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Culture de bouillon

4 mars 2005, 00:00

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Le gazouillement des oiseaux se mêlant à la chanson de l?eau qui poursuit inlassablement sa route entre des mottes de terre et les cailloux rangés en muret. Comme un automate, Ramjeet Boyjoo prend une poignée de cresson et en enlève les racines. Elle est ensuite transférée dans un autre bassin. C?est ainsi que l?on procède pour aménager une cressonnière.

Ramjeet est un planteur de cresson très connu à Petite-Rivière. Il est déjà sur pied à 4 heures du matin pour se rendre à sa cressonnière, à Albion. C?est un vaste terrain marécageux loué à bail par la famille Boyjoo. Des lamar kreson, comme il dit dans son jargon, occupent tout le terrain.

Les terrains ont été préparés afin que l?eau ne reste pas stagnante dans les bassins et aussi pour qu?elle ne circule pas trop vite. Il y a une technique bien rodée pour créer une cressonnière. Et en le voyant se mouvoir et raconter sa vie de cultivateur de cresson, il est facile de deviner que Ramjeet est passionné par son métier.

Le cresson et les Boyjoo, c?est une longue histoire de famille. Ramjeet a passé son enfance dans une cressonnière. Il y avait aussi le frère, Danillal. D?ailleurs, c?est lui qui a lancé la cressonnière familiale. Mais quand il meurt, Ramjeet prend le relais. ?Je travaillais sur la propriété de Médine et les après-midi, je venais dans la cressonnière pour aider mon frère. Depuis qu?il est mort, je suis le responsable du lieu.? Il est aidé dans sa tâche par son fils et d?autres proches. Ces jeunes gens ont essayé de travailler dans des usines, mais ils préfèrent patauger dans la cressonnière.

Quelques années plus tôt, Ramjeet a commencé avec un seul bassin de cresson en plaçant des boutures suivant la technique de transfert. La cressonnière a été agrandie. C?est avec fierté qu?il déclare fournir les marchands du marché de Port-Louis et celui de Quatre-Bornes.

A lamar kreson de Ramjeet, l?ambiance est joyeuse le matin. Chaque ouvrier repère les bassins où le cresson a atteint sa maturité. Les tiges sont ensuite coupées au couteau pour être liées en bottes et entassées à même le sol en attendant d?être embarquées sur le camion de la famille. ?Il nous arrive d?avoir une benne remplie de cresson, dépendant de la saison?, dit fièrement Ramjeet. Les bottes sont alors placés chez les marchands. ?Quelquefois, nous sommes en retard, les marchands sont déjà chez nous vers 7 heures pour prendre livraison de leurs commandes. C?est pour cette raison que nous commençons très tôt.?

La moisson dure deux ou trois heures. Aussitôt cette partie des travaux achevés, Ramjeet s?occupe de l?entretien de la cressonnière. Il faut donc placer des boutures là où il manque des plants et aussi replacer les cailloux qui retiennent l?eau. Il faut aussi fertiliser les bassins pour un bon rapport.

Le temps a aussi un rôle à jouer sur la production. La pluie et la sécheresse sont les deux ennemies du cresson. Quand il y a trop d?eau dans la cressonnière, ce crucifère quitte son lit et se laisse emporter au gré du courant. Trop de soleil, par contre, brûle les feuilles. Le passage d?un cyclone est le pire moment. Si les tiges résistent aux pluies cycloniques, le soleil post-cyclone ne leur laisse aucune chance. L?hiver est la meilleure saison.

A force de passer sa vie dans sa plantation, Ramjeet est devenu un expert en cressons. ?Il y a une variété avec des fleurs.? Le cresson blanc est très apprécié en salade alors que le cresson à grosses feuilles est conseillé pour le bouillon.

Quand Ramjeet quitte sa plantation, vers midi, il pense déjà à sa journée de demain. Si le temps le permet, il viendra encore dans l?après-midi, juste pour le plaisir d?être dans sa cressonnière, comme d?autres s?occupent de leur potager.

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