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Douche froide

24 mai 2006, 00:00

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<B>Par Stéphane SAMINADEN</B>

La première rencontre solennelle entre le Joint Economic Council (JEC) et le ministre des Finances, Rama Sithanen, dans le cadre des consultations pré-budgétaires, a été une véritable douche froide pour les représentants officiels du secteur privé. Eux qui attendaient depuis juillet 2005 ce type de grand-messe médiatisé.

La presse a pu le constater pour une fois, les discussions ont vraiment été franches. Trop franches au goût de certains participants qui affichaient après la réunion une mine plutôt déconfite.

Le fait est que Rama Sithanen n’est pas passé par quatre chemins pour faire comprendre au secteur privé que les temps ont changé et qu’il faut qu’il évolue lui aussi dans sa manière de faire du business et dans ses pratiques gestionnaires. C’était l’essentiel de son message. Reprenant le thème de la démocratisation de l’économie, le ministre des Finances a plaidé pour davantage de transparence, de méritocratie, d’ouverture et de diversité au niveau du secteur privé. Au-delà de l’idéologie politique et sociale, la démocratisation de l’économie est une nécessité que la mondialisation rend encore plus urgente.

La restructuration de l’économie ne se fera pas sans une réforme du secteur privé qui, il faut le reconnaître, a démarré, mais trop timidement. Quand l’économie évoluait dans le cocon confortable des préférences commerciales, les opérateurs pouvaient se permettre des inefficacités. Les quotas d’une part et des barrières tarifaires élevées d’autre part protégeaient respectivement les exportateurs comme ceux qui écoulaient leurs produits sur le marché local. Cet environnement n’existe plus et la seule issue pour survivre est d’être plus compétitif que les autres.

L’ouverture de l’économie dont le JEC s’est fait le champion depuis quelque temps, ne devrait effectivement pas se limiter à l’ouverture du pays aux capitaux et compétences étrangères. Cette ouverture doit aussi se faire au niveau des entreprises et conglomérats du pays.

Il faut qu’ils s’ouvrent aussi aux compétences locales. Trop de talents mauriciens se sentent brimés par la perception, hélas parfois justifiée, que leurs perspectives de carrière ont des limites qui n’ont rien à voir avec leurs qualifications, compétences et qualités personnelles.

De même, les conglomérats tentaculaires avec leurs cohortes de filiales, de compagnies sœurs, de réseaux familiaux et de cercles d’amitié occupent presque tout l’espace économique et laissent peu d’opportunités à ceux qui ne sont pas du sérail.

Rama Sithanen a raison de dénoncer ceux qui ne veulent même pas laisser des miettes aux autres. L’intégration verticale et horizontale peut se justifier par la nécessité d’une efficience opérationnelle et l’assurance d’un contrôle de qualité égal et strict en aval et en amont d’un secteur d’activité donné. Mais il ne faut pas utiliser cela comme un faux-semblant pour masquer ce qui n’est que de la rapacité.

Par ailleurs, la volonté de réformer et de démocratiser l’économie est trop importante pour que le processus soit enrayé ou retardé par des discours démagogiques qui risquent d’antagoniser la population à un moment où toutes les énergies doivent converger vers un seul but. La sortie en règle de Navin Ramgoolam contre ceux qui touchent plus de Rs 500 000 par mois et les “cartels qui se retrouvent tous les week-ends à la plage et qui mangent des homards rouges ” représente un mauvais amalgame. Ce dérapage est sans doute attribuable au fait que le Premier ministre était dans son fief de Triolet : les discours de la dernière campagne électorale ont automatiquement resurgi.

Il est tout à fait souhaitable que le gouvernement lutte contre les cartels mais cela ne justifie pas que l’on stigmatise les possédants, même ceux qui aiment chasser les ours polaires. À moins que ce ne soit au nom de la société de protection des homards… rouges.

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