoin d?être modelé.
Implanté à la Réunion, au c?ur de l?océan Indien et de tous ses métissages, le Théâtre Talipot, se propose de servir «une forme d?expression authentique et contemporaine».
Cette expression qui passe nécessairement et indiscutablement par le corps, a besoin de s?autodiscipliner, pour prendre la pleine mesure de ses aptitudes. Et parce que l?artiste est le lien qu?il tisse, que son souffle guide chacun de ses mouvements, de la première inspiration à la dernière expiation, l?artiste a besoin de maîtriser chaque souffle pour apporter le mouvement et faire ressortir l?émotion.
Mais hélas, tout comprime l?artiste. Le corps qui l?enferme, le mal être qui le paralyse, le regard des autres qui le jugent. Comment alors danser ses frustrations ou chanter son manque ?
En décolonisant son corps, crient d?une même voix Philippe Pelen-Baldini et Thierry Moucazambo. Il faut ainsi apprendre à se découvrir. Aller au-delà des frontières, transgresser ses propres limites, pour que le corps, traversé par le souffle, devienne mouvement.
Pour réveiller le talent et susciter l?émotion, il faut alors être attentif à ce qui se passe autour de soi, savoir jusqu?où l?on peut aller dans l?espace de l?autre, dans cette enveloppe énergétique, afin d?épouser l?espace et les mouvements.
Et alors que se contracte le diaphragme, le souffle devient son, le son devient rythme, le rythme devient chant et le chant devient harmonie et mélodie. Il faut pour cela rester sincère, oublier que le public est là, pour se laisser pénétrer par le mouvement.
Et d?un coup, l?artiste devient autre. Au chant de gorge de Yannick Nanette, viennent se greffer les aigus de l?autre Yannick. A chaque étape, tombent les masques.
L?émotion s?installe, plus forte que jamais. Nos artistes ont alors l?humilité de se mettre à nu, dans cet élan de liberté qui les submerge. Ils deviennent alors des artistes qui résonnent, des artistes vrais.
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