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DWC : Un os à ronger pour l?opposition
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DWC : Un os à ronger pour l?opposition
Certes il n?y avait pas la grosse foule autour du mythique kiosque du Champ-de-Mars. Mais le spectacle offert par les politiciens de l?opposition, disséminés parmi les syndicalistes, valait quand même le déplacement. Un véritable meeting sous chapiteau, où les acteurs politiques essayaient (?) de ne pas « steal the show ». Mais ces voltigeurs et leurs man?uvres passent difficilement inaperçus, qu?ils le veuillent ou non?
À la tête de la manifestation se trouvait Harish Boodhoo, celui qu?on ne présente plus, qui traîne derrière lui une redoutable réputation de « agwa maker ». Hier il était à la base de la création de l?Alliance sociale pour faire tomber Paul Bérenger et Pravind Jugnauth. Aujourd?hui il marche aux côtés de ces mêmes Bérenger et Jugnauth pour faire partir Navin Ramgoolam. Mais la politique, c?est désormais derrière lui, nous assure-t-il. Il se serait transformé en défenseur de toutes les victimes de la société et connaît plus d?une tisane amaigrissante pour soulager les maux du petit peuple. Pour son épouse Sarita, Harish Boodhoo est comme un mahatma. Loin des micros et des crépitements de flash, il aura été le chef d?orchestre qui donne le dos au public, l?homme de l?ombre?
Avant que Harish Boodhoo ne donne le ho pour entamer la marche ? le long de la rue du Gouvernement ? quelques orateurs ont pris le porte-voix pour « passer un message aux camarades ». Sur les perrons menant au kiosque, entre les frères Benydin qui donnaient toute leur voix, Paul Bérenger, Pravind Jugnauth, Anil Gayan, Nando Bodha, Raj Dayal s?entrechoquaient. Mais bien sûr il ne faut pas y voir un quelconque rapprochement, car côte à côte ne signifie pas être ensemble. Et puis de toute façon, on n?y était pas pour voir la politique. Reeaz Chuttoo, avec tout son idéal syndical, a même crié cette phrase embarrassante pour plusieurs : « Pas vine ici pour agwa. »
Ces promiscuités politiciennes mettent toutefois à nu un code non verbal, un « body language » qui permet de saisir les déroutants zigzags qui mènent un jour ou un autre au pouvoir. Prenons Pravind Jugnauth par exemple. Voilà quelqu?un qui voulait à tout prix être le dernier orateur au meeting (qui n?a jamais eu lieu) du 1er mai 2006 de l?alliance MSM-MMM.
Cela devait être le message pour démontrer que c?est désormais lui, et non Paul Bérenger, qui conclut les interventions, et partant, contrôle l?alliance MSM-MMM. Mais ce désir de Pravind Jugnauth de dominer Paul Bérenger a été, entre autres man?uvres, à la base de la rupture du MSM-MMM. Donc il était intéressant de revoir évoluer, sur une même plate-forme, les deux leaders, d?autant qu?ils n?avaient pas de contrôle direct sur l?organisation, étant eux-mêmes des invités parmi de nombreux autres. Il aura échu à Pravind Jugnauth de s?adresser en premier à la foule, composée de pratiquement tout le comité central du MMM et de leurs quelques délégués qui ont essayé de déployer une banderole mauve pendant les discours. Le leader du MSM a exprimé la solidarité de son parti aux grévistes. Son leader à lui ayant déjà parlé, le leader de l?opposition, Nando Bodha, n?a, lui, pas eu droit au porte-voix. Trop d?orateurs, inversement proportionnels à la foule.
Où est Ashock ?
Par la suite, on a « donné » la parole à Anil Gayan. Qui remplaçait son leader, Ashock Jugnauth, en voyage à l?étranger, à Londres aussi, paraît-il. L?absence du pays du leader de l?Union nationale, contrairement à celle de Navin Ramgoolam, n?a pas été ponctuée de la moindre critique. C?est un peu normal, Ashock Jugnauth n?est pas Premier ministre, même si c?est son ambition personnelle, une ambition réveillée par Paul Bérenger, mais qui depuis semble avoir réalisé que l?ambition seule d?Ashock ne suffit guère. En tout cas, pour tout observateur, l?absence d?Ashock Jugnauth est regrettable. L?oncle et le neveu auraient-ils partagé le même kiosque, eux qui se sont promis de ne plus jamais partager la même table, soit-elle au Sun Trust ou à La Caverne ? Vers lequel Jugnauth Paul Bérenger aurait fait pencher son c?ur ? Sur quelle épaule aurait-il posé sa main ?
Sans Ashock Jugnauth, Anil Gayan, un ancien du MMM, puis du MSM, avant de se joindre à l?Union nationale, n?a eu aucune peine pour s?afficher entre Pravind Jugnauth et Paul Bérenger, qui, eux, s?évitaient beaucoup, sauf en de rares occasions de concertation plurielle ; scènes qui ont été littéralement mitraillées par les photographes.
Attendant patiemment son tour, l?ancien Premier ministre, pourtant parmi les derniers orateurs, a été le premier à donner des indications précises quant à l?orientation de la grève de la faim. Il a annoncé la « suspension » de cette grève? qui sera reprise, a-t-il menacé, par plusieurs autres personnes, dont lui-même, si ce dossier n?est pas débloqué par le High Powered Committee. Puis du Champ-de-Mars jusqu?aux locaux de la DWC, Paul Bérenger a manifesté, comme jadis, scandant des slogans hostiles au pouvoir, reprenant en ch?ur les refrains des syndicalistes, pour une gestion plus humaine du dossier de la DWC. Il a tellement crié qu?à la fin de la marche, il s?est rué à l?intérieur de la tente des grévistes pour trouver une bouteille d?eau. Pour rafraîchir ses cordes vocales, après tant d?efforts fournis sur l?asphalte après tant années d?exil? à l?hôtel du gouvernement.
Se présentant comme un spécialiste des grèves de la faim, l?ancien Premier ministre a prodigué maints conseils aux grévistes de la DWC. À quelques autres politiciens autour de lui, il a promis des « leçons particulières » vers la mi-janvier pour préparer la prochaine grève !
Si toute l?opposition, oubliant ses différends, s?est jetée sur la DWC, c?est qu?elle sait que c?est un os dur pour le gouvernement, susceptible d?enrayer la réforme économique. Et en le rongeant, chacun de son côté, ils ont de quoi apaiser leurs propres conflits. Un accord syndicats-gouvernement chamboulerait leur programme de rentrée. Une suspension, si tant qu?on puisse suspendre une grève de la faim, est à l?avantage des politiciens de l?opposition. S?accordant une trêve pour les fêtes, ils peuvent démarrer 2 007 avec une direction connue : reprendre le chemin sous la tente de la DWC. Quitte à s?étriper ensuite quand ils auront sucé toute la moelle politique de l?action syndicale.
Il est facile de se partager les miettes d?un pain béni, mais le partage du pouvoir, surtout quand on est assoiffé (après une marche) ou affamé (après une grève) est bien plus difficile. L?année prochaine le prouvera encore.
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