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Discipline, rigueur et humilité, le cocktail de la réussite
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Discipline, rigueur et humilité, le cocktail de la réussite
La série de portraits des employés les plus fidèles de la zone franche textile et non-textile aurait été incomplète sans celui d’Edley Chimon. Car lui, plus que quiconque peut-être, illustre la plus belle progression au sein d’une entreprise. De tailleur de diamant, il a réussi à diriger l’usine qui l’a embauché. Aujourd’hui, il est à la tête de sa propre entreprise. Ses maîtres-mots : discipline, rigueur et humilité…
Edley Chimon a beau diriger la Floreal Diamond Cutting Ltd mais son bureau ressemble davantage à celui d’un technicien. Autour de lui, un lot de triangles et trapèzes, des types de diamants qu’il examine sous la lumière crue de sa lampe de tri. “Je suis resté technicien dans l’âme. L’administration occupe une grande partie de mon temps mais ma passion reste la technique.”
On le comprend mieux lorsqu’on sait qu’il a été tailleur de diamant. Là il a démarré sa vie professionnelle et a obtenu son expertise. Sixième enfant d’une famille nombreuse, ce natif de Vacoas est obligé de travailler avant et après l’école pour sa scolarité, payante à l’époque. A la fin de sa Form V, il arrête l’école et se met en quête d’un emploi.
Ayant entendu dire qu’une taillerie de diamants, la LSP Ltd, opère à Floreal, il s’y rend. Là, il rencontre l’homme d’affaires José Poncini qui lui donne sa chance. “La LSP Ltd était la seconde usine à exister après Micro Jewels. Même si je n’y connaissais rien à la taille de diamants, je n’avais pas le choix. Il a fallu travailler et s’adapter.” Les techniciens sont des Sud-Africains qui emploient souvent des méthodes musclées en cas d’erreur. “Nous venions travailler le matin ne sachant pas ce qu’il allait advenir de nous dans la journée.”
S’il estime que les syndicats et en particulier, Paul Bérenger, ont joué un rôle important dans la reconnaissance des droits des travailleurs, il admet aussi que les méthodes de travail peu orthodoxes de ces étrangers, ont eu du bon. “C’est à leur contact que j’ai développé la discipline et la rigueur dans tout. D’ailleurs, tous ceux qui ont appris d’eux sont montés en grade rapidement. Je pense à un Mauricien qui dirige deux tailleries de diamants à Bangkok en Thaïlande et un autre qui est responsable d’une taillerie au Canada.”
Edley Chimon a aussi l’humilité de savoir apprendre de ses erreurs. Un jour, il commet une faute. Et devrait être renvoyé sur-le-champ. Mais il insiste pour savoir comment son erreur sera rattrapée. Le technicien lui montre comment et lui donne une deuxième chance.
Quand les Sud-Africains s’en vont en 1974, José Poncini décide de continuer avec les Mauriciens. Edley Chimon est encouragé à se dépasser. Il devient alors contrôleur puis responsable des contrôleurs avant de se voir nommer manager de la production. En 1980, il coiffe le chapeau de directeur d’usine. Le sort de 1000 employés repose désormais entre ses mains. Il passe 29 ans chez LSP Ltd devenue par la suite Mauriden Ltd.
Il y serait sans doute encore s’il n’avait pas saisi l’occasion offerte par la SAFDICO, un des plus importants clients de l’exploitant sud-africain De Beers. En 2000, la direction de la SAFDICO lui propose un partenariat qu’il accepte. Ainsi est née Floreal Diamond Cutting Ltd.
L’entreprise démarre avec 16 personnes, cette taillerie tourne aujourd’hui avec 73 employés et possède même sa boutique hors taxes baptisée Clé D’Or. Elle taille entre 1 500 et 1 800 carats par mois mais ambitionne d’atteindre les 2 500 carats. En sus de tailler des diamants pour la SAFDICO, la Floreal Diamond Cutting Ltd en fait pour Argyle Diamond en Australie pour des clients américains et un client belge.
L’an dernier, par le biais de la SAFDICO, la Floreal Diamond Cutting Ltd a obtenu la reconnaissance de De Beers comme tailleur de diamants. S’il possède déjà un brand name, le “Hope Diamond” pour des diamants de couleurs et de proportions différentes, Edley Chimon a mandaté un des plus grands tailleurs de diamants au monde pour qu’on lui taille un produit typiquement mauricien. “J’espère que ce sera chose faite d’ici l’an prochain.”
Il n’y a pas que le secteur textile qui ait souffert cette année. Le monde du diamant a également été touché. Car De Beers a augmenté le prix de ses bruts. “Le marché, qui était déjà maussade, l’est devenu davantage. Ce qui fait la différence, c’est la qualité. Nous nous sommes spécialisés dans la taille de grosses pierres et ça marche.”
En tant que président de la Mauritius Export Processing Zone Association (Mepza), Edley Chimon croit dur comme fer qu’il y aura une reprise dans le textile. “Je crois qu’il y aura encore des fermetures mais que la situation se stabilisera d’ici mars 2005.” Bien qu’il ne soit pas issu de ce secteur, il déclare avoir mis en place des sous-comités avec des experts en textile qui discutent avec le gouvernement. “Je crois que le gouvernement a compris qu’il faut aider les entrepreneurs mauriciens à investir davantage.”
S’il croit autant en la reprise, c’est parce qu’il a des indications précises à ce sujet. Certains commanditaires ayant délaissé Maurice au profit de pays où la main-d’œuvre est moins chère, déchantent. “Certains sont retournés vers les usines mauriciennes car dans ces pays en voie de développement, il peut y avoir de la main-d’œuvre à bon marché mais les autres infrastructures ne suivent pas toujours. Je pense notamment à GAP qui s’est à nouveau tourné vers Maurice. Notre pays a 34 ans d’expérience dans le textile et ce n’est pas rien.”
De plus, ajoute-t-il, les Européens sont devenus très pointilleux sur les conformités sociales. “Ils regardent les droits humains, les normes de santé et de sécurité. S’ils savent qu’un produit est fait sur le dos de travailleurs exploités, ils refusent. Et ils envoient des auditeurs vérifier qu’il y a bien ce social compliance. Des membres de la Mepza sont rentrés d’Europe et disent avoir noté un regain de confiance pour Maurice.” Cette reprise, selon lui, se fera indépendamment de la dérogation du Third Country Fabric. “Evidemment, si on l’obtient, ce sera un plus mais avec ou sans, je crois en la reprise du secteur textile.”
Celle-ci ne pourra toutefois se faire sans l’apport des employés. “Les entrepreneurs mauriciens ne doivent pas baisser les bras mais les employés aussi ont leur rôle à jouer. Ils doivent faire montre de discipline et de rigueur. C’est à ce prix-là que nous nous en sortirons…”
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