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Essence et électricité : la surchauffe
par Raj JUGERNAUTH
Une majoration du tarif d?électricité est dans l?air. En effet, avec un déficit accumulé de Rs 252 millions de janvier à juin de cette année en raison de la hausse du prix du pétrole. Mais aussi en raison du taux de change, le dollar et l?euro ne cessant de s?apprécier par rapport à la roupie.
Résultat : le Central Electricity Board (CEB) est dans le rouge. Une hausse des tarifs est devenue inévitable, même si on refuse de parler de cette question en ce moment au CEB.
Par ailleurs, les automobilistes devront s?attendre à d?autres hausses du prix de l?essence et du diesel avec la tendance à la hausse qui se maintient sur le marché mondial. Le gaz ménager suit aussi la même tendance.
La situation commence à inquiéter. Secteur privé et gouvernement se tournent vers des projets de génération d?énergie de substitution. De vieux dossiers sont dépoussiérés.
Éthanol, mais aussi biodiesel (voir hors texte sur l?arrivée d?une cagaison de biodiesel indien), énergie éolienne, biogaz, génération d?électricité à partir des ordures ménagères. Des projets les plus fous sont en ce moment ébauchés, le plus souvent avec l?aide ou la participation des firmes indiennes. De fait, la production d?électricité à partir du vent est à un stade d?études avancé au CEB qui bénéficie dans ce domaine de l?expertise du groupe indien Suzon.
Aucun projet hydroélectrique envisagé
Il est probable qu?un parc d?éoliennes, avec des turbines capables de résister aux vents cycloniques, soit créé sous peu à Bigara.
En fait, trois turbines tournent déjà à Trèfles, Rodrigues, dans le cadre d?un projet pilote.
«On produit très peu d?électricité avec ces turbines, mais le projet est un succès et je suis intéressé à voir la mise sur pied de plusieurs parcs éoliens à Maurice», affirme Patrick Assirvaden.
En sus de l?énergie éolienne, l?autre projet soumis jusqu?ici par des promoteurs au CEB concerne la production de l?électricité à partir de l?incinération des ordures ménagères. Ce projet est à un stade d?ébauche et pourrait donner lieu à des oppositions en raison de la dangereuse pollution à la dioxine que l?incinération de ces déchets occasionne. L?Europe se tourne de plus en plus vers la production du biogaz à partir des ordures ménagères. Ce gaz est ensuite utilisé pour actionner des turbines électriques.
Aucun projet hydroélectrique n?est cependant envisagé.
«La production d?hydroélectricité à Maurice ne peut être développée davantage», explique le chairman du CEB, Patick Assirvaden. Raison : tous les points d?eau, notamment les cascades et terrains grandement dénivelés sont exploités.
D?autres points avec un potentiel hydroélectrique peuvent être développés, mais l?investissement à consentir est trop énorme par rapport à la capacité de production de telles unités, affirme le chairman du CEB.
La réussite économique d?un pays se mesure à sa capacité à assurer sa sécurité énergétique notamment, a toujours expliqué le directeur du Mauritius Research Council.
La sécurité énergétique de Maurice commence tout juste à se mettre en place. Le chemin risque d?être long et ardu.
Du diesel végétal dans les moteurs
Une première cargaison de biodiesel indien est arrivée à Port-Louis et sera mélangée à du diesel traditionnel dans le cadre d?une série de tests que mènera l?université de Maurice.
Le ministre du Commerce, Rajesh Jeetah, explique que ce biodiesel provient de la firme indienne Royal Energy qui a présenté au gouvernement un projet de production de biodiesel à partir de l?huile de palme. Elle produit et commercialise déjà du biodiesel en Inde. L?université veut étudier le comportement des véhicules et leurs performances avec un mélange à 10 % de ce biodiesel. «La production de biodiesel à Maurice se fera d?ici un an, par cette firme indienne, mais aussi par un consortium mauricien», a expliqué, hier, le ministre Rajesh Jeetah.
Le biodiesel sera produit à partir de l?huile de palme et du pignon d?Inde. Un deuxième projet de production de biodiesel a été approuvé par le
Cabinet. Biofuels (Mauritius) Limited, détenu par l?homme d?affaires Harry Sookun, à travers sa compagnie First Global, en est le promoteur.
Prix de l?électricité indexé
Dans le contexte de la production d?électricité, Maurice est en bonne voie. Elle produit près de la moitié de ses besoins en électricité avec un carburant autre que l?huile lourde. «Environ 26 % de notre électricité est produite avec du charbon, 15 % avec de la bagasse, et un peu plus de 5 % dans nos centrales hydroélectriques», affirme Patrick Assirvaden, chairman du CEB. Mais même si la bagasse et le charbon importé de l?Afrique du Sud coûtent moins cher que l?huile lourde, les consommateurs ne gagneront rien.
En effet, le prix de l?électricité produite dans les centrales de l?industrie sucrière à partir de la bagasse et du charbon est indexé à celui que produit le CEB avec de l?huile lourde. «Ce sont des contrats du passé et maintenant vous avez une idée de la raison pour laquelle j?ai toujours combattu l?indexation», dit Assirvaden.
Éthanol : entre l?option E10 et E20
Après trente ans d?hésitation, Maurice pourait éventuellement se mettre à l?utilisation d?éthanol produit localement. Des tests ont débuté cette semaine avec un mélange à 10 % d?ethanol produit par Alcodis et d?essence du groupe Total. Ces tests dureront trois mois.
Mais Maurice est loin du compte, car des pays tels que l?Australie et la Thaïlande utilisent déjà le E20 (un taux de 20 % d?éthanol dans l?essence),alors que le Brésil utilise couramment le E85, dans des moteurs spécialement conçus. Selon les experts, aucune modification de moteur n?est nécessaire avec le E10 et le E20.
L?utilisation du E10 à Maurice permettra au pays de réaliser des économies de Rs 145.28 millions en une année si on se base sur les chiffres de 2005.
En effet, l?année dernière, la valeur CIF (Coût, assurance et fret) des importations des 86 800 tonnes d?essence se chiffrait à Rs 1,4 milliard. Cette année, la facture devrait être plus élevée en raison de la hausse continue du prix du baril de pétrole (autour de 75 dollars cette semaine).
Alcodis peut produire tout l?éthanol dont le pays aura besoin.
Selon le directeur d?Alcodis, Roland Maurel Jr., «au cas où le gouvernement déciderait de lancer le projet d?un biocarburant composé de 10 % d?éthanol à l?échelle nationale, l?usine Alcodis pourra non seulement fournir tout l?éthanol dont les automobilistes mauriciens auront besoin mais sera aussi en mesure d?exporter environ 20 millions de litres d?éthanol vers l?Europe».
De fait, Alcodis a été conçue pour traiter la totalité de la mélasse produite à l?Ile Maurice. Sa capacité de production annuelle s?élève à 30 millions de litres d?éthanol.
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