Publicité
Ecofrictions : la tradition, alliée du progrès ?
Par
Partager cet article
Ecofrictions : la tradition, alliée du progrès ?
Faut-il en finir avec les traditions de solidarité et les institutions informelles qui nuisent parfois au développement des pays pauvres ? Oui, disent les ?modernistes? qui en attendent la fin de l?asservissement individuel et de la corruption. Non, disent les ?romantiques? qui craignent la disparition de pratiques séculaires, vitales pour ces sociétés fragiles.
Pour trancher ce dilemme, le Centre de développement de l?Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a réuni, mi-décembre à Paris, un séminaire d?experts en développement, d?universitaires et de ministres venus d?Afrique du Sud, du Chili, de Côte d?Ivoire, d?Egypte, de Bulgarie ou de Tanzanie, autour d?Angel Gurria, secrétaire général de l?OCDE.
Leur conclusion a été que, dans ce domaine-là aussi, ?le mieux est l?ennemi du bien?, car il y a du ?bien, du mal et de l?horrible? dans ces règles du jeu choquantes pour un esprit occidental.
Le ?bien?, c?est la solidarité qui se manifeste en Côte d?Ivoire à travers des ?mutuelles? non officielles permettant aux plus déshérités d?accéder à une protection sociale et à des services publics dans un pays en guerre civile larvée. C?est encore les mini-bus taxis qui assurent, au moindre prix et de façon sauvage, 65 % du transport des habitants des townships d?Afrique du Sud.
Le ?mal? réside dans le dévoiement de la solidarité. Obligé de partager ses maigres richesses avec une immense famille, l?agriculteur béninois est découragé d?améliorer sa production. L?obligation faite à la parentèle de payer une lourde quote-part à l?occasion d?un mariage au Sénégal ? le montant des dons et le nom des donateurs est lu en public ? détourne les ?tontines? laborieusement constituées. Quand on sait qu?un Africain participe en moyenne, chaque mois, à deux cérémonies de funérailles ou de mariage ainsi financées, on mesure la stérilisation de l?épargne et du crédit dont pâtissent ces sociétés.
?L?horrible?, lui, ne peut être toléré, estiment Johannes Jütting et Denis Dreschsler, experts du Centre de développement de l?OCDE. Il s?agit de toutes les discriminations selon le sexe ou l?origine ethnique, religieuse et sociale. De l?interdiction faite aux femmes d?hériter à l?exploitation du travail des tout-petits, ces violations des droits de l?homme provoquent de graves dégâts économiques.
Reste que toutes les traditions ont un fondement et que les institutions informelles sont souvent plus efficaces que les mastodontes labellisés.
C?est dire qu?avant de les réformer, les experts seraient bien inspirés de s?assurer qu?elles ne sont pas mieux adaptées au développement que les canons de la démocratie et du libéralisme.
Publicité
Publicité
Les plus récents