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Des funérailles pour un squelette

4 septembre 2005, 00:00

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La famille de Michel Dumlaye peut enfin faire son deuil. En effet, ce n?est que jeudi qu?elle a pu offrir des funérailles dignes de ce nom à ce pêcheur porté disparu depuis plus de trois ans.

Nous sommes le 24 juin 2002, il est presque 14 heures lorsque Michel, 49 ans, prend son sac et le moteur de son bateau pour sortir en mer comme tous les jours. Mais il ne sait alors pas qu?il ne rentrera plus jamais chez lui à Mahatma Gandhi Road, Cité Florida, Baie-du-Tombeau.

Depuis ce jour, Jeannine, son épouse, a multiplié les démarches pour tenter de le retrouver. En vain. Elle est même allée jusqu?à faire les cent pas dans les comptoirs des agences maritimes pour savoir si Michel n?avait pas, sur un coup de tête, pris la mer sur un chalutier.

Puis, résignée, elle s?est dit que son « Doux » avait sans doute péri en mer comme tant d?autres avant lui, ce qui expliquerait sa disparition soudaine.

« Mo ti ena doutans linn mor en mer. »

En effet, ce père de six enfants ? âgés à l?époque de 3 à 20 ans ? ne serait jamais parti sans donner de ses nouvelles.

Jeannine s?était déjà faite à l?idée de ne jamais récupérer sa dépouille? jusqu?à ce qu?elle reçoive un appel du poste de police d?Abercrombie, il y a deux semaines. Les policiers lui demandent de venir identifier un squelette découvert à la fin du mois dernier sur le flanc de la montagne du morcellement de La Vallée, à Cité La Cure.

Lors d?une opération de ratissage, pour trouver des plants de gandia, le 27 juillet, les enquêteurs de l?Anti-Drug and Smuggling Unit (Adsu) tombent sur des ossements humains dans un sous-bois. Une corde en nylon attachée à une branche et un n?ud coulant laissent penser que le malheureux s?est pendu.

En menant sa petite enquête auprès des squatters de la région, le chef inspecteur Shyam Jugmohum est tout de suite mis au courant du cas de Michel Dumlaye.

Et l?information s?est avérée payante. De Rodrigues, où elle était en vacances, Jeannine est très vite rentrée au pays. Accompagnée de quatre de ses enfants, elle s?est rendue à la morgue de l?hôpital Jeetoo pour le pénible exercice.

Il ne faisait pas de doute pour l?épouse et les enfants, que c?était bien les restes de « Doux » qu?on leur présentait mercredi : les dents du malheureux ont gardé tout leur éclat et les vêtements trouvés sur la montagne sont bien les siens.

Toutefois, des doutes subsistent pour la famille quant à la cause réelle du décès de Michel. La dentition du défunt a toujours été parfaite, or deux dents du squelette de l?infortuné sont cassées.

Les proches s?interrogent également sur le lieu de la découverte macabre, car Michel n?aurait théoriquement pas dû se trouver sur les flancs de la montagne de Cité la Cure, car le jour de sa disparition, il était parti à pied vers le rivage. Entre le lieu où il a été retrouvé et celui où il a été vu pour la dernière fois, il y a des dizaines de kilomètres !

« Des gens lavaient le sang sur la route »

Autre détail troublant, son moteur et ses effets personnels n?ont pas été retrouvés sur les lieux où le pêcheur se serait suicidé. Bien évidemment, n?ayant que des os à examiner, les docteurs Sudesh Kumar Gungadin, Maxwell Monvoisin et Salim Sahib, médecins légistes, n?ont pas pu déterminer les causes qui ont entraîné la perte du pêcheur.

« Il y a une femme de Cite La Cure qui nous a confiés à la veillée mortuaire que la nuit où Michel a été porté disparu, elle a entendu les cris de quelqu?un qu?on passait à tabac. Le lendemain, des gens lavaient le sang qui se trouvait sur la route. Sur le coup, elle a eu peur d?en parler, mais maintenant elle veut tout dire à la police », assure Jeannine.

Désormais, elle veut coûte que coûte connaître la vérité. Elle déclare que, le 25 juillet, en constatant que Michel n?était pas rentré, elle était allée au poste de police pour signaler sa disparition. Un policier lui avait alors laissé entendre qu?il avait vu Michel qui se dirigeait vers le large. Jeannine n?a alors pu consigner de déposition qu?un mois après la disparition de Michel.

Quoi qu?il en soit, le chef-inspecteur Jugmohun a envoyé les vêtements du pêcheur aux experts du Forensic Science Laboratory pour savoir s?il n?y avait rien de suspect, comme des traces de sang. Une bien troublante affaire à résoudre?

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