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Trafics de drogue Maurice-Madagascar-La Réunion

Base mouvante, sommet immuable : Une organisation bien rodée

22 août 2026, 10:00

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Base mouvante, sommet immuable : Une organisation bien rodée

L’arrestation successive de plusieurs suspects dans l’enquête sur le récent trafic présumé de 155,7 kilos de cannabis entre Maurice et La Réunion soulève une question qui préoccupe aujourd’hui les enquêteurs : les têtes visibles du réseau changent-elles réellement ou les mêmes fournisseurs continuent-ils d’alimenter la filière depuis l’ombre et surtout, depuis plusieurs années ?

Selon des informations recueillies auprès de sources proches du milieu maritime, l’axe Maurice-MadagascarLa Réunion fonctionnerait depuis plusieurs années selon un modèle relativement stable. Les intermédiaires peuvent être arrêtés, certains passeurs disparaissent du radar, tandis que d’autres les remplacent, mais les circuits d’approvisionnement, eux, semblent immuables.

Au cœur des soupçons figure ce que certains anciens membres de l’Anti-Drug Smuggling Unit (ADSU) décrivent comme un véritable «barter system», un système de troc sophistiqué maritime. Contrairement à un trafic classique où l’argent constitue l’unique contrepartie, certaines transactions auraient reposé sur un échange de marchandises.

Drogue contre… serins

Selon plusieurs sources, des cargaisons de stupéfiants pouvaient être échangées contre d’autres produits recherchés sur les différents marchés régionaux. Des informations recueillies au fil des enquêtes évoquent même des échanges de serins, ces petits oiseaux particulièrement prisés à La Réunion. Le mode opératoire présumé repose sur le transbordement en mer. Une embarcation quitte Maurice ou La Réunion pour rallier un point de rencontre loin des côtes. La cargaison est alors transmise à une autre embarcation qui poursuit sa route. Cette méthode permet aux organisateurs de compartimenter les opérations et de réduire les risques en cas d’interception.

Pour un spécialiste maritime ayant requis l’anonymat, le dossier de 2023 impliquant Benjamin Leu, frère de Véronique Leu-Govind, Andy Patate et Jean Roddy Marcelino Meunier, est révélateur. Leur embarcation s’était échouée à Anse-des-Cascades, à La Réunion, déclenchant une enquête qui allait mettre en lumière les soupçons d’un vaste réseau inter-îles. Bien qu’aucune drogue n’ait été retrouvée à bord lors de leur arrestation, les investigations ont conduit les autorités à explorer plusieurs pistes relatives à des opérations de transport de cannabis par voie maritime.

Objectif : les têtes du cartel

Cette affaire a également attiré l’attention sur l’existence possible d’une logistique régionale structurée. Selon nos sources, la cargaison qui devait parvenir à destination aurait fait l’objet d’un transbordement en mer avant l’échec de l’opération. l’ADSU soupçonne aujourd’hui que les personnes qui passaient commande de certains produits, notamment des serins destinés au marché réunionnais, pourraient être les mêmes acteurs qui gravitent autour des réseaux de trafic de cannabis depuis plusieurs années.

«Les noms changent, les exécutants changent, mais les fournisseurs semblent rester les mêmes», affirme notre interlocuteur. Selon cette dernière source, les arrestations de Gulshan Govind, de «Kris» Chimajee puis de Daniel José Auguste, dit «Bobo», auraient permis aux enquêteurs de remonter une chaîne logistique qui dépasse largement le cadre de simples transporteurs.

L’incarcération de Jean Hubert Celerine, dit «Franklin», à La Réunion avait été perçue comme un tournant majeur dans la lutte contre le trafic de stupéfiants dans l’Ouest mauricien. Pourtant, plusieurs sources estiment aujourd’hui que les réseaux n’ont jamais véritablement cessé leurs activités. «La relève s’est organisée», malgré les arrestations et les condamnations, soutient un observateur du secteur maritime.

Les enquêteurs s’intéressent également au rôle joué par certains individus ayant quitté Maurice pour Madagascar ou d’autres destinations de la région. Selon plusieurs informations recueillies dans le cadre des enquêtes, ces personnes pourraient continuer à fournir un soutien logistique, faciliter certains déplacements ou maintenir des contacts avec les réseaux encore actifs.

Au-delà des arrestations récentes, l’enjeu est désormais d’identifier ceux qui se trouvent au sommet de la pyramide. Car si les passeurs sont régulièrement remplacés, les soupçons se concentrent de plus en plus sur l’existence d’un noyau de fournisseurs et d’organisateurs qui, malgré les coups de filet successifs, sévissent encore entre Maurice, Madagascar et La Réunion.

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