Publicité

Euthanasie

13 avril 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Par Stéphane SAMINADEN</B>

L?impact de la réduction des droits de douane sur l?industrie locale non zone franche continue à susciter débat. L?Association of Mauritian Manufacturers (AMM) dit craindre pour l?emploi.

Son principal grief est que le gouvernement a avancé de trois ans la libéralisation prévue pour 2008 sous le protocole commercial de la Southern African Development Community (SADC). A en croire l?AMM donc, dans trois ans, l?industrie locale aurait été prête à affronter la concurrence sud-africaine.

Mais l?argumentation de l?AMM comprend aussi des contradictions. L?association soutient que l?industrie locale ne peut lutter contre la concurrence à cause de son marché intérieur restreint et que des protections sont nécessaires.

Par contre, un pays comme l?Afrique du Sud membre de l?union douanière de l?Afrique australe (SACU) dispose d?un marché de plusieurs dizaines de millions d?individus. Les producteurs de ces pays peuvent donc réaliser des économies d?échelle qu?on ne pourra jamais atteindre à Maurice.

Si nous adhérons à la logique implacable des économies d?échelles, l?industrie locale est donc condamnée d?avance. Le gouvernement n?a fait que pratiquer l?euthanasie.

Depuis son premier budget jusqu?au dernier, le présent gouvernement n?a pas cessé d?envoyer le message que le modèle économique du passé est dépassé. D?où son acharnement à lancer de nouveaux secteurs d?activités. Le budget 2005-2006 s?inscrit dans cette même logique.

La disparition à terme des préférences commerciales signifie la mort inéluctable d?un grand pan de nos industries d?exportation, sucre et textile compris. L?industrie locale est logée à la même enseigne avec l?ouverture programmée des marchés.

Le gouvernement donne l?impression de ne plus vouloir gaspiller des ressources pour sauver les secteurs menacés. Il semble être devenu adepte du concept Darwinien du ?survival of the fittest? car il juge être arrivé à la limite de ce qu?il peut donner pour venir en aide à ces secteurs.

La baisse des tarifs ne devrait pas entraîner dans la plupart des cas une baisse importante. Il a été calculé qu?une baisse de 40 % des droits de douane peut occasionner une baisse de 22 % au niveau du prix. C?est une exception. Sinon, on comprendrait mal qu?une entreprise locale ne puisse absorber une baisse de 5 à10 %. Si ses marges sont trop faibles pour le lui permettre, c?est à se demander comment et pourquoi elle est toujours en opération ?

Pourtant, pour démontrer la nécessité des protections douanières, l?AMM cite en exemple la firme Beau Bébé qui à un moment été menacée de disparaître à cause de la concurrence de la multinationale Procter & Gamble implantée en Egypte. Le gouvernement a dû intervenir pour réintroduire des droits de douane sur les couches pour bébé et l?entreprise a été sauvée.

On peut prendre le même exemple pour faire la démonstration que l?avenir des entreprises locales est dans la région. Beau Bébé prévoit une expansion conséquente de sa production car elle a pu percer sur le marché sud-africain précisément.

La région représente pour les entreprises locales un élargissement du marché qui devrait leur permettre de s?agrandir pour bénéficier des fameuses économies d?échelle.

Cela fait des années que les autorités gouvernementales tout comme le secteur privé prêche l?expansion régionale. C?est resté lettre morte. Le ?midterm review? du protocole commercial de la SADC a démontré que les exportations du pays vers la SADC ont régressé.

La seule manière de contourner l?épineux problème des économies d?échelle est de s?ouvrir vers des marchés internationaux. La zone franche a été une réussite pendant 30 ans justement parce que la production des entreprises de ce secteur était destinée aux vastes marchés européen et américain.

Si elle veut survivre, l?industrie locale doit commencer à faire ses gammes sur le marché régional au lieu de s?abriter obstinément derrière des protections tarifaires qui étaient de toute façon programmées pour être éliminées. Il n?y a pas de si, il n?y a pas de mais. Il faut réussir. C?est au pied du mur qu?on connaît le maçon.

Publicité