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Duel sanglant pour la présidence
Le président taïwanais, Chen Shui-bian, a été blessé par balle au ventre hier alors qu?il menait sa campagne électorale dans le sud de l?île à la veille de l?élection présidentielle. La vie de Shui-bian ne serait pas en danger a déclaré la présidence et le scrutin maintenu.
Selon Wang Sing-nan, un député de son parti, la balle aurait fait une blessure profonde, et Chen aurait été immédiatement hospitalisé dans la ville de Tainan. «La balle a touché la cheville de la vice-présidente Annette Lu avant de frapper Chen Shui-bian au ventre», a dit le député du Parti démocrate progressiste (DPP) qui se trouvait avec le président à l?hopital Chi Mei de Tainan. Il a ajouté que le président saignait abondamment.
Un porte-parole du DPP, Cheng Wen-tsan, avait déclaré auparavant que le président avait été «blessé par des pétards».
Cette attaque s?est produite au dernier jour de la campagne pour l?élection présidentielle de samedi. Chen, issu du mouvement indépendantiste, est donné au coude à coude avec son rival, le chef du Kuomintang (KMT), Lien Chan.
Selon des témoins, le président se trouvait à l?arrière d?une voiture décapotable lorsqu?il a été blessé dans les rues de Tainan, un de ses bastions. La chaine de télévision TVBS a précisé que la voiture s?était immédiatement dirigée vers l?hôpital.
BRAS DE FER CONSTANT AVEC PEKIN
Samedi doit avoir lieu la troisième élection présidentielle au suffrage direct de l?histoire de Taïwan. Chen Shui-bian brigue un second mandat de quatre ans en compagnie, comme en l?an 2000, de sa vice-présidente Annette Lu, une ancienne dissidente qui a passé cinq ans et demi en prison sous la loi martiale, dans les années 1980.
Depuis son arrivée au pouvoir, en mars 2000, Chen Shui-bian a été ignoré par les autorités chinoises en raison de son refus d?adhérer au principe de «Chine unique» de Pékin, selon laquelle Taïwan fait partie intégrante de la Chine. Sa formation, le Parti démocrate progressiste, prône l?indépendance de l?île, mais Chen Shui-bian a adopté une ligne moins radicale depuis son investiture et a même proposé de rencontrer en cas de réélection le président chinois, Hu Jintao.
Il propose également l?ouverture de négociations avec Pékin sur le rétablissement des relations directes suspendues par le régime communiste en 1949. Mais il a fait campagne sur le thème de la séparation entre la Chine et Taïwan qui, a-t-il dit, constituent «un pays sur chacune des deux rives» du détroit de Formose.
Considéré comme l?un des responsables politiques les plus charismatiques et les plus populaires de Taïwan, Chen Shui-bian est desservi par la récession que traverse l?économie taïwanaise. Sur ce point, Chen promet un plan quinquennal de 15 milliards de dollars US portant sur la construction d?infrastructures. Ce plan, dit-il, est susceptible de créer 64 000 emplois par an et de doper la croissance du PIB de 1 % supplémentaire par an (la croissance a atteint 3,2 % en 2003, les prévisionnistes tablent sur 4,7 % cette année).
Qu?il soit ou non réélu, le président taïwanais a déjà assuré sa place dans l?Histoire pour de nombreux Taïwanais, en opérant la première alternance démocratique du monde chinois par sa victoire d?il y a quatre ans. Mais son sourire et son charisme masquent un côté froid et calculateur, et ses défis indépendantistes à la Chine ont provoqué l?inquiétude d?une partie de la communauté internationale.
NATIONALISME TAÏWANAIS
Né il y a 53 ans dans une famille de métayers du sud de Taïwan, cet avocat de formation a allié intelligence, séduction et volonté de fer pour se hisser au sommet de l?Etat malgré des origines modestes. Se présentant en vrai fils de l?île et du peuple, il joue de l?opposition avec son adversaire Lien Chan, héritier d?une grande fortune, né en Chine continentale et président du Kuomintang, le parti dirigé par l?ancienne élite venue de Chine continentale après la victoire maoïste de 1949.
Doté d?un grand flair politique, Chen avait exploité à son avantage le fort sentiment d?identité qui s?est formé à Taïwan face au régime de Pékin pour remporter l?élection de 2000, reléguant pour la première fois le KMT dans l?opposition après plus d?un demi-siècle de pouvoir. Cette année, il a refait son retard dans les sondages en enfourchant le même cheval de bataille du nationalisme taïwanais et de la démocratie. Les épreuves qu?il a dû surmonter montrent assez son goût du pouvoir et sa force de caractère.
Chen a réussi à s?extraire de sa condition par de brillantes études de droit à la l?Université nationale de Taïwan. Son premier contact avec les affaires publiques s?est produit en 1979, en défendant des dissidents qui avaient participé à une manifestation violente contre le régime alors autoritaire du Kuomintang. Une des détenus était Annette Lu.
ACCUSATIONS DE CORRUPTION
Il entame une carrière politique comme conseiller municipal de Taïpeh et député dans les années 1980 et 1990. En 1985, il est doublement frappé. Il est condamné à huit mois de prison pour avoir accusé à tort un professeur de parjure. Puis sa femme Wu Shu-chen est renversée par une camionnette alors qu?elle faisait campagne pour lui dans le sud de l?île. Paralysée, elle se déplace depuis en chaise roulante.
Sa détention ne l?empêche pas d?être élu en 1994 maire de la capitale. Mais il est battu en 1998 par l?actuel maire et étoile montante du KMT, Ma Ying-jeou. Poussé par son parti, il se lance dans la course à la présidence deux ans plus tard. Il séduit les jeunes et les ouvriers mais sait aussi mettre de l?eau dans son vin pour ne pas s?aliéner un électorat du centre préoccupés par sa ligne dure à l?égard de la Chine.
Il promet aussi de combattre la corruption née de la collusion du pouvoir et des affaires sous le long règne du KMT et l?emporte de justesse (moins de 40 % des voix) contre deux adversaires qui n?avaient pas réussi à s?accorder sur une candidature unique. Son image a depuis souffert d?accusations de versements d?argent de la part d?hommes d?affaires et de trafic d?influence de proches collaborateurs. Ses initiatives diplomatiques lui ont aliéné Pékin et valu des condamnations sans précédent des Etats-Unis et de la France.
Ses adversaires ont dénoncé pendant la campagne un idéologue aux tentations autoritaires sous des aspects charmeurs et un opportuniste, qui n?hésite pas à risquer une guerre avec le géant chinois pour se faire réélire.
© Le Monde News Sevice
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