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Doute sur la disparition de la torture en Turquie
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Doute sur la disparition de la torture en Turquie
Les déclarations optimistes de Bruxelles sur la disparition de la torture en Turquie sont loin de faire l?unanimité dans ce pays, notamment auprès des victimes et des organisations de défense des droits de l?homme qui dénoncent la persistance de pratiques héritées du passé.
Soupçonné de sympathies gauchistes, Moustafa a été arrêté après le coup d?Etat militaire de 1980 et maintenu au secret pendant 63 jours d?un régime qu?il n?oubliera jamais. «Ils m?ont bandé les yeux et m?ont mis dans une pièce vide, non chauffée, juste avec une piètre couverture. C?était un mois de novembre froid (...). Pendant des années, je n?ai pas supporté de me trouver dans une pièce sombre, parce qu?on ne sait pas d?où viennent les coups», raconte l?ancien détenu, devenu un avocat très demandé.
Passages à tabac, chocs électriques, privation de sommeil, de nourriture et de tout contact avec le monde extérieur étaient alors le lot commun de ceux qui ont partagé son sort. «Les choses ont beaucoup changé en Turquie», admet-il. «Mais je pense que nous avons encore du chemin à parcourir».
L?éradication totale de la torture est l?une des principales exigences de l?Union européenne en préalable à l?ouverture officielle de négociations d?adhésion avec Ankara. Les chefs d?Etat et de gouvernement européens doivent en décider en décembre sur la base d?un rapport de la Commission européenne attendu le 6 octobre.
Très optimiste, le commissaire européen à l?élargissement, Günter Verheugen, qui a reçu jeudi le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, s?est dit convaincu que la «torture systématique» appartenait désormais au passé. «Verheugen s?est conduit comme un porte-parole du gouvernement», déplore Yavuz Onen, directeur de la Fondation turque pour les droits de l?homme, selon lequel le commissaire européen est allé un peu vite en besogne.
Cinq centres d?assistance aux victimes dépendent de cette fondation qui emploie médecins, psychologues et juristes. Au premier semestre 2004, 600 demandes d?anciens détenus se di sant victimes ont été enregistrées.
«Si l?on accepte la définition que les Nations unies donnent du terme ?systématique?, ce qui signifie que la torture continue a être utilisée intentionnellement et à grande échelle, alors c?est le terme exact à employer pour la Turquie», affirme Onen. Cela ne signifie pas pour autant que le gouvernement, qui s?est engagé à appliquer la «tolérance zéro» à cet égard, soit complice de ces agissements, souligne-t-il. La réforme du code pénal à laquelle travaillent les autorités prévoit des peines allant jusqu?à 15 ans de prison pour les tortionnaires.
La situation s?est certes améliorée, poursuit Onen, mais la police utilise désormais des méthodes plus discrètes. Les tortionnaires sont trop souvent «couverts» par leur hiérarchie.
Pour contribuer à ce déminage, l?organisation Human Rights Watch souhaite que des observateurs indépendants puissent effectuer des visites inopinées dans les commissariats. Du côté de l?opinion publique, estiment des diplomates occidentaux à Ankara, on se montre beaucoup moins tolérant à l?égard de ces pratiques. Les mentalités changent et l?impunité n?est plus une certitude, comme en témoigne Moustafa.
Un soir, alors qu?il dînait au restaurant avec son épouse, l?ancien détenu a vu un homme, visiblement embarrassé, qui s?efforçait de fuir son regard. «Il s?agissait évidemment d?un militaire (...). Il s?est mis à transpirer. J?ai souri et j?ai pensé qu?il s?agissait de l?un de mes tortionnaires. J?ai donc pensé que ma torture avait pris fin alors que la sienne perdurait».
Gareth Jones
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