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Cybervide
Des chaises en formica entourant trois ordinateurs dans le coin d’un Citizens Advice Bureau (CAB). C’est l’image que projette le dossier Community Access Point (CAP) dans sa forme actuelle. Elle fait sourire. Mais c’est aussi et surtout une vision d’horreur par rapport au “branding” de la cyberîle.
Présenté au cabinet vendredi, après des mois de retard, le projet a de nobles ambitions. Il a été conçu pour rendre le web accessible à tous. Dans un pays qui ne compte que 70 000 connexions Internet. Or, dans sa forme actuelle, le projet déçoit.
L’Etat financera l’installation de 400 ordinateurs dans 102 bureaux de poste et 20 CAB du pays. Mais ce nombre n’est pas aussi impressionnant qu’il paraît. Chaque CAB (si on sait à quoi il sert et où il se trouve) ou bureau de poste ne sera doté que de trois ou quatre ordinateurs.
Mieux vaut trois ordinateurs que rien du tout. C’est vrai. Mais l’on imagine déjà les files d’attente. De plus, le palmarès de l’Etat en matière de matériel informatique est effrayant. Le gouvernement adore commander des ordinateurs mais ne sait comment les maintenir en état. Les étudiants des collèges d’Etat en savent quelque chose.
Le but du CAP est de permettre un accès universel. Or les bureaux de poste et CAB sont fermés à double tour justement lorsque le public veut utiliser les ordinateurs: pendant la soirée et les week-ends. Connexion ADSL ou pas, encore faut-il avoir l’occasion de fréquenter ces pseudo-cybercafés !
La formule actuelle du CAP a un lourd parfum d’élections générales. Un peu comme le projet du Bus Lane sorti de nulle part pour pousser le “Light Railway Transit” dans le caniveau. Dans le cas du CAP, le “fast-tracking” ressemble plus à du travail bâclé puant l’électoralisme.
L’objectif est à peine voilé : installer des ordinateurs à la va-vite dans tous les coins du pays afin de pouvoir crier sur les caisses de savon que la cyberîle est devenue réalité. A quelques mois des élections générales, l’Etat n’a pas beaucoup d’arguments pour convaincre le grand public au niveau de la cyberîle. La cybertour reste une très grande vitrine mais elle n’a pas touché l’âme du Mauricien moyen.
A ce jour, seul le Wireless Fidelity (Wi-Fi) pourrait sauver le projet CAP. Grâce à cette technologie, qui permet l’accès sans fil à l’internet, il ne suffit que d’une connexion et d’une antenne pour créer un “hotspot” sur un rayon de 500 mètres. En misant sur la Poste, l’Etat peut déjà installer 102 “hotspots”. Il suffira alors de brancher un émetteur réseau sur son ordinateur pour se connecter à l’internet. Chez soi et n’importe quand.
L’Etat n’a pas abandonné le Wi-Fi mais une lecture entre les lignes du projet CAP démontre qu’il a transféré le Wi-Fi à la Mauritius Post. Ce sera à la poste de financer, mais quand ? L’autre défaut du projet CAP est la mise à l’écart du secteur privé. Or, les entreprises peuvent partager leur accès Internet avec les régions résidentielles qui les côtoient.
Les firmes qui ont une forte consommation Internet disposent de lignes souvent inutilisées pendant la soirée et les week-ends. Pourtant, elles paient pour cette connexion. Ainsi 50 % de la capacité Internet des “corporates” restent inactifs.
La logique est de laisser les voisins des ces sociétés utiliser cette connexion. Cela nécessitera des investissements au niveau de la sécurité des réseaux et des antennes. Et l’Information and Communication Technologies Authority dispose toutefois d’un Universal Access Fund sous-utilisé qui pourrait encourager les entreprises.
Il faudra néanmoins que le public s’équipe en matériel. Les “soft loans” et ordinateurs détaxés ne suffisent plus. On a beau recevoir d’obscurs prix mais pour créer la véritable cyberîle, il faudra une montagne d’efforts.
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