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Cultivons la mer !
?Cultivons la mer, valorisons nos lagons.? Le mot est lancé. Il est d?Arvin Boolell. Le ministre de l?Agro-industrie et de la Pêche fait une promotion agressive de l?Aquatic Business Activities Bill. Le projet de loi vise à donner un cadre légal aux activités économiques dans le lagon et en mer. Fermes marines, marinas, industrie océanique : les activités ont déjà été identifiées. D?emblée, c?est l?option aquacole qui attire le plus les convoitises et provoque les débats.Rs 750 millions. C?est le montant des premiers investissements prévus dans la mise en place de projets aquacoles. Six investisseurs se positionnent. C?est le Board of Investment qui traite les dossiers. Les investisseurs sont australiens et sud-africains, principalement, avec des partenaires locaux, dont quelques grands groupes. Les projets concernent la production de thon ou d?autres espèces de poisson à haute valeur ajoutée. Un projet concerne la production de langoustes, un autre l?élevage de concombres de mer à Saint-Brandon.
Les options sont donc multiples. Le développement de la filière aquacole s?effectue dans un contexte global particulier. Les stocks de poissons diminuent et la production aquacole devrait dépasser en volume la pêche traditionnelle, à partir de 2015 et fournir 75 millions de tonnes de produits de la mer sur le marché mondial.
À Maurice, la consommation de poisson par habitant stagne autour de 20 kg par personne annuellement. Avec une population de touristes qui devrait atteindre deux millions par an en 2015, la consommation moyenne de poisson devrait augmenter.
Le projet aquacole mauricien s?inspire du modèle introduit, en 2002, à Pointe-aux-Feuilles, dans la baie de Vieux-Grand-Port. Schématiquement, il fonctionne autour d?une écloserie qui produit les alevins, des bassins de grossissement installés dans le lagon et, à partir de ce mois-ci, d?une unité de transformation du poisson, basée sur la terre ferme. Après avoir investi Rs 450 millions, la ferme marine de Mahébourg a aujourd?hui atteint sa vitesse de croisière.
A priori, les nouveaux projets devraient essentiellement s?articuler autour de l?activité de grossissement du poisson. C?est ainsi que plusieurs sites marins peuvent produire pour une seule unité de transformation du poisson.
La production aquacole vise surtout l?exportation. Et les ambitions sont grandes. Déjà, le ministère de l?Agro-industrie et de la Pêche cible une production de 30 000 tonnes à moyen terme. Le chiffre d?affaires d?un secteur aquacole qui aurait atteint sa vitesse de croisière pourrait s?établir à Rs 1,3 milliard (30 millions d?euros), selon les premières estimations du ministère de l?Agro-industrie.
À ce stade, la ferme marine de Mahébourg produit quelque 1 000 tonnes de poisson qui sont commercialisées en Afrique du Sud, en Australie, voire en Asie et en Europe. ?Nous vendons du poisson frais. Et nos produits portent le label mauricien?, intervient Graham Benjamin, le directeur commercial de l?entreprise. La filière aquacole produit essentiellement du poisson de premier choix, tel que l?ombrine. Ce type de poisson se vend, en moyenne, à Rs 150 000 (3 500 euros) la tonne, sur le marché européen.
?C?est bien plus qu?une tonne de sucre?, ne peut s?empêcher de faire ressortir Cader Sayed-Hossen, le président du comité pour la démocratisation de l?économie et l?un des fervents partisans de la filière aquacole. Pour lui, c?est aussi une formidable opportunité d?élargir la base industrielle et d?augmenter le produit national brut.
Les nouveaux sites potentiels sont identifiés dans le plan directeur pour l?aquaculture. Et les groupes de pression clament leur opposition. Ils parlent d?appropriation du patrimoine public, de la privatisation de la mer. Si six projets ont déjà été déposés, il existe quelque 21 sites potentiels, selon le ministère de l?Agro-industrie.
Vulnérable aux cyclones
Sept sites se trouvent à l?intérieur du lagon, huit se trouvent sur la côte et six sont situés hors du lagon. Au total, ils devraient occuper 0,7 % de toute la superficie du lagon mauricien. C?est la région de Mahébourg qui semble, à ce stade, la plus appropriée pour accueillir les projets aquacoles.
?L?aquaculture peut être rentable sur le plan économique mais Maurice n?est pas non plus un eldorado aquacole car elle est vulnérable aux cyclones et est éloignée des marchés?, tempère un spécialiste. Pour lui, les projets doivent se faire suivant un schéma précis. La profondeur des sites est un facteur incontournable : elle doit être d?au moins 20 mètres. Les sites coralliens sont inappropriés et devront de toute façon être protégés, selon cet expert.
Selon lui, il faut aussi tenir compte des courants, de la nature des fonds marins ou encore de l?accessibilité du site. ?Il faut que la base sur la terre ferme puisse accueillir les bateaux. Elle devrait être équipée pour l?entretien du matériel, la préparation du poisson, le stockage, etc.?, souligne-t-il encore.
L?état prévoit que la filière aquacole crée quelque 5 000 emplois. La ferme marine de Mahébourg emploie 50 personnes à temps plein et 25 à temps partiel. ?Elles sont toutes de la région avoisinante?, précise Graham Benjamin. Avec l?ouverture de son unité de transformation, elle devrait employer un total de 120 personnes.
?Il y a une importante opportunité de recyclage pour des pêcheurs artisans?, intervient Cader Sayed-Hossen. L?état annonce qu?il va mettre en place un projet pilote permettant aux pêcheurs de se familiariser avec la filière.
Mais pour René Sophie, patron pêcheur et membre du Fishermen Investment Trust (FIT), rien ne garantit que les pêcheurs artisans y trouveront leur compte. ?Tout dépendra de la façon dont les pêcheurs seront inclus dans les projets. Il faudrait qu?ils aient la priorité pour obtenir un emploi dans les fermes marines?, intervient ce patron pêcheur, engagé dans la pêche à la senne dans la région de Mahébourg.
L?état a prévu d?ouvrir l?actionnariat des entreprises aquacoles aux pêcheurs, à travers le FIT. Mais, comme le fait ressortir René Sophie, cet organisme ne dispose que d?un budget de Rs 15 millions. Sera-ce suffisant ?
La filière aquacole devrait aussi permettre d?inclure un certain nombre de petites et moyennes entreprises. C?est en tout cas ce que souhaite Cader Sayed-Hossen. Elles devraient, selon lui, avoir leur part dans l?activité aquacole, notamment au niveau du grossissement du poisson.
Mais rien n?est moins sûr. à en croire la ferme marine de Mahébourg, la formule qui consisterait à sous contracter certaines activités n?est pas encore d?actualité. ?C?est un modèle, mais il n?est pas à notre agenda pour l?instant?, assure Graham Benjamin. La filière aquacole finalement ne pourrait profiter qu?à quelques gros poissons et se développer sur le dos des pêcheurs artisans.
Sursis de deux mois pour l?ABAB
L??Aquatic Business Activities Bill? (ABAB) circule actuellement auprès de tous ceux qui sont concernés par l?avenir du lagon mauricien ou par la création d?un nouveau secteur d?activités.
Rama Valayden, l??Attorney general?, précise que la loi était attendue depuis longtemps parce qu?il y avait un ?vide juridique? pour les activités aquacoles, notamment. La ferme de Mahébourg fonctionne depuis sa création dans ce ?vide?.
Fortement impliqué, le mouvement Kalipso a demandé le rejet du projet de loi. Il affirme que le domaine public sera transformé en concessions privées. ?C?est un morcellement et une privatisation de la mer?, s?insurge les adhérents de Kalipso.
Les sites passeront du domaine public au domaine privé pendant un certain temps. La loi prévoit un ?short term lease? de 30 ans.
Les écologistes, eux, estiment que la culture du poisson sur une base intensive peut provoquer l?eutrophisation du lagon. L?excès de nourriture pour les poissons dans le lagon, va créer un déséquilibre qui va profiter à certaines espèces au détriment d?autres. Ils craignent la prolifération d?algues vertes. Il y aura donc un sursis de deux mois pour évaluer et proposer des amendements au ?draft? de l?ABAB, actuellement en circulation. Les pêcheurs aux quatre coins de l?île seront les premiers informés. Pour l?instant, il n?y a donc rien de final, même si dans les grandes lignes, le cadre légal prend déjà forme.
Rodrigues veut sa part
Rodrigues est plus marine que Maurice. Elle devrait donc être plus intéressée à se lancer dans l?exploitation de la mer. Arvin Boolell se rend dans l?île pour faire la promotion de l??Aquatic Business Activities Bill?. ?Rodrigues sera partie prenante?, assure le ministre de l?Agro-industrie.
Par ailleurs, le ministère de l?Agro-industrie a aussi dépêché un expert français dans l?île. Il met en garde contre la pêche de l??ourite? et recommande l?exploitation du ?concombre de mer? et des algues.
NOUVEAUX PILIERS
Marinas et industrie oceanique
■ Les activités économiques liées à la mer ne se résument pas seulement à la production de poisson ou de crustacés.
L?état souhaite inclure dans son programme l?installation de marinas et la création d?une industrie océanique exploitant l?eau de mer.
C?est pour cette raison que l?ABAB prévoit, outre l?aquaculture, le pompage d?eau de mer et la création de marinasÀ travers ces nouvelles activités, l?état veut créer de nouveaux piliers économiques et créer des liens avec les autres activités existantes, dont le tourisme et l?industrie.
Le gouvernement mauricien a déjà donné son feu vert à l?établissement d?une ?land based oceanic industry?. Le projet devrait voir le jour à Flic-en-Flac. Il prévoit l?exploitation de l?eau de mer en profondeur, après dessalement. Une eau dont les caractéristiques seraient ?exceptionnelles? pour la production d?eau minérale mais aussi de produits cosmétiques et pharmaceutiques, ou encore pour la thalassothérapie.
Quant aux marinas, elles seront, ?un prolongement des projets IRS?, comme le définit Arvin Boolell. Mais pour Arvin Boolell et Cader Sayed-Hossen, ce type de projet devrait surtout développer la ?culture de la mer? chez les Mauriciens.
Les marinas seront ainsi des pôles de développement et d?activités : restauration, commerces, loisirs. Bref, toute une panoplie d?activités qui n?existent pas encore à Maurice.
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