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Débats d?ébats

28 mai 2006, 00:00

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Le Parlement sera appelé à débattre de l?homosexualité, un thème jugé peu honorable hier. Facilitée par les méthodes novatrices de contraception, exemptée du mariage, filmée par des téléphones 3 G de nos collégiens, la sexualité s?émancipe et s?exhibe désormais sans complexe dans ses multiples variantes. Ainsi les pratiques sexuelles, réprouvées par la morale des générations précédentes, sont aujourd?hui ouvertement revendiquées.

Et maintenant que le sujet est lancé sur la place publique, que le Premier ministre, à la lueur d?une bougie, a fait ressortir que le sida sévit indépendamment de la sexualité d?un individu, et que le ministre de la Justice s?est engagé à faire reculer les préjugés sexuels, il convient de profiter de l?arc-en-ciel, planté par un salutaire collectif, pour chasser ces nuages qui assombrissent la vie de tant de Mauriciens, en raison uniquement de leur orientation sexuelle.

Un cas parmi d?autres inepties quotidiennes : il y a quelques semaines de cela, une caravane du ministère de la Santé était garée dans la capitale. Il y avait un besoin urgent de réalimenter la banque de sang, qui, comme on le sait, clignote régulièrement au rouge.

D., une quadragénaire, employée de bureau, se sent interpellée par cet appel au secours. Et elle répond à l?appel. L?officier de service lui donne le questionnaire à remplir. Ne souffrant d?aucune maladie et se considérant comme étant un donneur sain prêt au test préalable de dépistage, elle se livre, en toute confiance, au jeu des questions administratives.

Et comme elle est homosexuelle, elle coche la case Oui à la question : « avez-vous déjà eu des relations homosexuelles ? ». Mais cette répon-se l?a disqualifiée tout de go. Son sang a été refusé et elle est repartie de la caravane humiliée, rejetée par un cruel système mécanique?

Pourquoi ne doit-on pas faire don de son sang si on est homosexuel ? Pourquoi, alors que l?on marche contre l?homophobie, le questionnaire du « Blood Transfusion Service » du ministère de la Santé s?avère discriminatoire ? En quoi la sexualité d?une personne, non porteuse du virus du sida, importe-t-elle si elle désire donner de son sang pour sauver une vie ? Pourquoi cette sexualité suscite des violences contraires à la liberté de la personne ?

« À mesure que s?est affaibli le poids de la morale traditionnelle, à forte connotation religieuse, la liberté sexuelle s?est progressivement affirmée comme une dimension fondamentale de l?autonomie individuelle et une composante essentielle du droit au respect de la vie privée. La crise de la notion de « bonnes m?urs » a fait sortir du terrain pénal un certain nombre de comportements désormais socialement tolérés, tels les rapports homosexuels [?] le droit pénal ne sanctionne aujourd?hui que les actes non consentis, comme le viol et le harcèlement », font ressortir les chercheurs français Daniel Borillo et Danièle Lochak dans « La liberté sexuelle », leur ouvrage, véritable plaidoyer pour le respect total de l?être humain, publié l?an dernier.

Ailleurs que chez nous, les débats politiques ou juridiques portent essentiellement sur l?appréciation de ce qu?est la sexualité. Est-elle un aspect de la vie privée ou une question de morale publique ?

À Maurice, la route pour déboucher sur un environnement « gay friendly » est encore longue. Mentalement et administrativement. Mais le seul fait qu?on puisse en débattre sans baisser les yeux est un progrès majeur. Il est vrai que l?État est critiqué pour son côté souvent interventionniste sur bien des dossiers, mais il ne peut demeurer neutre sur celui-ci. Les ébats des uns et des autres relèvent certes du cercle privé mais ils ont besoin aujourd?hui, pour bien s?épanouir dans le paysage mauricien, de débats publics. La sexualité doit être élaborée par la morale et par le droit. Afin que l?amour remplace les violences et les préjugés !

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