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Crédibilité
Deux institutions respectables, le judiciaire et l?Icac, sont la cible d?attaques. Les deux ont choisi d?opposer le silence sur les faits allégués. Cette situation risque de nous mener à un point de non-retour. Il y a un besoin de savoir.
Il y a d?abord les allégations faites par l?avocat Dev Hurnam en cour vendredi : ?In my humble opinion, my arrest took place because I caused a notice to be served upon three magistrates of the Intermediate Court intimating them that I am claiming damages in view of their biased judgement and their malicious intent both in terms of fair evaluation of the evidence and the sentence imposed upon me?. Les méthodes radicales de cet avocat et son goût pour les excentricités ont beau couvrir ce personnage d?opprobre mais ce n?est pas une raison pour ignorer ses critiques quand elles reposent sur des cas concrets et vérifiables.
Après avoir filtré les excès langagiers de Dev Hurnam, on se rend compte que ses accusations impliquant le judiciaire, le Parquet et des membres du barreau ne sont pas si frivoles. Il met notamment en cause le système de justice dans au moins deux cas célèbres. Il questionne les uns et les autres sans que les personnes incriminées daignent lui répondre.
Le sentiment d?injustice qu?il ressent et ses aigreurs nées des frustrations les plus diverses ne justifient pas sa virulence envers les institutions du pays mais pour leur propre crédibilité, celles-ci doivent se défendre quand les allégations sont sérieuses.
D?autant plus que l?image des magistrats s?est dégradée en dépit des normes généralement rigoureuses observées par la justice mauricienne. Le sondage commandé par l?Icac à la firme Straconsult établit un constat édifiant. 26 % des interviewés pensent que le judiciaire est ?highly corrupt? et 30 % estiment qu?il est ?quite corrupt?. Interrogés sur la possibilité que les magistrats et les juges puissent solliciter des pots-de-vin, 12 % des sondés disent que c?est ?highly likely? et 25 % ?quite likely?.
Les luttes intestines au sommet du judiciaire ont créé une ambiance désastreuse et préjudiciable à la confiance qu?une société doit avoir en la justice. Quand on veut parler de la justice, il faut qu?on en parle en bien, pas pour évoquer des coups que se sont échangés ceux qui sont chargés de l?administrer. Pour dissiper les doutes dans l?opinion, des explications étaient nécessaires au sujet de ce duel au sommet.
Quant au commissaire de l?Icac, Navin Beekarry, il semble aussi vouloir s?enfermer dans le silence malgré les allégations faites à son encontre par le syndicaliste Jack Bizlall. Soit il assume les faits avancés, soit il les nie, mais dans les deux cas, il doit le dire.
Le devoir de réserve qui est imposé aux fonctionnaires ne peut servir d?alibi pour étouffer des débats cruciaux. Il y va de la dignité des institutions vitales pour la bonne gouvernance.
Nous n?étions pas encore sortis de l?auberge que c?était au tour de la police d?être mêlée aux agissements du gang Deelchand. Ici, la réaction a été plus honnête. La police a été prompte à traquer ses brebis galeuses. Il faut espérer qu?aucune pression ne viendra entraver cette enquête dans l?enquête.
La crédibilité des institutions indispensables au fonctionnement de l?Etat de droit est mise à mal. Au point où nous en sommes, aucun effort de communication ne doit être épargné.
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