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Fabrice, Niven éléments catalyseurs

21 septembre 2004, 20:00

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Alors que Pravind Jugnauth, ministre des Finances, entame sa campagne de lobbying sur le dossier sucre, deux petits Mauriciens, illustres inconnus de la nation, s’en vont en Italie avec une mission spécifique.

Fabrice Bauluck et Niven Ramasubbu, 16 et 17 ans respectivement, sont rentrés au pays hier matin avec le sentiment du devoir accompli. Les deux adeptes du kick-boxing sont devenus numéro un et numéro trois mondiaux des juniors dans la catégorie des 51 kilos. Une performance qui se doit d’être saluée et récompensée, car ces deux garçons-là ont contribué à projeter une bonne image de ce minuscule caillou de l’océan Indien, si impuissant sur l’échiquier politico-économique mondial.

Rs 75 000 pour Fabrice et Rs 25 000 pour Niven sont, certes, des sommes ridicules en comparaison de ce qu’ont reçu Buckland, Chimier et Milazar (un demi-million pour les deux premiers et Rs 250 000 pour le troisième) au lendemain d’Athènes. Mais Ravi Yerrigadoo, ministre des Sports, a donné la garantie, hier dans le VIP Lounge de l’aéroport SSR, que la carrière de ces deux héros sera prise en main par le Trust Fund For Excellence In Sports. Pour tout dire, ce Trust Fund, placé sous la présidence de Michael Glover, tombe à pic pour ces deux-là. En d’autres temps, ils auraient peut-être obtenu un “cash prize” avant de sombrer dans l’oubli ou l’indifférence des autorités.

Le plus important aujourd’hui c’est que la réussite de ces deux ambassadeurs du sport mauricien aura permis de mettre à nu un mal évident : le manque de moyens. En effet, le budget de la Fédération mauricienne de kick-boxing (Rs 170 000) a été absorbé en grande partie par le déplacement de ces deux boxeurs pour les mondiaux (plus de Rs 100 000). Il reste donc autour de Rs 60 000 à cette fédération pour terminer l’année financière en juin 2005. Soit environ Rs 6 000 par mois. Ridicule.

Judex Jeannot, entraîneur des deux boxeurs, a eu raison de faire ressortir hier que “la santé d’un pays se reflète aussi par ses performances sportives”.

“Il n’y a pas de petites ou de grandes fédérations”, a rétorqué le ministre Yerrigadoo. Ah bon ? En tout cas, ce sont les disciplines dites petites qui ont donné des champions du monde à l’île Maurice (le karaté, la boxe française et maintenant le kick-boxing). Ce ne sont pourtant pas les mieux lotis lorsqu’arrive l’heure du partage financier par le ministère.

Si Yerrigadoo croit dans ce qu’il dit, il faut qu’il aille de l’avant pour dire à ses collègues au Conseil des ministres que le budget de sport de ce pays est une farce. Qu’il faut que le ministère des Sports ne soit plus considéré comme un “junior ministry”. Et plus important encore, il faut cesser de faire cette ridicule comparaison entre discipline olympique et non-olympique. Il faudrait aussi, soit dit en passant, que ces fédérations osent. Qu’elles présentent des projets ambitieux et qui méritent d’être financés par l’État. Et non pas des idées qui noircissent à peine une page A4.

Tout sport doit être considéré sur un pied d’égalité. L’effort et les sacrifices faits pour une discipline non-olympique ne sont pas moins que ceux d’une discipline olympique. Prenez le kick-boxing et la boxe par exemple. Aucune différence.

Si Fabrice et Niven parviennent, de par leur performance, à faire prendre conscience et bouger les choses dans ce sens, ce sera un grand pas de fait. Ils auraient, malgré eux, accompli une autre mission.

Force est de constater que le visage sportif de ce pays change depuis quelques années. Le foot n’est effectivement plus ce qu’il était, sauf le temps d’une édition des JIOI, et ce sont d’autres disciplines, classées petites, qui nous donnent les plus belles fleurs. Faudrait peut-être penser à voir le sport avec un autre oeil face à cette nouvelle hiérarchie qui s’installe.

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