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Diana Krall, un volcan serein

29 juin 2008, 20:00

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Diana Krall, au rappel, laisse fondre en silence un It?s Wonderful sur rythme de bossa. Son formidable quartet s?éteint doucement (John Clayton, contrebasse, Anthony Wilson, guitare, Jeff Hamilton, batterie). Standing ovation spontanée, vivats, fleurs, délire. On a beau l?avoir vue un peu partout, notamment sur ses terres, à Toronto, ce concert reste l?un des plus exaltants qu?elle ait donnés. Son inutile réputation de froideur va devoir changer de ton. Entre deux tournées, elle se réfugie avec ses jumeaux et mari (Elvis Costello) dans le grand Nord du Canada. Elle ferait fondre à elle seule la banquise.

Ce 27 juin, Diana Krall est précédée du grand pianiste chanteur Freddy Cole. Freddy Cole (Chicago, 1931) est le frère cadet de Nat King Cole (1917-1965) et, par le fait, l?oncle de Natalie Cole. On ne remplit pas les 1 984 places du très orwellien Palais des Congrès de Strasbourg avec des seconds couteaux.

Freddy Cole est une merveille de musicien de club. Crooner, charmeur et superbe pianiste. Il raconte sa vie («Live for Life»), ses amours, ses souvenirs fraternels (Mona Lisa) et conclut d?un «Good Bye» émouvant: «I?m not my Brother, I?m me» Elégance princière d?un art en voie de disparition. Comme tous ses contemporains, Freddy Cole chante son quartier : le Southside de Chicago, le quartier noir. Si vous avez la chance d?y descendre, vers la 63e rue, dans les vitrines de fringues, les mannequins virent d?un coup au noir. Vous n?avez pas besoin d?un dessin. Ici commence la terre des musiciens, les Freeman, les Cole, Muhal Richard Abrams... Edward Cole, le père, faisait pasteur baptiste. Il aura vidé les temples pour remplir les clubs de jazz.

Diana Krall aime Nat King Cole à la folie. Elle fait applaudir Freddy Cole qui file à pas lents vers ses 77 ans. Ses techniciens, en revanche - ils débarquent en Europe avec leur propre console de son et un camion de serviettes désinfectées ? n?ont pas les mêmes égards. Dans la tradition de la pop, ils salopent le son de la première partie pour préserver leur star. Pendant une heure, le piano Steinway de luxe sonne sous les longs doigts de Freddy Cole comme une casserole fêlée. Après quoi, ô merveille ! il retrouve son superbe son. Le public n?en retient qu?une satisfaction mitigée. Il aura courtoisement fait un beau succès à Freddy Cole.

Diana Krall n?a pas besoin de ces manières. Elle emballe. Elle est de cette beauté dont elle ne sait rien faire. Involontairement glamour. Elle joue ou chante souvent assise, jambes croisées, de trois quarts. Elle essaie des trucs insensés (longues intros en style stride dont elle blague avec l?orchestre). Elle a un directeur musical, le bassiste John Clayton, d?une classe inouïe. Elle le sait. Elle raconte ses jumeaux. Elle célèbre Costello (A Case of You). Volcan serein.

©Le Monde 2008

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