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Fête nationale : Rs 375 par village et 80 sous par enfant
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Fête nationale : Rs 375 par village et 80 sous par enfant
Titiller les fibres patriotiques des Mauriciennes et des Mauriciens, c?est bien. Faut-il encore que ne fasse pas défaut le nerf de la guerre, autrement dit l?argent. En mars 1981, le gouvernement travailliste le comprend fort bien. Avec sa générosité coutumière, notre grand argentier, autant par la taille que par la taille, Nadess Ringadoo, décide d?allouer la coquette somme de Rs 375 par village et de 80 sous par adolescent afin que villageois et collégiens puissent célébrer notre fête nationale dans une allégresse débordante et contagieuse.
Annonçant cet évangile selon Sir Veerasamy, la presse regrette que l?égalité financière de l?offre constitue cependant une inégalité de moyens. Elle suffit peut-être pour nos plus petits villages (moins de 500 habitants) mais pourrait se révéler quelque peu insuffisante pour les plus grosses agglomérations, dont Triolet, le village fétiche de Chacha Ramgoolam. Les Rs 375, généreusement offertes par Nadess, représentent, en effet, trois sous dévalués par tête de pipe pour toute agglomération de 12 500 habitants. La presse suggère donc, au ministère des Finances, un barème gradué selon l?importance démographique de chaque patelin. Elle ne va pas jusqu?à proposer cinq sous par tête de pipe car elle ne sait que trop le peu de cas que l?Hôtel du gouvernement réserve aux suggestions journalistiques mêmes les plus fondées. Où irait-on s?il fallait que notre classe politique tienne compte de l?avis des journalistes, ces konne-tout ne représentant qu?eux-mêmes ?
Il se chuchote que des villageois, jamais satisfaits de leur sort ni de tout ce que le gouvernement central fait pour eux et met à leur disposition, comptent réclamer une augmentation du budget pour le 12 mars alloué en haut lieu pour la célébration de la fête nationale au ras des pâquerettes. Enfants gâtés et mal élevés, va !
Connaissant l?option préférentielle de Sir Veerasamy Ringadoo pour les plus petits que soi, il ne faut pas s?étonner que nos collégiens reçoivent par tête de pipe 27 fois plus que les villageois des plus grandes agglomérations dépassant les 12 500 habitants. Bien fait pour les grand dimoune !
La manne de 80 sous par collégien est, bien sûr, distribuée par la Private Secondary Secondary Schools Authority (PSSA). Les 80 sous per capita devraient suffire, en 1981, à l?achat d?une chopine de boisson gazeuse et d?un gâteau ?français?, le plus bourratif possible. La PSSA fait savoir aux collèges qu?ils doivent lui fournir les reçus des pâtissiers fournisseurs de gâteaux et d?embouteilleurs de boissons gazeuses. Sinalco accepte de vendre aux collèges la chopine de limonade gazeuse et sirupeuse à 40 sous l?unité. Les collèges privés doivent retourner à la PSSA toute somme d?argent non économisée, notamment en achetant la chopine à 40 sous au lieu du prix de vente au public. Il n?y a pas à dire, la confiance règne. Aucun doute possible, dans l?esprit des dirigeants de la PSSA, concernant l?intégrité absolue de nos pédagogues et autres responsables de collèges privés.
La Port Louis High School, du politicien-pédagogue Heeralall Bhugaloo, prédécesseur éphémère de Jagatsingh au ministère de l?Education, se signale à l?attention de tous en obtenant de ses élèves et de leurs enseignants qu?ils fassent le sacrifice du gâteau bourratif cum limonade, offerts par le gouvernement, pour mettre la somme ainsi économisée à des handicapés. La PLHS organise aussi des quiz et des débats, à travers le pays, sur le thème des 13 ans d?Indépendance. Des prières sont dites dans les différentes langues utilisées par les Mauriciens. Des quêtes sont organisées, toujours en faveur des handicapés. Chaque mois, élèves et enseignants contribuent respectivement Re 1 et Rs 5 à un fonds destinés aux handicapés.
Le budget alloué à la célébration de la fête nationale est pourtant de Rs 1,5 million. Cette somme finance surtout le lever du drapeau au Champ-de-Mars, un cocktail à l?Hôtel du gouvernement et un garden party au château du Réduit.
Le 11 mars 1981, Advance publie son interview annuelle. Celui de son directeur et principal actionnaire, Sir Seewoosagur Ramgoolam. Il en profite pour tirer à boulets rouges sur l?incompréhension des Mauriciens, l?opposition et certains journaux non gouvernementaux. ?Ils sont les principaux obstacles rencontrés au cours de 13 ans d?indépendance.? Il qualifie l?alliance MMM-PSM (Bérenger ? Boodhoo) de fausse union et de mariage contre-nature. ?C?est une recette pour le désastre économique?. Cinéphile averti, Paul Bérenger commente que notre Chacha national est ?à bout de souffle?. Ramgoolam promet des élections municipales en 1981. Elles auront lieu en octobre 1982. ?Je conduirai le Parti travailliste aux prochains élections générales?. Il tiendra parole.
Pour Ramgoolam, le sort des Mauriciens s?est globalement amélioré. Ils vivent mieux qu?en 1961. Il ne croit pas qu?il y ait dans l?île Maurice de 1981 un seul enfant qui aille à l?école pieds nus. Cela est incontestable. Nous devons lui en savoir gré.
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