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Dr I. Fagoonee : ?Nous nous empoisonnons à petites doses?
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Dr I. Fagoonee : ?Nous nous empoisonnons à petites doses?
Les Mauriciens s?empoisonnent sans le savoir, sans le vouloir. A petites doses, certes. Lentement mais sûrement. C?est du moins le constat auquel aboutit le Dr Indur Fagoonee de l?Université de Maurice, en cette fin de mai 1981. Il tire la sonnette d?alarme en conclusion d?une étude entreprise auprès d?un échantillonnage de petits planteurs, représentant une superficie d?environ 10 000 arpents. M. F. Jeerooburkhun assiste le Dr Fagoonee. Elle est intitulée : ?Des petits planteurs face à l?utilisation des pesticides.?
Il serait intéressant de savoir combien de fois, par combien de chercheurs et de décisionnaires ce rapport, cette mise en garde concernant la santé des Mauriciens, est consulté, durant le quart de siècle écoulé, aux ministères de l?Agriculture, de la Santé et des Administrations régionales (inspectorats des marchés), à la Chambre d?Agriculture, dans chacune des associations de petits planteurs, de consommateurs, dans les salles de rédaction ayant reçu ce rapport (exercice élémentaire de communication, de relations publiques et de droit à l?information surtout quand il s?agit de santé publique). Plus intéressant encore : savoir le nombre et le pourcentage de directeurs d?organisation et de décisionnaires, responsables de la santé publique, qui réagiront à la lecture de ces réminiscences, en s?assurant que ce rapport de MM. Fagoonee/Jeerooburkhun figure en bonne place dans leur bibliothèque/centre de documentation ; 2° combien de fois il a été utilisé et par qui ; 3º en inventoriant les études postérieures sur un sujet aussi préoccupant puisqu?il s?agit de santé publique ; 4º en inscrivant, à l?agenda d?une prochaine réunion, un tour de table pour savoir ce que les collègues pensent de l?évolution de l?utilisation des insecticides et fongicides, pendant le quart de siècle écoulé ; 5º en décidant si le moment n?est pas venu d?organiser un débat national, sous l?égide de l?Université de Maurice, toujours à propos de l?utilisation de ces pesticides qui nous empoisonnent à petites doses, pour vérifier si le contrôle des autorités agricoles et sanitaires est suffisant ou pas. Après tout notre Premier ministre est aussi médecin. La santé des Mauriciens devrait le préoccuper tout autant que son père et celui de la Nation.
Que disent MM. Fagoonee et Jeerookhurkun dans leur mise en garde ? Tout abus dans l?emploi des fongicides et insecticides peut être néfaste à longue échéance. Ils citent le chef analyste du gouvernement, M. Topsy, qui estime entre 7 et 11 % le pourcentage de personnes sérieusement atteintes par ces emplois abusifs. L?application des pesticides est jugée excessive durant la décennie 1970. On note ainsi l?importation de 1 036,1 tonnes de pesticides, en 1978, contre seulement 850,2 tonnes, en 1970, pour la même superficie cultivée (10 000 arpents).
L?initiation des planteurs quant à un emploi raisonnable des pesticides est considérée primordiale en 1981. La fait-on régulièrement, systématiquement, adéquatement depuis ? La réponse appartient à nos autorités agricoles et sanitaires. L?Université de Maurice organise un atelier de travail sur cette question du 1er au 12 juin 1981. Possède-t-on aujourd?hui le résultat et les principales recommandations de cet exercice pourtant éminemment salutaire ?
Le Dr Fagoonee cite quelques chiffres intéressants dans son étude : 30 des planteurs interrogés avouent utiliser massivement les insecticides et fongicides disponibles ; 17 % procèdent à des cocktails, mélangeant trois ou davantage produits insecticides ; 52 % utilisent à la fois insecticide et fongicide et n?hésitent pas à doubler la dose. Certains le font délibérément. D?autres par ignorance.
Autres constations : la communauté des planteurs vieillit. En 1981, 65 % des planteurs ont environ 40 ans. Quel âge ont-il en 2006 ? La mauvaise utilisation des pesticides est due principalement au manque d?instruction des planteurs. Ils sont 23,3 % à n?avoir reçu aucune éducation académique, 37,8 % à avoir reçu une éducation primaire partielle mais surtout incomplète, seulement 23 % à détenir un certificat d?études primaires. Un très maigre pourcentage d?entre eux ont recours aux services et aux conseils d?un vulgarisateur du ministère de l?Agriculture. Un sur quatre estime qu?il peut se passer des lumières de ce dernier. Un sur deux ne cherche pas à s?informer quant au mode d?emploi indiqué d?un pesticide. Les conseils obtenus le sont autant d?un confrère ou voisin que d?un vulgarisateur.
La situation est pire encore en ce qui concerne l?entreposage des pesticides. On en trouve aussi bien dans des chambres à coucher que dans des? cuisines. Elle devient dramatique au sujet de la rémanence ou période de 21 jours entre la dernière application de pesticides, la récolte et la mise sur le marché des légumes concernés. Une majorité des planteurs interrogés confessent n?avoir jamais entendu parler de la nécessité de cette rémanence. C?est pourquoi, en 1981, on trouve dans les marchés municipaux, des légumes sur lesquels des spécialistes découvrent des traces de pesticides pulvérisés trop tardivement.
Un quart de siècle après, disposons-nous de ce que souhaite le Dr Indur Fagoonee, à la fin de mai 1981, à savoir une jeunesse motivée par le biais d?une éducation agricole bien intégrée dans le curriculum d?études, par le biais d?une vaste étendue de connaissances pratiques et théoriques ? A-t-on progressé quant à la place à donner au planteur dans un environnement sain ? Réponse aux autorités concernées. Elles nous la doivent. Tout silence peut être perçu comme un aveu peu glorieux.
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