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Déficit de confiance
Ce n?est pas un fait inédit. Ailleurs, dans d?autres circonstances, certains chefs de gouvernement ont aussi affirmé ne pas avoir confiance en leurs ministres. Il ne s?agit pas donc de faire un quelconque procès à Navin Ramgoolam lorsqu?il déclarait samedi dernier à l?Arya Samaj : «J?ai dit à mes ministres que mo pa trust personn dan zot. C?est ma nature.» Une telle affirmation mérite qu?on s?y arrête car elle intervient à un moment où la confiance s?érode de tous côtés.
Il n?est pas question de ce qui relève de la «nature» de Navin Ramgoolam. Mais davantage d?un contexte où un chef de gouvernement est acculé au point de développer une stratégie à double tranchant. Depuis quelque temps, en effet, le PM ne cesse de multiplier les déclarations et des prises de position fracassantes. N?hésitant même pas à franchir les limites du permissible. En révélant son absence de confiance en ses ministres, il ne fait pas autre chose. Comment peut-il désormais attendre que la population ait confiance en des ministres d?un gouvernement dont le chef même affirme haut et fort que ces derniers ne lui inspirent pas confiance ? Il n?y a pas de manière plus directe pour décrédibiliser ses propres lieutenants. Si le PM en est arrivé là, c?est parce qu?il a mis en place une stratégie de reconquête du pouvoir qui fait table rase de toutes autres considérations, qu?elles soient économiques ou identitaires. Cette stratégie consiste à procéder à une identification totale avec ces électeurs qui sont plus à même de faire pencher la balance, le moment venu, en sa faveur. Pour cela, il a déjà mis de côté son costume de chef de gouvernement au profit de son accoutrement de chef de parti. Pourtant, on n?est même pas en période de campagne électorale. Encore moins sommes-nous devant un quelconque rendez-vous électoral anticipé. Si Navin Ramgoolam se signale par tant d?activisme, manifestant même de la précipitation dans ses paroles et ses actes, c?est qu?il cherche obstinément à démontrer qu?il est prêt à faire des sacrifices pour préserver sa complicité avec «le peuple». D?où toute la man?uvre à antagoniser les rapports avec les nantis, ceux-là mêmes qui sont susceptibles de déterminer l?issue d?une élection à travers leurs choix de financement. Après avoir promis la lune, il a livré une terre mauricienne où il est de plus en plus difficile à vivre. D?où cette obsession à spectaculariser sa croisade contre les possédants. D?où cette solitude dans laquelle il doit s?enfermer pour s?attirer la sympathie de la population. A l?évidence, le chef d?orchestre a lancé une nouvelle musique et son vibrato indique qu?il recherche désespérément un nouveau dialogue avec le peuple. Mais pour l?instant, il ne s?agit que de nouvelles variations sur le même thème que celui utilisé en 2005. A ce jeu, il ne peut y avoir de réussite qu?avec une infantilisation extrême des électeurs.
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