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Conflit à la Banque centrale : des membres du board dénoncent le gouverneur

14 mars 2008, 00:00

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Le torchon brûle entre des membres du conseil d?administration de la banque de Maurice et le n°1 de l?institution. Et le reproche que font quatre administrateurs au gouverneur de la banque centrale, Rundheersing Bheenick, porte sur rien moins que son langage «grossier» et «non justifié» à leur égard au cours d?une réunion du conseil qui s?est tenue le 22 février dernier. Propos qu?il aurait tenus en réponse à des questions visant à obtenir des informations et des éclaircissements sur la gestion de l?institution. Mais, interrogé hier par l?express, Rundheersing Bheenick s?en défend : «Des dysfonctionnements sont apparus au courant de l?année dernière dans la façon de faire du board, de sorte qu?on se trouve devant un problème majeur.»

Dans une lettre adressée au gouverneur avec copie au Premier ministre Navin Ramgoolam, les administrateurs suivants font état de leur indignation (Voir ci-contre). Les quatre administrateurs ayant signé la lettre sont Jacques Li Wan Po, Georges Lascie, Mohunlall Ramphul et Razkumar Seebun.

Le conseil d?administration de la banque centrale se compose du gouverneur, du First deputy Governor ? Yandraduth Googoolye ? et du second Deputy Governor, Ahmad Jameel Khadaroo ainsi que six administrateurs.

Selon un membre du conseil d?administration qui a toutefois requis l?anonymat, le litige opposant les directeurs et le gouverneur remonte au mois de septembre dernier. Les relations auraient été tellement tendues qu?il y aurait même eu un «walk-out» de certains membres du conseil, lors d?une des réunions du conseil.

<B>«Restructurations et frustrations»</B>

C?est vraisemblablement un «rapport» des experts de la Malaisie sur la restructuration de la Banque centrale qui aurait été le déclencheur. Un document que les directeurs auraient demandé à maintes reprises à consulter, voire à en obtenir une copie, mais qui jusqu?ici, ne leur est pas parvenu, pour des raisons qu?ils jugent du reste «étranges».

Puis, ce serait un certain nombre de nominations et de recrutements sans l?aval du conseil d?administration qui auraient envenimé les relations. Et notre interlocuteur de nous faire comprendre que selon le Bank of Mauritius Act de 2004, le gouverneur de la banque a «des comptes à rendre au board».

Le gouverneur de la banque centrale, pour sa part, conteste certains procédés de quelques membres du conseil d?administration. «Nous avons même eu à faire face récemment à des membres du board qui débarquent à la banque sans préavis et qui veulent voir des documents, dit Rundheersing Bheenick. Ce sont des choses que nous rejetons totalement. Le board a le pouvoir de demander des documents mais non individuellement, sinon ce serait la pagaille totale.. Cela expliquerait peut-être la teneur de la lettre».

Il répondait aux questions de l?express hier en présence de son conseil légal, Me Mardaya Kona, de la secrétaire de la banque, Hemlata Gopal et du second Deputy Governor, Jameel Khadaroo.

Le gouverneur de la banque centrale explique qu?il existe un différend entre le management et certains directeurs du board en ce qui concerne l?interprétation de la loi régissant la banque de Maurice sur les questions de nominations. Il affirme que le processus de restructuration a donné lieu à des frustrations, surtout du côté de ceux qui n?ont pas compris cette réforme :

<B>Signatures Falsifiées</B>

«A chaque fois qu?on essaie de changer quelque chose, il y a une résistance. J?essaie de comprendre ce genre de réaction. On procède à une restructuration complète de cette banque, qui n?a pas changé en 40 ans d?existence. Nous avons ces procédures qui sont d?une lourdeur administrative extrême. Résultat la banque se trouve avec un personnel qui se croit le meilleur au monde.

Pour nous restructurer nous avons cherché une banque centrale qui présente des similitudes avec la nôtre. Et nous sommes tombés sur celle de la Malaisie, la Negara. Grâce à des relations que j?entretiens avec cette banque, ils ont dépêché deux Resource Persons ? ce ne sont pas des consultants ? pour essayer de faire un diagnostic de la situation, en puisant sur l?expérience qu?ils ont vécue eux-mêmes.» Et le gouverneur de la banque centrale d?expliquer que ces personnes ont eu un dialogue avec tout le personnel. «A la fin de l?exercice, ils ont proposé en écrit, de même qu?une présentation Powerpoint des pistes à suivre. Tout le personnel a eu droit à une présentation. Il y a certaines personnes qui sont frustrées et ne sortent pas gagnant de cet exercice. Je ne suis pas connu pour être brusque ou encore «rough» j?utilise toujours le ton et le langage qui sont justifiés».

Le gouverneur de la BoM devait aussi réagir à une autre lettre adressée au Premier ministre et censée avoir été signée par Anil Kumar Ramkarun et de Hurryram Ramsurn, de l?association des employés de la Banque de Maurice. Si celle-ci contient des accusations contre sa personne, le gouverneur de la banque centrale se dira surpris par cette lettre. D?autant, dit-il, qu?un des signataires n?est plus le président de l?association, en l?occurrence Hurryram Ramsurn. Interrogés, les deux employés de la banque nient pour leur part avoir rédigé cette lettre et affirment que leurs signatures ont été falsifiées.

Les allégations portent sur un transfert de Rs 400 000 sur un compte que le gouverneur de la Banque détiendrait en Malaisie. Mais aussi sur des nominations qui auraient été faites sans l?aval de membres du conseil d?administration, sur une restructuration qui pourrait coûter dix fois plus cher à la longue, sur des gaspillages de fonds par rapport aux missions du gouverneur à l?étranger. La lettre affirme aussi que les fiançailles de la fille de Rundheersing Bheenick auraient été financées de fonds de la banque.

Allégations que nie le gouverneur de la BoM. «Je n?ai pas de compte bancaire en Malaisie et je n?ai pas participé à un seul exercice de recrutement. J?ai simplement mis en place le processus. Nous avons un comité de sélection et on a toujours fait appel à une ressource person de l?étranger pour accomplir cet exercice». Il dément par la même occasion avoir utilisé les fonds de la banque pour les fiançailles de sa fille.

Justifiant presque ses relations tendues avec les membres du conseil d?administration, il estime «convenu» qu?il «y aura des tensions car on n?est pas appelé à être sur la même longueur d?onde».

<B>?Manque de respect?...</B>

■ Extrait de la lettre des quatre administrateurs du conseil d?administration : «Nous considérons que toutes les questions posées à la direction étaient pleinement justifiées (?) Nous sommes d?avis que le ton et le langage que vous avez utilisés en guise de réponses sont injustifiés et peuvent être interprétés comme une tentative de nous décourager de demander des éclaircissements et des informations. «Nous ressentons un manque de respect envers les membres du conseil car la dureté des propos s?intensifie (...) «Vous conviendrez qu?en tant que membres du conseil nous devons prendre des décisions (?) en nous basant sur des informations complètes (?) pour l?avancement et le développement de la banque selon les principes de bonne gouvernance?»

SALAIRES

<B>«Le Mauricien le plus mal payé»</B>

■ Le gouverneur de la Banque centrale a affirmé hier qu?il ne touchait plus de salaire depuis l?année dernière. «Le salaire attaché au poste de gouverneur est ridicule par rapport aux fonctions qu?on s?attend de lui. Soit on est rémunéré correctement, soit on ne l?est pas. Le salaire attaché à ce poste revient à un «token salary» (salaire symbolique). Je ne suis pas si bien loti mais je ne suis pas si mal loti non plus. Je peux me permettre de ne pas prendre de salaire. On m?envoie religieusement un chèque de Rs 10 à la fin du mois. A la fin de l?année dernière, on m?a envoyé un chèque de Rs 23. Je suis le gouverneur le plus mal payé du monde. Pire je suis peut-être le Mauricien le plus mal payé et ce sera déclaré d?une façon transparente quand on publiera les comptes de la banque à la fin de l?année. Je ne suis pas satisfait du tout de mon salaire car cela ne reflète pas les fonctions que j?occupe. Vous n?avez qu?à voir le salaire des officiels des banques qu?on supervise. Et on est censés donner une impulsion à ces banques?»

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